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Depuis le 25 avril, les responsables du Mnla et d’Ansardine se concertent au plus haut niveau pour aplanir leurs divergences. Mohamed Ag Najim et Iyad Ag Ali se sont rencontrés à Gao à ce propos mais pour l’instant sans grand succès. Car le communiqué sur leur hypothétique fusion n’était qu’un miroir aux alouettes. Il piégeait prioritairement les gouvernements occidentaux abusés et désabusés par l’armée antisalafiste que pouvait être le Mnla. Il visait accessoirement la communauté touareg confrontée pour la première fois et du fait des siens au vaste programme de génocide culturel que serait la victoire des jihadistes.

L’union sacrée entre Iyad et Ag Nagim est possible mais elle sera ardue et ne se fera que si la « joint venture » est le seul moyen pour ces deux fauteurs de guerre de survivre. Car les divergences idéologiques entre eux ne doivent pas être sous-estimées. Le Mnla revendique une nation à ses couleurs propres alors qu’ Ansardine se contenterait de planter le drapeau jihadiste là où il peut. Le Mnla donne une limite à son territoire. Ansardine veut tout le Mali aujourd’hui et peut-être tout le Sahel demain.

Le Mnla construit sa légitimité sur le mythe d’un pays bleu ostracisé sommé de choisir entre l’errance et la rébellion. Ansardine, lui, prêche sur le terrain d’une justice judéo-chrétienne source de corruption et d’injustice. Le Mnla porte en filigrane l’ambition d’une nation touareg. Ansardine bâtit sa citoyenneté sur l’épaisseur de la burka. Aucun doute là-dessus, et le Mnla et Ansardine se préoccupent sérieusement du rejet profond de la camisole de force Aqmi-Mujao par la société touareg spécifiquement et des communautés du Nord.

L’essence de la culture touareg est la liberté. Elle ne peut donc soutenir longtemps d’être prisonnière de la doctrine salafiste avec en prime des conquérants « arabes » comme geôliers. Donc y compris à l’intérieur de leurs propres communautés, Iyad et Ag Najim jouent leur va tout. Il en est de même vis-à-vis des autres communautés sonrai, Bellah ou peulh connus pour leur penchant pour un islam soufi tolérant et bien moins drastique que celui des « envahisseurs ». Il va donc falloir que les deux mouvements rebelles accordent leurs violons. Iyad le fera plus tard que tôt. Car la différence fondamentale entre les deux mouvements est que le Mnla existe alors que cela est moins vrai pour Ansardine qui était une procuration.

Le corridor jihadiste est certes devenu aujourd’hui un boulevard et cela au détriment du Mnla. Mais Iyad reste toujours le prête-nom des puissants émirs salafistes. Voire un salafiste convaincu lui-même en dépit de son passé épicurien. Or si le Mnla peut renoncer à l’indépendance de l’Azawad, les jihadistes, eux, renonceront difficilement à la charia. La Mauritanie justement comme toutes les sociétés modérées, est pour eux, le contre-exemple. Droudkel le manitou d’Aqmi préconise lui-même une application graduelle de la Charia dans ses nouvelles colonies. Mais cette fatwa reste à décoder. Veut-il dire qu’il faut se limiter à couper le pouce à Tombouctou contre tout le bras à Riad ? Ou qu’il faut surtout et d’abord éduquer et sensibiliser les « justiciables » de l’Azawad ? Le Mnla, en tout cas, est dans de beaux draps. Il est forcé de raser les murs ou d’affronter Aqmi et ce sera bien plus difficile que contre l’armée malienne. Ansardine est lui aussi enfoncé jusqu’au cou. Iyad jouait pour plus de prestige dans sa communauté de l’Adrar. Le voilà contraint d’être un « Arabe ».

Adam Thiam

Le Républicain du 30 Mai 2012