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Pour le quart de finale de la Can 2012, les Maliens du Gabon, notamment de Libreville étaient confrontés à un éprouvant dilemme : Ils souhaitaient la victoire de leur pays, mais redoutaient aussi les conséquences d’une telle performance sur leur pays hôte. Finalement, même ceux qui ont évité d’aller au Stade par crainte de contrôle des policiers nourrissaient le rêve secret d’une victoire malienne. Adviendra que pourra !

« Le 5 février prochain, Libreville va dormir avant 20h et le réveil sera douloureux pour les Gabonais » ! C’est ce que nous avions dit aux hôtesses du Stade de l’Amitié après la victoire du Mali sur le Botswana, le 1er février 2012. Ces ravissantes et gentilles demoiselles taquinaient les officiels maliens en leur conseillant de célébrer cet instant autant qu’ils le souhaitent parce que leur pays allait nous donner « une raclée » en quart de finale ! Si on avait parié, elles auraient eu des regrets aujourd’hui.

Effectivement, Libreville a vite plongé dans la torpeur puis le sommeil (sans doute troublé) après la défaite du Gabon face au Mali. Un calme inhabituel. Les fêtes prévues sur les principales artères, dans les rues et les nombreux bars de la capitale ont été reportées sine die. Personne n’avait le cœur à une célébration. D’ailleurs célébrer quoi ? La défaite ?

A Angondjé (nord-Libreville), les bars avaient fermé à l’heure prévue par la réglementation, c’est-à-dire à 22h30. Avant la fermeture, l’ambiance était morose. Et pourtant, comme la forte diaspora malienne du pays, nous avons soigneusement évité de poser des questions. N’est-ce pas suicidaire de « provoquer » des « Panthères » blessées, dans leur âme, dans leur orgueil et dans leur fierté sur fond de rêve brisé ?

Des commerces fermés après le coup de sifflet final

Dès le coup de sifflet final, les commerçants ne se sont pas faits prier pour fermer boutiques ! Ils ne sont pas pourtant tous Maliens à l’image d’Ahmed qui gère un mini-market (un mini-supermarché) à Angondjé avec ses frères venus de la Mauritanie. « Après la victoire du Mali, nous avons décidé de fermer la boutique parce qu’on nous prend tous pour des Maliens ici. Il est vrai que nous n’avions pas reçu de menace. Mais, il était prudent de baisser les rideaux parce que des individus mal intentionnés peuvent profiter de cette déception générale pour commettre des pillages ».

Ce matin, à 9h, 6 février 2012, de nombreuses boutiques et quincailleries n’avaient pas encore ouvert. D’habitude, elles sont ouvertes depuis 7h. « Je ne pense pas que beaucoup de gens vont ouvrir leurs commerces aujourd’hui, pas en tout cas tôt ce matin », pense Mariam Sylla, propriétaire d’une boutique de cosmétiques et divers. Elle a pourtant ouvert ! « Je ne pense pas qu’il y aura des violences en notre encontre. Mais, ceux qui ne veulent pas ouvrir le matin ont aussi raison parce que rien ne vaut la prudence. Moi je suis un peu isolée et en cas de mouvements, je peux facilement fermer et me mettre à l’abri », nous explique, d’une voix douce, cette jeune mère de trois enfants.

Le foot doit rassembler et non diviser

Pour cette rencontre, les Maliens de Libreville étaient dans un vrai dilemme. Autant ils souhaitaient la victoire de leur patrie, autant ils craignaient les conséquences d’une telle performance. « Même, s’il n’y a pas de violence contre la communauté malienne, celle-ci doit se préparer à des mesquineries, notamment à des contrôles d’identités », craint l’un d’eux.

« Si le Mali gagne, ça va être chaud. En général, les Gabonais sont gentils avec nous. Mais, ils ne risquent pas de bien digérer une victoire contre le Mali… Si on gagne, il faudra faire attention. Il faut surtout éviter des regroupements pouvant être interprétés comme de la provocation. Si le Mali l’emporte, les Maliens du Gabon doivent sobrement célébrer cette victoire », pense Amadou Fomba, un jeune veilleur de nuit qui travaille de 19h à 7h du matin pour près de 150 000 F CFA. Un conseil visiblement bien suivi.

Comme lui, beaucoup de Maliens ont évité d’aller au stade par peur des contrôles. Touré Salif est un propriétaire d’une quincaillerie qui s’est bien intégré au Gabon où il vit depuis 16 ans sans jamais remettre le pied au pays. La preuve, sa douce moitié est Gabonaise. Il a regardé le match avec sa femme. Pour lui, « il n’y a pas de raison que le ballon devienne un problème dans notre couple ou entre des peuples qui ont toujours cohabité en parfaite entente. Je souhaite que le Mali l’emporte. Mais, si le Gabon gagne, je ferai la fête aussi avec mon épouse et ma belle-famille ».

« Tout ce que nous pouvons souhaiter, toute la communauté malienne et moi, c’est que cette joute se déroule dans le Fair Play et sans adversité, sans animosité. Nous sommes adversaires pendant le temps du jeu et non au-delà. Je dirai aux Maliens de ne s’en tenir qu’à cela… », avait souligné le président du Haut conseil des Maliens de l’extérieur (HCME), Habib Sylla, interrogé par le quotidien national « Union » à la veille du match. Il, conclut, « après tout, il y a une vie après le football et nous devons continuer à entretenir de bons rapports que nous avons toujours tissés… Les Maliens qui se trouvent ici se plaisent bien et se sentent comme chez eux… Ce n’est pas le résultat d’un match qui doit changer ça » ! Après tout, le sport n’est qu’un jeu ! Rien qu’un jeu dans lequel on peut perdre sans démériter ! Au perdant d’être Fair Play et au vainqueur d’être humble et sobre dans la célébration de sa victoire !

Alphaly

(depuis Libreville)

07 Février 2012