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Les populations du district de Bamako vivant de petits métiers liés à l’électricité sont confrontées à des coupures intempestives depuis un certain temps. Leurs chiffres d’affaires sont affectés par les délestages.

Les populations de Bamako ne savent plus où donner de la tête avec les coupures intempestives d’électricité. Presque toutes les activités notamment dans le secteur des PME se trouvent paralysées. La ville de Bamako est exempte de courant pendant le jour de 8 h à 18 h. Le travail journalier tourne au ralenti. Ceux qui ne disposent pas de groupes électrogènes passent la journée, assis, à attendre que le courant arrive.

Dans les pressings, chez les menuiseries métalliques, les salons de coiffure, les ateliers de couture brodeurs ; les vendeurs de poisson de mer… ce délestage occasionne des pertes financiers et matériels parfois. C’est le cas pour Kardjiké Tounkara, menuisier métallique au nouveau marché de Médina coura.

« Les difficultés sont nombreuses. On a du travail en retard. Les clients sont un peu compréhensifs, mais sont impatients que leur travail finisse. On n’a plus de clients de jour, faute d’électricité. On perd beaucoup avec les coupures parce qu’on est dans un marché et après 18 h, les gens rentrent chez eux. Et aussi parce qu’on n’a pas de dispositif pour travailler la nuit. Il est temps qu’EDM prenne des dispositions, c’est notre gagne-pain qui est menacé« , dit-il.

Même son de cloche chez Mamadi Sako, vendeur de poissons frais au même marché. Pour lui, la perte est plus grande. « Je suis contraint de réduire le stock que je prends d’habitude. Je prévoyais la semaine de vente de poisson, mais avec les coupures inopinées, je ne prends que ce que je peux écouler dans une journée. Sans compter les risques que je cours avec les moteurs des réfrigérateurs, mes ventes ont diminué de moitié« , déplore-t-il.

Kadi Kouyaté, caissière à Star-Pressing, ajoute que leurs difficultés sont liées au délestage. « Tout le travail de lavage et de repassage est au ralenti. La moitié des machines sont arrêtées parce que le groupe électrogène ne peut pas tout supporter. Le carburant nous revient à 25 000 F CFA par jour. Et là il ne tient pas longtemps avant de s’échauffer. Pour satisfaire les clients, il faut plus de temps de travail que d’habitude« , se plaint-elle.

Certains petits métiers compensent leurs pertes de la journée en travaillant de nuit, une fois que l’électricité revient. Ils travaillent tard afin de pouvoir gagner leur pain quotidien. Mme Sy Oulematou, vendeuse à l’Industrie de boissons et de glace (IBG), est de ceux-là.

Selon elle, les coupures de courant handicapent leur travail. « On ne vend plus de glace le jour. On n’arrive pas à gérer des clients qui dépendent de nous pour travailler le jour. Et la nuit ne suffit pas pour tout faire. Du coup le marché est lent. Nos clients commencent à comprendre notre situation, parce que les coupures sont partout. Nos journées de travail sont gâchées par manque d’électricité« , signale-t-elle.

Pour Mahamadou Gano, brodeur à Hamdallaye, « l’électricité revient la nuit, sinon la situation serait dramatique. Tous mes employés sont libres dans la journée, ils commencent le travail à partir de 18 h jusqu’à l’aube. C’est quelque chose qui n’arrange personne, mais il faut s’adapter à la situation si l’on veut gagner de quoi nourrir sa famille. L’avantage, c’est que nos clients ont conscience du délestage, on évite ainsi les histoires« .

Les services prennent également un grand coup. Certains travailleurs du public comme du privé ne se donnent plus la peine de venir au travail. Un simple coup de fil leur suffit pour avoir la journée libre. Il est temps que des dispositions urgentes soient prises.

Aminata Traoré

Les Échos du 16 Avril 2012