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L’écrasante victoire à 77, 62%, le 11 août 2013, du Président IBK sur Soumaila et le Front Uni pour la Démocratie et la République (Fdr), couronne la lutte de toutes celles et tous ceux qui se sont insurgé(e)s dès le 22 mars 2012 pour tenter le sursaut salutaire que le parti Sadi et le Mouvement Populaire du 22 Mars (Mp22) ont appelé de leurs vœux. Ces forces ont âprement lutté à cet effet, sur le terrain, au sein de la Copam (Coordination des Organisations Patriotiques du Mali) et avec le groupement IBK 2012, au sein de la coalition pour les concertations nationales immédiates et souveraines.

Le Mp22, outre son appui constant et renouvelé à l’armée nationale contre tous les diktats et coups bas de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et de la dite « communauté internationale » a particulièrement pris en charge la défense intransigeante de l’unité et l’intégrité territoriale, de la paysannerie laborieuse et des travailleurs en lutte, des orpailleurs de Foroko et Kobadani et des syndicalistes policiers de la Spn. Ses conferences de presse, marches et meeting ont contribué à affirmer à la face du monde la soif de libération nationale et de changement démocratique. En particulier les exigences concrètes des maliens que l’armée malienne entrent à Kidal et que soit rejetée l’accord de Ouagadougou du 18 juin qui consacre le double jeu à la fois « libérateur » mais en fait « séparatiste » de la France impérialiste au Mali.

A l’effet de cette dénonciation, le Mp22 a subi de la part du gouvernement intérimaire, de ses maîtres impérialistes et des forces de restauration du Fdr entranchés dans l’administration, la police et le corps judiciaire, une répression féroce qui a envoyé au total 42 militants en prison à Koutiala et Bamako et qui s’acharne encore à persécuter Sidiki Diabaté et les patriotes du Syndicat de la Police Nationale.

C’est dans ce contexte que les forces de gauche représentées notamment par le Mp22 ont souverainnement voté au premier tour et exposé leurs vues démocratiques nationales-populaires. En cela, elles n’ont pas suivi la voie électoraliste et liquidatrice de certaines franges de la Coordination des Organisations Patriotiques du Mali (Copam) particulièrement préoccupées de postes à occuper et qui pour justifier leur ralliement sans principes et avec armes et bagages à IBK, dès le premier tour, ont répandu la fable selon laquelle il fallait éviter de courrir le risque que IBK ne soit pas présent au deuxième tour.

Ce tour de passe-passe revenait en fait à imposer à la gauche de renier et cacher son drapeau et s’aligner derrière un présumé « gagnant« . Il fallait livrer bataille au premier tour, chacun sous son drapeau et ses couleurs. C’est seulement au second tour que pouvaient s’imposer le regroupement des forces sur la base d’un accord politique clair ! Toute autre voie conduisait à la liquidation et la COPAM n’y a pas survécu.

La Campagne de la gauche et les élections présidentielles

La gauche malienne a appelé les forces progressistes et tout notre peuple à se convaincre que le libéralisme et le social-libéralisme, qui professent le culte du secteur privé (le capitalisme) et refuse pour cela d’affronter l’impérialisme, ne sauveront pas le Mali.

Il faut pour assurer l’indépendance, l’émergence du Mali nouveau, de démocratie vraiment nationale et vraiment pour le peuple, de profondes réformes nationales, agraires, minières, sociales, culturelles et linguistiques. Ce sont :

– la mise en valeur de nos langues nationales et l’alphabétisation immédiate et rapide des masses dans nos langues nationales ;

– la nationalisation des secteurs stratégiques déjà privatisés (monnaie, banques, commerce extérieur… etc) et la défense des secteurs menacés de privatisation ;

– la réforme minière ;

– la réforme agraire donnant la terre, l’eau et le bétail « à ceux et celles qui les travaillent » et non aux multinationales étrangères et aux seuls riches nationaux ;

– le gel des tarifs dans l’électricité, les transports, les produits agricoles ;

– une éducation et une santé publique et accessible à tous et toutes ;

– et enfin les réformes démocratiques constitutionnelles et institutionnelles.

Ces axes essentiels constituent la base du futur développement national agricole et industriel du Mali qui ne saurait se cantonner au seul développement d’entrepreneurs capitalistes privés, et dont la plupart sont des prête-noms d’investisseurs étrangers!

Le Mali nouveau fondé sur ces réformes profondes sera nécessairement l’œuvre d’un autre État. L’actuel appareil d’Etat coercitif au service des impérialistes et des possédants nationaux est résolument étranger et hostile aux masses laborieuses.

Son effondrement partiel impose encore plus la tâche de lutter pour jeter cet État néocolonial à la poubelle de l’histoire et lui substituer un État de type national et populaire qui ne peut émerger que d’un puissant courant et de puissantes luttes nationales, patriotiques et populaires. Un tel État vise à constituer un fort secteur national d’État et coopératif, reposant fondamentalement sur l’alliance de toutes les forces résolues d’un côté au changement démocratique et de l’autre à la libération nationale.

L’investissement national est fondamentalement affaire de réforme monétaire, bancaire, agraire, pour assurer d’abord l’autosuffisance alimentaire, ensuite assurer l’accumulation financière nationale. Il est répandu de nos jours les idées de « diversification des exploitations minières » ou même de « relecture des contrats en cours ou récemment signés« . Mais tout cela ne serait qu’un pis aller, si l’on ne se résoud pas à fonder l’accumulation nationale, d’abord sur l’indépendance vis avis du « pacte colonial » symbolisé par le franc Cfa et la zone franc, et par conséquent sur la reprise en mains par notre pays du contrôle de son économie.

Ensuite si l’on ne se résout pas, à défaut de nationalisations indispensables à une révision énergique du code minier prédateur qui nous gouverne afin d’inverser complètement le rapport des forces entre les parts de l’État national en face de celui des multinationales. Il faut nécessairement une remise en cause du joug oppresseur de l’ajustement structurel impérialiste et son cortège de privatisation, de dérégulation et de braderie. Tous les autres secteurs de l’économie nationale (impôts, douanes) doivent être orientés vers cette accumulation basée sur un régime strict de rigueur et de lutte contre le gaspillage.

Seul un sursaut patriotique reposant sur une forte organisation et mobilisation du peuple pourra arrêter l’hémorragie et le pillage des 20 dernières années et préparer les conditions de la rupture anti-impérialiste, de la réforme agraire et de l’industrialisation nationale, les conditions indispensables du développement significatif de l’emploi, des salaires, de l’éducation, la santé pour tout notre peuple. La véritable lutte contre la misère, la maladie, la pauvreté et l’inculture est à ce prix.

Les résultats de la campagne unitaire de gauche du Mp22 ne se sont pas fait attendre. Avec zéro franc en caisse au départ, le soutien principal de l’Alnef et un financement total de 21 millions le candidat de Sadi et du Mp22 a atteint le score honorable de 2,57%, se classant 6ème derrière les milliardaires du Moussaisme, de l’Ademcratie et de l’ATTcratie et leurs apprentis sorciers du « tournant générationnel« .

L’Alliance de droite Fdr/Adr montée avec tambours et trompettes a éclatée en mille morceaux dès le premier tour. L’Adema de Dramane Dembélé et le Fare de Modibo Sidibé ont sombré dans la pire scission de leur existence avec une base qui a renié ses leaders, tandis que l’Urd de Soumaïla Cissé largement battue et aux abois s’est mis à chercher son salut dans une intoxication de l’opinion publique pronostiquant que la Cour constitutionnelle « aux ordres d’ATT » allait tout renverser !

IBK a recueilli 40% des voix parce que le peuple a utilisé le bulletin de vote pour réaffirmer sur le terrain électorale son soutien au coup d’État du 22 mars, malgré toutes ses vicissitudes et les reculades infâmes de certains chefs militaires. On se souvient que le centriste IBK a au cours de la lutte pour les concertations nationales rompu avec le Fdr. Toutefois, il a fini par critiquer la contre-offensive du 10 janvier de la coalition pour les concertations nationales au nom d’une prétendue démarcation avec le putschisme.

IBK désavouant ses propres émissaires du groupement « IBK 2012″ se disait « Homme d’État » et non de « la rue« . Mais IBK a fini par reconnaître qu’il n’arrivera pas à se « blanchir » devant le peuple de cette prise de position « même s’il se lave au lait de chamelle ! »

Car le peuple a exprimé dans un véritable raz de marée de taux de participation (58%) sa radicalisation et sa soif de libération nationale, de rejet du séparatisme et de la « République islamique« , sa soif de laïcité et de changement démocratique contre les tenants de l’ancien régime et son maudit « consensus« . La « rue » a parlé et décide du sort de « l’Homme d’État » !

Les forces de gauche, à l’appel de Sadi, ont soutenu au second tour le candidat IBK à la fois pour battre inconditionnellement Soumaila Cissé, battre la droite et toutes les autres forces antinationales, conjurer le retour d’ATT.

Et maintenant que faire ?

Nous devons d’abord tirer les leçons des participations gouvernementales avec ATT, participation fondées sur l’absence d’accord programmatique clair. Il faut éviter de se retrouver constamment en porte à faux avec le programme présidentiel ou en position d’être obligé de l’avaler même si l’on est pas d’accord. Autant le soutien est inconditionnel pour barrer la route aux droitiers autant pour ce qui est du changement, le suivisme consensuel maudit du type d’ATT en ce qui concerne le programme doit être banni.

C’est pour cela que tout doit être fait pour parvenir à un accord politique sanctionnant une discussion programmatique entre les parties et un accord porté à la connaissance du peuple qui sera pris à témoin pour sa réalisation.

A défaut d’un tel accord la participation au gouvernement n’a rien d’automatique et obligatoire et il convient que la gauche dans son soutien sauvegarde son indépendance complète pour mettre à nu les flottements, tergiversations et virevoltes inévitables du centre.

De mars 2012 à Juillet 2013, les points de vue de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et de la « communauté internationale » ont prévalu à la fois au détriment de la sauvegarde de l’intégrité territoriale et au détriment de la libre détermination des maliens afin de trouver eux-mêmes les voies de sortie de la faillite nationale.

Après l’opération Serval, la voie des élections nous a été pratiquement imposée comme « sortie de crise » et gage de la confiance de ces institutions internationales pour leur coopération avec le Mali. Mais que vaut cette coopération si son objet est d’imposer au peuple malien de restaurer le pouvoir des forces rétrogrades internes et externes du passé ?

Les patriotes ne doivent pas être aveugles devant les limites et la duperie de la voie des élections. Nous voyons les forces restauratrices à peine vaincues organiser :

– au nord avec l’aide de la France la mascarade des Accords de Ouagadougou visant à conférer à l’Azawad la « large autonomie » ;

– et au sud un véritable cinéma de reconnaissance d’IBK tentant de transformer leur défaite écrasante en « victoire » ou préparer l’opinion à leur passage à l’opposition. Le fait est qu’elles se préparent à relever la tête et se saisir des élections législatives annoncées initialement pour octobre et novembre, puis à présent fixées en novembre et décembre.

Ces forces largement implantées comme députés et détenant la majorité dans les municipalités espèrent renverser immédiatement le cours des choses, ou tout au moins forcer le nouveau président à une cohabitation paralysante.

Les forces progressistes doivent refuser le piège d’aller immédiatement aux élections ultérieures. Elles doivent se mobiliser afin d’obtenir la dissolution de l’Assemblée nationale illégale et illégitime, organiser les changements démocratiques préalables passant nécessairement par l’audit de la nation et une lutte inflexible pour l’assainissement, le redressement, contre la corruption et l’impunité. Sans cette lutte démocratique de masse, rien ne changera.

Il s’agira ensuite de prendre le temps d’assurer le retour et la réinsertion des refugiés et incorporer dans le fichier électoral le tiers de l’électorat qui a délibérément été exclu au 1er tour et au final coupler les élections législatives et communales.

Ce sont là les conditions de lutte de masse démocratiques nécessaires pour d’abord contrer les objectifs de maintien de l’ordre prédateur antérieur (qu’il soit affublé du masque constitutionnel ou non).

Pour l’essentiel, au lendemain du vote sanction présidentiel contre les forces rétrogrades du Fdr, la tâche des patriotes et démocrates est de couronner la lutte sur les axes fondamentaux suivants :

– assurer la défaite complète des restaurateurs (Pdes, Urd, Fdr, Adema et moussaistes), neutraliser les conciliateurs (barrer la route aux manœuvres hypocrites de ralliement, non à leur entrisme, non au gouvernement d’union nationale avec eux). Démasquons et barrons la route à leurs manœuvres oppositionnelles) ;

– la mise sur pied d’un gouvernement de rupture, de changement, de salut public et national. Puis la formation et le regroupement à cet effet de comités, mouvements et personnalités, qui luttent pour les transformations démocratiques ;

– le combat pour la justice, contre les fléaux de l’impunité et la corruption.

– assurer la libération totale du Nord Mali par la défaite armée des séparatistes et des djihadistes et le départ des troupes étrangères ;

– sur la base des victoires acquises dans ses transformations, la tenue des assises maliennes pour la constitution d’un Mali nouveau (assises nationales, assises pour le changement, assemblée constituante et référendum pour une nouvelle constitution) ;

– la tenue ultérieure et finale des élections législatives et communales.

Bamako le 8 septembre 2013

La coordination du Mp22

04 Novembre 2013