Partager

C’est arrivé dans la nuit de dimanche 2 au lundi 3 mai, autour de 22h30. Votre serviteur regagne son domicile à Baco djicoroni après une visite de contrôle à l’imprimerie du journal L’Indépendant sise à l’ACI 2000 Hamdallaye. Avisant un four électrique qui propose des poulets grillés, il immobilise son véhicule au bas-côté de la route pour s’en procurer un. Surviennent alors des agents en uniforme armés qui se présentent comme étant de la Brigade spéciale d’investigations (BSI). Ils demandent à voir les papiers du véhicule. Ce qui fut fait.

Une vérification de la vignette, de l’assurance, du contrôle technique collés sur le pare-brise confirme que tout est en règle. Tout ? Que non ! Un policier, qui paraissait être le chef, s’avise que  » les vitres du véhicule sont teintées. Vous êtes en infraction, monsieur, nous allons conduire le véhicule à la fourrière « . Puis, jugeant lui-même sa décision abscone, pour ne pas dire frappée au coin de la stupidité, il se ravise et lance : « Vous pouvez partir, mais je garde la carte grise ».

J’allume le véhicule la rage au cœur, ne parvenant pas à comprendre cette histoire de « vitres teintées » qui vaut la saisie de ma carte grise puis, au bout d’une centaine de mètres, je reviens auprès des policiers pour demander à être convaincu. Je tiens exactement les propos suivant: « Je n’ai jamais appris que circuler à bord d’un véhicule aux vitres teintées est une infraction au code de la route. Il faut croire que la police n’a pas fourni un gros effort d’information dans ce sens.

Si l’on devait retirer de la circulation toutes les voitures dont les vitres sont teintées, il n’y en aurait plus, ou si peu, sur nos routes. Et, à mon avis, il faudrait commencer par celles des ministres, des hauts fonctionnaires civils et militaires, des députés, des opérateurs économiques enrichis ». Et je conclus en ces termes : « la BSI a été créée pour traquer et mettre hors d’état de nuire les voleurs, les agresseurs à main armée, les assassins et non pour emmerder les paisiblescitoyens. Je porterai plainte contre vous. »

Ces propos rendent fou le policier si maigre qu’on pourrait croire qu’il n’a pas mangé depuis trois jours. Il ordonne à ses hommes de m’embarquer pour le poste. Une voix surgit à ses côtés : « Non, ne faites pas ça ». C’est ainsi que j’ai échappé à l’arrestation pour délit de « vitres teintées »

En réalité, les agents étaient moins intéressés par  » les vitres teintées «  de mon véhicule que l’argent qu’ils croyaient pouvoir me soutirer. Ils font, vraisemblablement, partie de ces flics voyous qui passent tout leur temps à racketter les chauffeurs de SOTRAMAS, de taxis, des véhicules de transport de marchandises ou de matériaux de construction. Si la police est de moins en moins respectée ou n’est plus respectée du tout par les citoyens, c’est par la faute de ces énergumènes qui la gangrènent.

Les pratiques crapuleuses auxquelles ils se livrent ont engendré au sein de la population un mélange de mépris et de haine à leur égard ainsi qu’on l’a constaté lors du conflit recent qui les a opposés aux chauffeurs et apprentis de SOTRAMAS après qu’ils eurent abattu de sang-froid, semble t-il, l’un de ceux-ci. Dans certains quartiers périphériques de Bamako, la chasse aux flics avait déjà commencé. Comme lors d’un certains 26 mars 1991.

A cause de ces policiers véreux, corrompus jusqu’à la moelle, le Mali possède le triste privilège d’être l’État où les prélèvements illicites sur les routes sont les plus nombreux au sein de l’espace UEMOA. Un observatoire dûment mandaté épingle, à chaque parution de son rapport, notre malheureux pays. Hélas il ne nous est jamais revenu qu’un policier qui s’adonne à de tels travers a été inquiété.

Tout semble indiquer que le gouvernement en place a fait le choix d’abandonner la population malienne à la merci totale d’une police prédatrice.

C’est l’évidence qu’une telle situation, qui dépasse de loin les exactions commises par la police sous le règne du tristement célèbre Tiécoro Bagayoko, mort de ses propres turpitudes, ne saurait continuer

Saouti Labass HAIDARA

04 Mai 2010.