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Aux frontières, les opérateurs économiques sont constamment la proie des douaniers, accusés d ‘ » abus de pouvoir« . S’il est indéniable que la douane malienne contribue pour plusieurs milliards au budget national, certains opérateurs économiques, désabusés, qualifient les douaniers aux frontières d’instigateurs de « racket ».

Le dédouanement consiste à sortir un bagage, une marchandise des entrepôts de la douane en acquittant des droits. Selon la législation douanière en vigueur au Mali, toutes les marchandises entrant dans notre pays doivent passer par le cordon douanier.

Cependant, force est de remarquer qu’aux frontières maliennes, les opérateurs économiques, surtout ceux transportant les marchandises de nos pays voisins, sont victimes de toutes sortes d’extorsions d’argent de la part d’agents douaniers « motivés par l’appât du gain ».

Le hic est que ces opérateurs économiques font face à un double obstacle : celui des étrangers et celui de leurs propres compatriotes. Toutefois, il convient de souligner que « nous arrivons à nous tirer facilement d’affaire avec les douaniers étrangers ».

Le cas de Mme Fofana est éloquent. Important des marchandises de Cotonou, elle perd et son temps et son argent, le plus souvent sans suite concluante tant les négociations avec les agents douaniers perdurent.

« Souvent, je passe des heures et des heures à les prier et à leur proposer des sommes qu’ils jugent insuffisantes. On me menace même de me garder là-bas avec les marchandises », s’indigne-t-elle.

Son calvaire est le même que celui d’une autre opératrice économique sur l’axe Bamako Conakry : « Chaque agent essaie de nous soutirer de l’argent en plus de la somme exorbitante dûment payée », nous confie-t-elle. Ce qui dépasse l’entendement de notre interlocutrice, c’est la « renaissance » d’autres frontières.

« Les agents des frontières signalent notre arrivée à leurs collègues des autres postes. Arrivés à ces lieux, on nous fait encore payer comme si nous n’avions pas légalement payé auparavant », accuse une vieille femme.

Une mafia

Un candidat malheureux à la dernière présidentielle dans notre pays avait promis de rétablir l’égalité entre tous les opérateurs économiques devant le cordon douanier en cas d’élection. L’histoire lui a donné raison, car les taxes douanières sont fixées à la tête du client.

Pour échapper à toutes ces tracasseries, la ruse de certains opérateurs économiques a été de créer des liens de familiarité avec à la fois les douaniers et les chauffeurs ou simplement de se faire recommander par un « bras long ».

« J’essaie de me rapprocher du cercle des douaniers le plus possible par les approches verbales et par les gestes. A titre d’exemple, à chaque voyage, j’apporte de beaux cadeaux à certains agents », affirme sereinement cette dame. Et de se féliciter que « c’est ce qui me facilite la tâche. Parfois, je reçois des bouts de notes de laisser passer ».

En tout cas, de nombreux opérateurs économiques continuent de faire les frais de cette « mafia » avec la ruine de leur commerce. « J’avais commencé avec des millions, mais mes affaires ont lamentablement périclité, car je n’ai pas pu faire face aux douaniers. Maintenant, je me contente de vendre des pagnes au marché », proteste cette jeune commerçante.


Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

19 octobre 2007.