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Le manque de motivation des Forces armées et de sécurité, de formation et la vétusté des matériels mis à leur disposition constituent des facteurs expliquant la défaite au nord du Mali des troupes de l’armée régulière face aux bandits armés. Un déserteur témoigne.

Au prétexte de repli tactique ou stratégique de janvier 2012 jusqu’à une date récente, l’armée malienne n’a fait que laisser le champ libre à des bandits armés qui ont fini par enregistrer des avancées spectaculaires sur le terrain.

Jamais auparavant, dans l’histoire de la rébellion au Mali, une région n’était tombée entre les mains des assaillants si ce n’est en 2012 où Kidal, Gao, Tombouctou et une partie de la région de Mopti sont tombées. Au départ, les gens avaient du mal à comprendre cette reculade de l’armée malienne au point que le régime d’alors était soupçonné d’être de mèche avec les irrédentistes.

Pendant que les Forces armées et de sécurité se plaignent du manquer de moyens adéquats pour combattre l’ennemi, le régime déchu affirmait les avoir mis dans toutes les conditions de défense du territoire. De revers en revers, les forces combattantes de l’armée malienne se sont repliées sur Sévaré sans moyens.

Un militaire rencontré témoigne que l’armée malienne manque cruellement de moyens pour mettre hors d’état de nuire des hommes sans foi ni loi. Il attribue la défaite du corps militaire à plusieurs facteurs que sont : le manque de préparation morale des troupes, la démotivation du personnel, le manque de formation adéquate sur la réalité et au corps choisi.

A cela s’ajoutent l’insuffisance et la vétusté des matériels mis à leur disposition. Dans son témoignage, le soldat « déserteur » du Nord, estime que l’armée malienne a besoin à la fois de moyens aériens et roulants. « Les hélicoptères vétustes sont en panne. Idem pour les BRDM ».

Pour lui, ces dernières années, les autorités précédentes ont dégradé l’armée en fonction de leurs ambitions. « Le mode de recrutement, l’orientation du personnel après la formation », laissent à désirer. S’il y a quelque chose qui paraît absurde pour le soldat « déserteur », c’est le fait que les troupes ne disposent même pas d’une simple Toyota pour évacuer un corps.

« Pourtant des gens circulent à Bamako à bord des V8″, dénonce-t-il. Il dit avoir ignoré dans un premier temps pourquoi il partait au nord pour la simple raison que sa hiérarchie ne lui avait pas notifié les motivations. « Nous étions partis pour 21 jours avant de nous faire comprendre que nous partions juste pour des manœuvres. Nous ne savions pas de quoi s’agissait-il exactement. Et finalement nous sommes restés des mois durant ».

Le soldat « déserteur » s’inscrit en faux contre ceux qui pensent que les Forces armées et de sécurité ont affaire à une petite rébellion mais « c’est une bande organisée ». Il témoigne que la crise a été compliquée avec l’arrivée des éléments de la Libye et débarqués au Mali avec des armes de guerre sophistiquées et la défection de l’armée malienne de certains militaires avec des armes.

« Ces faits mis bout à bout n’ont fait que renforcer les bandits dans leur conviction de conquérir le Nord ». Plus grave, rapporte le « déserteur », « l’ennemi a ses informateurs au sein de l’armée malienne ».

D. M.

Les Echos du 16 Mai 2012