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En s’installant au pouvoir en 2002, l’indépendant ATT avait indiqué que son parti est celui de la demande sociale. Moins de six ans après, face à cette même demande sociale, le pouvoir manque d’inspiration. ATT à kè Allah kama i ka ko kè !

Nous ne sommes pas des oiseaux de mauvais augure. Mais tout indique aujourd’hui que les signaux sociaux et économiques sont au rouge. Bien que la crise économique soit mondiale, l’argent, à cause de la mauvaise gestion et du clientélisme, a cessé de circuler au Mali. Le lucre est devenu le privilège « des nouveaux riches de l’ère ATT ». Le citoyen moyen, lui ne voit même plus le diable a fortiori lui tirer la queue.

Les prix des denrées de première nécessité sont inabordables et le peuple assiste impuissant à des hausses de prix chaque jour que Dieu fait. Le gouvernement peine à trouver des solutions à cette flambée des prix en dépit des engagements pris vis-à-vis de l’UNTM d’instituer un Conseil national des prix. Les doléances des travailleurs de différents corps professionnels ayant fait l’objet de protocole d’accord le 18 juillet 2007 ne sont pas encore satisfaites.

Nous aimons notre pays. Personne ne souhaite voir les Maliens dans les rues comme au Cameroun et au Burkina Faso au mois de février 2008. Le soulèvement populaire dans ces pays relève d’un mécontentement généralisé contre le manque de réaction des autorités à faire face à la vie chère. Il est vrai que le Mali n’est pas le Cameroun ni le Burkina. Mais force est de constater que dans ces deux pays, l’Etat s’est toujours affirmé par la fermeté. Ils n’ont rien à envier à « des monarchies éclairées » où la réalité du pouvoir appartient au seul monarque.

Malgré tout, cela n’a pas empêché leurs populations de prendre la rue en réclamant plus de justice sociale et du pain pour tous. Des actions qui ont conduit les régimes de Yaoundé et de Ouaga à prendre des mesures urgentes de baisse de prix de certaines denrées de première nécessité. Ils ont joué au médecin après la mort.

Mesures salvatrices

Le salut pour les autorités nationales n’est plus dans le populisme, mais il s’agit de prendre des mesures salvatrices. Tout près de nous, au Sénégal, le président Abdoulaye Wade a procédé le lundi 31 mars à un léger réaménagement de l’équipe gouvernementale. Il a fait sauter le ministre du Commerce, Abdourahim Agne, remplacé par son collègue de l’Intérieur, Me Ousmane N’gom. -Selon des observateurs de la scène politique sénégalaise, Me Wade a usé de ruse pour faire payer à M. Agne son incapacité à maîtriser les prix sur le marché national et à éviter la marche des associations des consommateurs du même lundi à Dakar.

Au Cameroun, le même lundi 31 mars, le Premier ministre Ephraïm Inoni, sur les recommandations de Paul Biya a fait arrêter deux ex-ministres (le ministre de l’Economie et des Finances et celui de la Santé) et de nombreux hauts fonctionnaires pour corruption. Des analystes politiques pensent à cet effet que c’est un acte majeur posé par le régime Biya qui veut faire croire au peuple son engagement à lutter contre la corruption et à baliser le terrain pour de meilleures perspectives socioéconomiques.

Lors de sa conférence de presse de lundi dernier, le secrétaire général de l’UNTM, Siaka Diakité, qui a affirmé que « le Mali n’est pas épargné par une descente dans les rues des populations », a vertement traité le gouvernement Modibo Sidibé « d’incompétent ». Il a accusé des ministres de ne pas être à la hauteur des missions à eux confiées. Il a nommément cité les opérateurs économiques qui sucent l’économie nationale.

Bien avant la sortie médiatique du premier responsable de la centrale syndicale, des langues se sont déliées dès la nomination du gouvernement en mettant en doute la compétence de certains ministres. ATT est-il le complice de tous ces boulets de la nation ?

Le pouvoir a intérêt à redescendre sur terre. Comme le dit un adage bamanan : « i b’a bèè dòn, i b’a bèè kè, i b’a bèè fò, i b’a bèè tiyèn ». (Tout connaître, tout faire, tout dire, on risque de tout gâcher).

Abdrahamane Dicko

02 avril 2008.