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Après la libéralisation des trottoirs et voies publiques occupés par des chefs de familles en situation difficile, c’est le coup d’envoi d’autres opérations qui ne disent pas leur nom. Les garagistes installés aux alentours du Lazaret en ont fait, jeudi matin, l’amère expérience.

La prise de position des autorités du district dans un bras de fer entre Sékou Koné, garagiste installé derrière le lycée Prosper Kamara au flanc de la colline, et certains spéculateurs fonciers sur l’appartenance d’un lot à usage d’habitation, révèle en partie les intentions des autorités : la cession des parcelles à des spéculateurs fonciers.

Une semaine après la décision de démolition des lieux, le gouverneur a lié l’acte à la parole. Hier aux environs de 11 h, un Bulldozer est rentré en action. Appuyé par des forces de l’ordre, il a ravagé le magasin qui servait de dépôt de pièces, de moteurs et autres outils pour le garage. « Nous les avons vus venir, mais ils ne nous ont adressé aucun mot et se sont mis à casser notre magasin que nous avons construit il y a un an et qui nous a coûté plus de 400 000 F CFA ».

La lettre de démolition du gouverneur Koné avait précédé celle du maire du district. La correspondance du maire Sangaré, en date du 27 février, invitait le garagiste à libérer les lieux sans délai. Dans sa lettre, M. Sangaré déclarait que « suite au contrôle de la direction régionale de l’urbanisme et de l’habitat du district, il nous a été donné de constater que vous avez occupé illicitement la parcelle AC/29 du lotissement de Lazaret prévue pour habitation ».

L’opération d’hier, a-t-on appris, est un avertissement à l’endroit des mécaniciens. Sur le ton comminatoire, des forces de l’ordre ont promis de raser dans les prochains jours tout ce qu’ils rencontreront sur les lieux.

Cette opération, selon le garagiste, n’est ni plus ni moins que la loi de la jungle. Sinon, l’espace, à ses dires, lui a été « donné » par Sory Diakité, dernier maire UDPM de la Commune IV parce que peu avant la chute de GMT, il avait été demandé à tous les garagistes de se replier dans les zones hors de la ville de Bamako.

Les autorités de l’époque avaient pris en compte leurs préoccupations ; à savoir : la recherche de lieux pour les abriter. C’est ainsi que des garagistes se sont installés sur les flancs rocailleux de la colline à Hamdallaye, un lieu jadis inhabité. « Nous avons loué des machines pour dégager l’endroit et le rendre à l’état actuel », se souvient le chef garagiste.

« La raison du plus fort »

En 1994, les démarches de M. Koné auprès de l’équipe municipale, dirigée par M. Bocoum, lui avaient permis d’obtenir une autorisation d’occuper. Quelques années après, s’est rappelé M. Koné, le secteur a été loti sans qu’il soit informé. « Nous avons entendu que notre espace est situé dans le plan de lotissement du Lazaret et non à Hamdallaye ».

Voulant être dans la légalité, celui qui est dans la mire de Féfé Koné, a affirmé qu’il a tapé à toutes les portes pour que l’espace soit loti en son nom. « Je pense que l’esprit du code domanial veut que quand on lotit un espace, le premier occupant soit pris en compte s’il le désire », a-t-il souligné.

L’argument des autorités municipales est que la zone est destinée au recasement des populations de Djicoroni-Para et de Bougoudani. Préférant la logique du code domanial, le maire Bocoum avait détendu la ficelle en leur disant de recenser les garagistes du secteur. « Il avait promis des parcelles à certains garagistes ».

Après, a dit M. Koné, des gens, se réclamant propriétaires des lieux, ne cessaient de les inviter à vider les lieux. Un certain Mamadou Magassy, représenté par Kissima Diawara, les a traînés devant le tribunal de la Commune IV qui a donné raison à M. Magassy. Toutefois, le tribunal avait donné un délai de 6 mois à M. Koné pour libérer les lieux.

Sur ces entrefaites, un homme du nom d’Ibrahim Bocoum aurait dit que l’endroit lui appartenait. A sa requête, les deux parties se sont retrouvées chez le gouverneur de l’époque. «
», a-t-il expliqué.

En attendant ce jugement, les autorités de Bamako (maire central, gouverneur) ont manifestement décidé d’ouvrir la chasse aux humbles. Comme pour démontrer une fois de plus que « la raison du plus fort est toujours la meilleure ».

Amadou Sidibé

04 Avril 2008.