Partager

Rien ne va plus entre le Délégué Général aux Elections (DGE), le Colonel Siaka Sangaré et certaines autorités de la République. Le malentendu est parti d’un rapport confidentiel produit sur l’état actuel du fichier électoral par le délégué Siaka Sangaré et adressé aux présidents des partis politiques à l’insu du président de la République dont relève la DGE et du ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales qui est l’un de ses collaborateurs.

Ledit rapport confidentiel qui circule en ce moment sous les mentaux des dirigeants des partis politiques est à l’origine du mémorandum PARENA datant du 23 janvier 2009, dans lequel les amis de Tiébilé Dramé, président du PARENA ont préconisé le report des élections communales du 26 avril prochain. Lors du conseil extraordinaire des ministres du jeudi 8 janvier dernier.

Le Colonel Siaka Sangaré a été entendu sur le sujet et les plus hautes autorités ont exprimé leur mécontentement. Elles ont exigé de lui qu’il leur adresse un exemplaire dudit rapport. Faudra-t-il se limiter à cela ?

L’acte de haute trahison de la DGE

La Délégation Générale aux Elections (DGE) est chargée de : l’élaboration et de la gestion du fichier électoral ; la confection et de l’impression des cartes d’électeur ; la gestion du financement public des partis politiques. Elle porte également assistance à la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) à la demande de celle-ci.

La fonction de Délégué Général et de son adjoint est incompatible avec l’exercice de toutes fonctions administratives, politiques et toute autre activité professionnelle privée. La loi est très claire, nulle part on ne parle de la production d’un rapport par la DGE. Quelle mouche a donc piqué notre Délégation Générale aux Elections à vouloir produit un rapport sur l’état du fichier électoral ?

Au lieu de saisir directement le président de la République qui l’a nommé par décret, ou par l’intermédiaire du Général Kafougouna Koné, ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales, le Colonel Siaka Sangaré a préféré s’adresser aux chefs des partis politiques. Puisque l’essentiel réside dans la forme, il y a là une vice de forme dans la démarche du Délégué Général aux Elections.

Son initiative de produire un rapport a été interprétée comme un acte de haute trahison car, il a donné à l’opposition l’arme qu’il faut pour abattre le pouvoir en place. Dommage que la haute Cour de Justice susceptible de statuer sur ce genre d’affaire n’existe pas encore. Alors quelle sanction il faut pour le Colonel Siaka Sangaré ? Que veut-il au juste ?

Le contenu du rapport confidentiel de la DGE

Aujourd’hui, la Délégation Générale aux Elections (DGE) émet de sérieux doute sur la fiabilité du fichier électoral qui est pourtant son bébé. Le PARENA, citant le Colonel N’Golo Bengaly de la DGE, dans son mémorandum du 23 janvier 2009, souligne que le fichier électoral qui a servi de base jusqu’ici à l’organisation des élections au Mali “a été élaboré sur la base de produits avariés… obsolètes… et hors d’usage”.

Qu’est-ce qui est donc à la base du fichier électoral ? A cette question, il y a lieu de répondre que le fichier est issu des listes électorales, qui elles-mêmes découlent du Recensement Administration à Caractère Electoral (RACE).

Le rapport confidentiel de la DGE daté du 17 septembre 2008, relatif au fichier électoral, cité par le PARENA, parle de “l’augmentation fulgurante du nombre d’électeurs qui est passé de six millions en 2007 à plus de sept millions en 2008. Déjà, la DGE jette un discrédit sur son propre travail (le fichier) et prédit des contestations à l’issue des élections communales et des troubles qui augureraient en 2012 d’un climat de méfiance et de crispation politique”.

En tout cas, le PARENA tire la sonnette d’alarme en affirmant qu’il n’est pas raisonnable d’organiser les communales dans ces conditions le 26 avril 2009. “Maintenir ces dates dans les conditions actuelles, c’est prendre le risque d’organiser une mascarade électorale aux conséquences imprévisibles”, souligne le mémorandum PARENA à la page 4.

C’est pour cette raison que le parti du bélier blanc a préconisé la prolongation de six mois (deux fois trois mois) du mandat des conseillers communaux. Sa requête a été rejetée par le gouvernement qui a confirmé que les communales auront bel et bien lieu le 26 avril 2009 lors du conseil extraordinaire des ministres du jeudi 8 janvier dernier.

La responsabilité de la DGE

Au cas où il y aurait soulèvement après les communales, méfiance et crispation politique en 2012, un doigt accusateur sera pointé sur la DGE dont le rapport confidentiel du 17 septembre 2008 en est pour quelque chose.

Daba Balla KEITA

11 Février 2009