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En 1967, notre pays s’était doté d’un Fonds national forestier sous la forme d’un compte spécial de trésorerie pour se doter d’un moyen permanent de financement des investissements forestiers. Ce fonds était crédité des produits de permis, taxes et licences, délivrés à l’occasion des exploitations du domaine forestier, principal et cynégétique ainsi que des sommes perçues au titre des infractions, délits et dommages causés dans l’exploitation des ressources naturelles.

Le Fonds a été supprimé dix ans plus tard sous l’effet de l’unicité de caisses imposée par le Programme d’ajustement structurel. Les capacités d’intervention du service des Eaux et Forêts s’en trouvèrent affaiblies tandis que naissaient des difficultés de mobilisation des partenaires autour des actions de reboisement et d’aménagement forestier.

Le relatif repli des pouvoirs publics facilita une exploitation anarchique des produits forestiers, fauniques et halieutiques, une occupation illicite des forêts classées et des réserves fauniques et une exploitation illégale et abusive des ressources fauniques notamment par des étrangers. Des années après, un rapport accablant a été produit et qui met à nu la déforestation.
Le rapport produit en 2005, révèle qu’environ 500 000 hectares de l’espace forestier sont déboisés par an pour la seule satisfaction des besoins énergétiques. Au même moment, note le rapport, les superficies cultivées augmentent au rythme de 4,7 % l’an, pris évidemment sur les surfaces forestières.

« La dégradation actuelle des forêts maliennes est due en grande partie à l’arrêt des contrats de gestion des Domaines d’intervention forestière (DIF) ». Ces contrats DIF, signés avec la direction de la conservation de la nature, permettaient une auto gestion des forêts par les populations. C’était, pour la direction, une sorte de bouclier contre la coupe anarchique du bois parce qu’ils impliquaient les populations elles-mêmes dans la protection des ressources forestières.

Certains techniciens attribuent la dégradation du couvert forestier malien à l’envahissement de la forêt par des exploitants venus de divers horizons et au laxisme du contrôle forestier. A preuve : des milliers de familles sont actuellement installées dans la forêt de la « Faya ».

Une convention locale

La Faya est aujourd’hui l’objet d’une exploitation abusive et incontrôlée par les populations. Elle subit une forte pression pastorale, des feux de brousse viennent parfois ravager ce que les hommes et les bêtes n’ont pas détruit. Au niveau de la forêt classée de Morilabougou, « Kignan » dans le cercle de Sikasso, la situation n’est guère meilleure. La végétation, jadis verdoyante, se meurt à petit feu. « De grands animaux sauvages comme les lions et les biches peuplaient autrefois cette forêt. De nombreuses espèces d’oiseaux et de petits gibiers y vivaient également », raconte amer un habitant du village.

Dans le but de mettre un terme à l’exploitation anarchique de cette forêt, les habitants ont élaboré une convention locale de gestion de la forêt. Ce texte invite les parties impliquées à procéder à une exploitation rationnelle de la forêt afin de ne pas la détruire entièrement. Tous, de façon collégiale, veillent à l’application correcte de cet accord, dans le respect des règles convenues entre eux.
Cette initiative locale avait été saluée par le ministre de l’Environnement, d’alors Nancoma Kéita. Les députés lui avaient emboîté le pas en adoptant en 2003 un texte portant création du Fonds d’aménagement et de protection des forêts et du Fonds d’aménagement et de protection de la faune dans les domaines de l’Etat. La création de ces fonds devait permettre au service forestier d’assumer pleinement son rôle dans le cadre de la lutte contre la désertification et la pauvreté.

Compte tenu des impératifs de la décentralisation, des missions de conception, de programmation et de mise en œuvre des actions de développement économique, social et culturel d’intérêt régional et local, sont confiées aux collectivités décentralisées.

Les fonds créés devront contribuer à inverser le processus de dégradation des forêts et de la faune et d’accorder aux collectivités décentralisées un financement réglementaire, facilement et rapidement mobilisable pour l’aménagement et la protection des forêts et de la faune.

Mais tout porte à croire que ces lois ne sont que l’ombre d’elles-mêmes. Aucune initiative n’est faite sur le terrain. En témoignent, la forêt classée de Filamana et d’autres qui sont en voie de disparition. Il est grand temps que les autorités s’attellent à prendre des dispositions sur le terrain afin que les forêts soient sauvegardées mais aussi pour la protection des animaux qui s’éloignent de nous.

Amadou Sidibé

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Bois et charbon : Une exploitation réglementée

L’exploitation du bois de chauffe et du charbon de bois est réglementée par les lois 95-004 et 95-003. Ces deux lois, selon le directeur national de la conservation de la nature, sont sur le point d’être fusionnées parce qu’elles sont jugées complémentaires.

La loi 95-004 fixe les principes pour l’exploitation du bois énergétique et précise les différents modes de coupe (plusieurs types de coupe). La loi 95-003 précise les conditions de transport et de commercialisation du bois et parle essentiellement des marchés ruraux de bois.
Le Mali, déficitaire en bois eu égard à la déforestation galopante, s’est doté depuis 1994 d’une stratégie d’énergie domestique en vue de mieux organiser la coupe. Les contrevenants à la réglementation sont réprimandés. Dans tous les cas, signifie le directeur national de la conservation de la nature, les exploitants de bois de chauffe et de charbon de bois sont assujettis au paiement de taxes.

Le paiement de taxes relevait jadis de la conservation de la nature et de ses démembrements. Mais depuis l’entrée en vigueur de la décentralisation, la délivrance des ordonnances d’exploitants de bois et de charbon est du ressort des collectivités décentralisées.

Abdrahamane Dicko

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Parcelles de reboisement des ministères : Les spéculateurs fonciers sont passés par là

Initié en 2003 par Dr. Nancouma Kéita à l’époque ministre de l’Environnement, des parcelles avec des fonds d’aménagement et de protection des forêts dans les domaines publics avaient vu le jour. Aujourd’hui, même si certains en ont fait leurs préoccupations avec les résultats escomptés, force est de reconnaître que d’autres, en raison de l’occupation anarchique de ces parcelles, n’arrivent pas à les exploiter. Toutes choses qui ont soulevé un tollé au sein de la direction régionale de la conservation de la nature.

Pour pallier les problèmes environnementaux et la déforestation, l’ancien ministre en charge de l’Environnement, Dr. Nancoma Kéita s’était engagé en 2003 dans une politique de réhabilitation de l’écosystème : en créant une ceinture verte à Bamako. Dans la mise en œuvre de cette initiative gouvernementale, chaque département ministériel a eu droit à un lopin de terre pour le reboisement sur la route du Lido en Commune III.
Les multiples efforts dans le domaine avaient porté leurs fruits. Le chef de l’Etat Amadou Toumani Touré avait donné le ton ainsi que le chef du gouvernement de l’époque, Ahmed Mohamed Ag Hamani, de la campagne de plantation d’arbres au niveau du Conservatoire des arts multimédia Balla Fasseké.
Les mesures qui avaient été adoptées avaient pour effet, selon le commandant Mamadou Lamine Sissoko, directeur régional de la conservation de la nature, la mise en valeur par le reboisement de ces parcelles dont la forêt classée de Koulouba d’une superficie de 2010 ha, « de créer un grand boum pour que les parcelles ne brûlent pas, ainsi que d’autres solutions idoines pour la maîtrise totale de notre environnement ».

A l’en croire, chaque année, les parcelles évoluent avec le regarnissage (plantation des arbres). C’est le cas des parcelles des départements de l’Agriculture ; de la Défense et des Anciens combattants. Selon le directeur régional, ces deux ministères, à travers respectivement un projet de l’Apej et surtout l’armée pendant l’hivernage reboisent à travers les plantations d’arbres.

Impuissance

Depuis trois ans, les résultats de suivi des travaux de reboisement connaissent des fortunes diverses, dues, à en croire le commandant Sissoko, à l’occupation illicite de certaines parcelles dont celles situées sur la route du Lido en allant à Kati. Là-bas, constate-t-il, « c’est une occupation anarchique et constructions illicites des parcelles occasionnées par les élus locaux. Les gens ont envahi les parcelles par des constructions anarchiques ».
La question, ajoute-t-il, ne relève pas de sa compétence. Il ne peut que constater les dégâts sans avoir au préalable une solution idoine pour endiguer le mal qui, selon lui, est profond. « Face à cette situation, j’ai écrit au gouverneur du district de Bamako pour attirer l’attention des autorités », indique le premier responsable de la conservation de la nature du district. Et d’ajouter que « tout le monde voit, et il faut enquêter si les occupants ont des lettres d’attribution ».

Autres problèmes concernant l’évolution desdites parcelles, souligne un autre cadre d’une division de la conservation de la nature de Bamako, c’est la non-exécution d’un budget pour le suivi des travaux de reboisement. « Le budget du suivi et évaluation n’a jamais été élaboré et dans ces conditions inutile de parler d’évolution », dit notre interlocuteur.

En somme, nos autorités doivent veuillez à l’application des lois sur le terrain et non l’effet contraire. A ce rythme, la parcelle sur la route de Kati, et dans une moindre mesure, la forêt classée de Koulouba seront appelées à disparaître.

Boubacar Diakité Sarr

Les Echos du 25 avril 2008