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Beaucoup d’artistes africains, surtout les novices, n’ont cessé de se plaindre des difficultés d’obtention du visa français avec des « tracasseries interminables » en dépit de la promesse faite par les autorités françaises d’assouplir les conditions de délivrance du précieux sésame à ceux qui en ont le plus besoin. Selon le nouveau dispositif qui entre dans le cadre des mesures d’allégement, 10 à 15 000 artistes supplémentaires pourraient bénéficier de visas de courts séjour.

Lors du 23 e Sommet Afrique-France, la France avait promis de « faciliter l’octroi des visas de courts séjours à entrées et sorties multiples aux Africains qui en ont le plus besoin ». Et les artistes africains se trouvent dans ce cas de figure. En demandant mardi dernier à tous les consulats de la France en Afrique la « mise en application immédiate » des mesures sur lesquelles il planche depuis des mois, le secrétaire d’Etat français à la Coopération, Jean-Marie Bockel, a agi dans le sens de la concrétisation de cette promesse française.

L’un des points essentiels de ce nouveau dispositif est la facilité de visas aux artistes africains ayant foulé le territoire français au moins une fois. « Si c’est le cas, ils disposeront d’un visa de circulation d’une durée d’un an. Jusqu’à présent, au-delà de trois mois, ils devaient réitérer leur demande à chaque voyage », indiquent des sources bien informées. Mieux, précisent les autorités françaises, « les artistes déjà reconnus en France, ayant fait l’aller-retour une ou plusieurs fois entre la France et l’Afrique ne devraient pas peiner à obtenir 1 à 5 années de validité de leur visa avec une limite de trois mois pour chaque séjour ».

Par rapport à ce dernier point, le conseiller auprès du Secrétaire d’Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie, Didier Le Bret, a ajouté que « Jusqu’à maintenant moins de 10 % seulement des visas délivrés aux artistes étaient des visas de circulation, il s’agit d’en augmenter le nombre. Cela ne posera pas de problème aux artistes qui sont déjà venus plusieurs fois en France ».
Réserves des artistes africains

La question qui reste sans réponse est la situation des artistes africains qui ne sont jamais arrivés en France. Sur ce point, Jean-Marie Bockel a prévu un « rapprochement entre le service consulaire et les institutions culturelles qui devront juger sur placedu sérieux de la demande ». Tout en maintenant une relation de confiance mutuelle avec les services culturels locaux, les autorités françaises comptent ainsi sur ces services pour statuer sur la crédibilité artistique des artistes « novices » demandeurs de visas. Toutefois, avertissent-elles, « si le service consulaire émet des doutes sur la confiance que l’on peut accorder à l’artiste, il aura zéro pour cent de chance d’obtenir son visa ! Une simple guitare n’est pas un passe droit ».

Sur le terrain, certains artistes africains ont émis de sérieuses réserves sur la réussite de ce dispositif puisque les mesures administratives de demande de visa n’ont pas changé. « C’est simple, c’est tellement difficile d’y arriver seul que si on n’a pas d’organisateur, on ne tente même pas ! On sait d’avance que ça ne fonctionnera pas », prédit le musicien ivoirien Soum Bill.

Et à son compatriote DJ Spring Bilongo de poursuivre, que « J’aimerais bien que ce soit vrai, mais j’y crois pas trop (petit gloussement de sous-entendu)… J’attends de voir comment ça se passe ». Il a ensuite regretté qu’« en 2005, je suis parti pour un concert à Paris. Je suis rentré en côte d’Ivoire, et quand j’ai voulu repartir, j’ai redéposé le même dossier au consulat et il a été refusé ! Pourquoi ? J’en sais rien ! Une fois tu l’as, une fois tu ne l’as pas ! C’est comme à la loterie ».

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

26 février 2008.