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Créé à la veille des élections générales d’avril 2007 pour marquer la voix de l’opposition face au « Takokélé », clamé haut et fort par les partisans du régime, le Front pour la démocratie et la République (FDR) souffre aujourd’hui de ses incohérences et est en perte de vitesse.

On le craignait, on en a désormais la preuve : le FDR a atteint ses limites. Née de la volonté du RPM, du Parena, de la CDS, de Convergence-2007 et de la COPP à la veille des élections générales d’avril 2007 dans notre pays pour faire entendre la voix de l’opposition, le FDR peine aujourd’hui à retrouver ses marques.

A preuve, il n’est toujours pas parvenu à résoudre la principale équation à savoir l’unité autour du bloc parlementaire oppositionnel. Mieux, il a du mal à se rapprocher du parti Sadi, qui a toujours récusé le regroupement pour faire cavalier seul.

Pour mémoire, lors de leur dernière rencontre conjointe avec le Premier ministre en fin juillet 2008, le parti Sadi a suggéré au locataire de la Maison du peuple de ne plus le recevoir en même temps et autour de la même table avec le FDR pour des raisons de « sincérité », confiaient de sources proches du huis clos.

Seulement voilà : quelques jours après cette réserve formulée par le parti Sadi, l’histoire semble lui donner raison dans la mesure où, apprend-on, le FDR commence à se vider de ses militants avec la nomination récente d’un de ses influents membres en qualité de conseiller spécial du président de la République avec rang et prérogatives de ministre.

De même, nos sources rapportent que le président de la CDS, Blaise Sangaré, si ce n’est déjà fait, envisage de prendre ses distances du Front. C’est dire, que le FDR est en train de se vider de sa substance prenant ainsi un coup sacré à la grande déception des Maliens qui avaient pourtant cru en lui, pensant qu’il serait un véritable contre-pouvoir.

Force est de constater qu’il brille de plus en plus par son silence radio que par des débats d’idées ou des propositions concrètes de solutions aux problèmes qui minent la nation. Depuis un certain temps, il a pris l’habitude de se fendre de communiqués laconiques pour exprimer ses préoccupations sur la vie chère, la crise au nord, l’école…


Impasse

C’est connu : le rôle de l’opposition n’est pas d’amener le gouvernement à accepter forcément ce qu’elle dit, mais de faire des critiques objectives à son encontre et des propositions concrètes. Aujourd’hui, les Maliens sont nostalgiques de vrais débats démocratiques des années 1990 où l’opposition a marqué son temps et son combat politique par la qualité des hommes et des femmes qui l’animaient.

A cette constatation, il paraît dès lors évident que la pire des choses serait d’en rester à la signature d’un pacte et au changement à la tête de la présidence du Front avec des recettes classiques. Cet immobilisme n’aurait d’autre effet que de décevoir les citoyens et de les jeter dans les bras des nationalistes. Il est évident que la chimère de réécrire un projet nouveau, simple, lisible et ambitieux n’a aucune chance de passer auprès du régime mais il semble bien qu’on est dans l’impasse.

Les Maliens ne trouvent plus leur compte dans le FDR. Alors quelles pistes pour l’avenir et qu’en est-il de l’idée d’avancer à différentes vitesses ? Pour le respect de la démocratie, il appartient au FDR de rester fidèle à ses idéaux fondateurs.

Les militants de l’ADJ qui ont fait preuve d’activisme à la naissance du mouvement sont également en perte de vitesse. Il n’y a pas grand-chose non plus à retenir des 6 mois d’IBK à la tête du Front de même que celui de Tiébilé Dramé qui avait néanmoins été conçue pour donner une certaine vitalité au regroupement.

Qu’attendre du successeur de M. Dramé, Me Mamadou Gakou, qui est un homme décisif sur le plan individuel mais qui ne représente politiquement pas grand-chose puisque sa formation (la COPP) n’est qu’une coquille vide. S’il n’est pas soutenu par un ensemble cohérent qu’est-ce qu’il peut donner comme résultat ?

Aujourd’hui, la volonté seule n’est pas suffisante, il faut une étoffe, une certaine synergie pour la réussite du pari. Sinon, le FDR a du mal à s’adapter à la réalité.

Mohamed Daou

13 Août 2008