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Au moment où les parlementaires français débattent d’un nouveau projet de loi sur l’immigration comprenant un amendement très controversé instaurant des tests ADN pour le regroupement familial, la France fait une ouverture vers les artistes africains. Ceux-ci se voient aujourd’hui offrir de meilleures conditions de délivrance du précieux visa. Quelle est la vraie motivation des autorités françaises en agissant ainsi ?

Le secrétaire d’Etat français à la Coopération Jean-Marie Bockel a annoncé, le 10 octobre 2007, que les visas pour les jeunes artistes africains seraient délivrés plus facilement. La déclaration a été faite lors d’une conférence de presse à Paris sur les moyens de promouvoir la création artistique en Afrique. Précisant en avoir parlé « personnellement » avec le ministre de l’Immigration et l’Identité nationale, M. Bockel a indiqué que des « instructions » ont été données aux « services culturels et consulats en Afrique pour qu’ils se concertent de façon systématique pour la délivrance des visas ».

La délivrance de visas doit être facilitée pour les artistes confirmés, comme pour ceux « qui sont en début de carrière et qui n’ont pas toujours les garanties nécessaires, selon les schémas classiques, pour obtenir un visa », a-t-il précisé. La France est engagée dans une politique de plus en plus restrictive de délivrance des visas pour privilégier une immigration « choisie ». Les parlementaires débattent présentement d’un nouveau projet de loi sur l’immigration comprenant un amendement très controversé instaurant des tests ADN pour le regroupement familial.

M. Bockel s’exprimait à l’occasion de la présentation de « Génération Afrique », un projet visant à développer des projets culturels en Afrique. Pour beaucoup d’observateurs, cette ouverture en direction des artistes n’est pas fortuite pour qui sait le rôle sociopolitique que ces derniers jouent en Afrique par rapport aux grandes préoccupations de l’heure. En effet, ils sont nombreux à penser que cette facilité vise à pousser les artistes à ne pas s’impliquer comme il le faut dans le débat sur l’amendement très controversé instaurant des tests ADN pour le regroupement familial ou à prendre position sur d’autres questions relatives à l’immigration.

En effet, si les artistes africains ne se sont pas encore massivement prononcés dans ce débat, ceux de l’Hexagone sont bien engagés aux côtés des politiques pour éviter qu’on prenne aux immigrés le peu de dignité qui leur reste encore. Il n’y a pas donc que les politiques pour s’opposer à l’amendement ADN du projet de loi de Brice Hortefeux sur la maîtrise de l’immigration.

Dimanche soir (14 octobre 2007) au Zénith de Paris, SOS Racisme a organisé, avec les journaux Charlie Hebdo et Libération, une grande soirée de protestation contre le recours possible aux tests ADN contenus dans la loi sur l’immigration pour des candidats au regroupement familial. Près de 6000 personnes, dont de nombreux artistes, sont venues dénoncer ce qu’elles considèrent comme une mesure contraire aux « principes » de la République et aux « droits de l’Homme ». Chanteurs, acteurs et hommes politiques de tous bords ont assisté à ce grand meeting-concert.

En tout cas, un comité de « parrains », réunissant une dizaine d’artistes comme le musicien sénégalais Youssou N’Dour, le cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako, ou encore Muriel Mayette (administrateur général de la Comédie-Française) a été choisi pour sélectionner les projets (écoles de danse, théâtre, cinéma…) qui seront financés par des collectivités territoriales, acteurs privés… sur le continent. Une manière de retenir la « horde » de jeunes Africains sur le continent ?

Cela y ressemble beaucoup !

Moussa Bolly

18 octobre 2007.