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Dépités, les orpailleurs du Mali réunis au sein du collectif des orpailleurs du site de Farako et de Kobadani, ont pris d’assaut la salle des banquets du CICB pour exiger la restitution de leurs sites et témoigner des violences dont ils ont fait l’objet de la part des forces de sécurité.

Selon le vice-président du collectif, Sekouba Yaffa, c’est sans préavis que les forces de l’ordre sont descendus, le vendredi 11 mai 2013, sur ces deux sites commettant toutes sortes de barbaries sur tous ceux qu’ils trouvaient sur leur passage et sans distinction aucune. A l’en croire, il y avait des dizaines de milliers de personnes sur ces sites dont leur seul tort n’est autre que d’être malien mais aussi et surtout d’avoir pris l’initiative de fuir le désœuvrement en allant avec le risque que cela comporte à la recherche de quoi assurer leur survie, dans des sites d’orpaillage. « En ce temps où il est devenu plus que incertain de décrocher un emploi après les études, la plus part de la jeunesse malienne avait retrouvé espoir à la vie grâce à ces sites. A cause de ces mines, nos jeunes ne risquaient plus leur vie sur la route de l’Espagne ou d’autres pays de l’autre côté de la rive », a martelé le conférencier. Selon les estimations du collectif, il y a eu de nombreuses pertes en vie humaine et de nombreux blessés suites à ces exactions.

Et, les pertes en termes d’argent, selon eux, sont estimées en milliard en ce sens que dans ce climat de sauve qui peut, les orpailleurs ont tous abandonné les sites pour laisser quartier libre aux forces de l’ordre. Et, les orpailleurs de s’interroger si dans un Etat de droit comme le nôtre, une décision soit-elle judiciaire ou administrative ne satisfait elle pas à des préalables quand elle doit être exécutée ? Le Collectif en plus de contester l’éviction de ses membres avec une barbarie inacceptable, s’élève contre l’absence totale d’un préavis avant l’intervention des gendarmes. « On a pas été informés. On nous a imposé l’effet de surprise comme si nos biens intéressaient d’autres personnes », ont-ils dénoncé. Par conséquent, le collectif des orpailleurs du site de Farako et de Kobadani demandent à l’Etat, le retour des orpailleurs sur les sites et d’engager avec ceux-ci dans un bref délai, des réflexions sur leur activité afin que de tels événements ne se reproduisent plus. Ils assurent que s’ils n’obtiennent pas satisfaction, ils useront de tous les moyens légaux pour se faire entendre. Lors du meeting, de nombreux orpailleurs ont témoigné des exactions dont ils ont été victimes par les forces de l’ordre. Rappelons que selon le collectif des orpailleurs le site qu’ils exploitent, faisait l’objet d’un permis d’exploitation.

«Nous somme sur le site qui portait un permis d’exploitation au bénéfice de la société AGC, lequel permis a expiré en juin 2012 et renouvelé le même mois. Ayant introduit une requête auprès de la chambre administrative de la cour suprême au fin d’annulation du permis, la société obtint en catimini au près du ministre des mines Amadou Touré, la prolongation de son permis. Fort de cet acte, la société engage à notre encontre une requête d’expulsion au tribunal de Kangaba qui en fera droit dans une décision en référé », a déclaré Sékouba Yaffa. Selon lui, malgré que la décision du tribunal de Kangaba a été infirmée en appel, la société a usé d’autres moyens auprès du Ministre pour faire venir les forces de l’ordre. «Sans préavis, les forces de l’ordre sont descendues, le vendredi 11 mai 2013, entre 8 h et 9 h sur ces deux sites pour commettre toutes sortes de barbaries sur tous ceux qu’elles trouvaient sur leur passage et sans distinction aucune », a-t-il déclaré.

Madiassa Kaba Diakité

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……Le ministère s’explique

Sortir le pays de la monoculture de l’or, faire le développement communautaire en tenant compte de l’environnement, permettre aux populations d’avoir accès à une partie des ressources, à l’emploi, sécuriser les sites, modifier les contrats miniers, telles sont entre autres les nouvelles initiatives que le département des mines entend engager.

L’information a été donnée lors d’une conférence de presse organisée par les cadres du dit ministère, le samedi, 17 mai 2013. Mais, tout porte à croire que cette sortie du ministère a été motivée par ce qui venait de passer à FOROKO et KOBADANI.

En prenant la parole, le chargé de communication Ibrahim Tiokary a expliqué la situation actuelle sur les sites miniers. Selon lui, des orpailleurs ont été chassés sur des sites de la Société Africain Gold Compagny (AGC) à Kobadani. Tiokary dira que cette affaire a défrayé la chronique. Selon lui, beaucoup ignore jusqu’où est impliqué le département dans l’exploitation de l’or. Il a indiqué que le ministère des mines ne gère pas les sites d’orpaillage. « Ces sites relèvent des collectivités territoriales », a-t-il fait savoir. Pour sa part, le chef de cabinet, Mohamed Touré, dans le même sens, dira que le département des mines est obligé de déguerpir les orpailleurs sur les sites des entreprises qui ont des contrats avec l’Etat.

Et ceci pour préserver les intérêts du pays. « Ce sont ces entreprises minières qui ont les contrats avec l’Etat et qui lui versent beaucoup de royalties », a-t-il indiqué. Avant de soutenir qu’il n’est pas normal que des orpailleurs envahissent leurs sites. Il a d’ailleurs fait constater que ces orpailleurs dits traditionnels ces derniers temps ont abandonné l’orpaillage traditionnel comme l’on a vu dans le passé. « Ils sont mécanisés comme les entreprises minières, emploient les mêmes technologies que ces entreprises minières » a-t-il indiqué. Selon M Touré, il ya une concurrence déloyale entre ceux-là qui versent des dividendes à l’Etat et ceux qui ne donnent rien. « Le ministère est obligé de protéger les investisseurs pour ne pas les voir fuir » a-t-il dit. Il ajoutera que c’est grâce à ces investisseurs miniers que le Mali a pu être sauvé après les événements du 22 mars 2012 quand on sait que tous nos partenaires avaient suspendus toutes les aides à l’endroit de notre pays.

«Le code minier dit que pour qu’un orpailleur puisse exploiter le titre de quelqu’un, il faut qu’il ait son accord sur écrit », ont renchérit d’autres conseillers. Selon le colonel Major Alaye Diakité, haut fonctionnaire de défense au ministère des mines, il a été constaté que 70% de ces orpailleurs sont des étrangers et la loi est claire la dessus. Selon lui, il faut que les autres acceptent nos compatriotes. Mais dans la pratique tous les Etats protègent leurs sites miniers pendant un moment de l’année. « Le Mali aussi veut organiser l’orpaillage, trouver des couloirs » a-t-il indiqué. Il dira que le ministère a décidé d’élaborer un plan de sécurisation des permis miniers et d’ailleurs des couloirs ont été donnés au collectif des orpailleurs traditionnels : l’un fait 52 km et l’autre 10 km. Le chef de cabinet dira que le ministère est prêt à satisfaire les doléances du collectif mais dans le cadre républicain.

Fakara FAINKE

Le Républicain du 23 Mai 2013