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«L’islam fait bon ménage avec la démocratie, surtout depuis que le vent a tourné dans le monde sous les effluves envoûtantes de la liberté et de la dignité» , c’est le point de vue d’El hadj Ousmane Touré, maître coranique à Kati, faisant allusion au bien-fondé de la déclaration des biens des gouvernants. Toutes choses qui participent, à ses dires, à la lutte contre les biens mal acquis.

L’islam est bel et bien compatible avec la démocratie ! C’est par ces mots qu’El hadj Ousmane Touré répond à notre demande «la déclaration des biens du président de la République est-elle recommandée par la religion de Muhammad» ?

« Aucune contradiction entre démocratie et islam» , a ajouté l’imam Touré. «Nous confirmons au Mali à travers la réalité qu’il est possible d’être musulman et démocrate. Les musulmans ne sont pas des créatures métaphysiques, ils peuvent être des acteurs politiques comme n’importe quels autres» , dit-il.

Se référant à l’exemple américain où la religion est très présente dans la société, tout en étant séparée de l’Etat, il renchérit : « Le président est le président de tous, il doit travailler dans l’intérêt et le bien-être du peuple» .

Pour lui, il faut détester la faute que le dirigeant fait en refusant de se soumettre à la loi, mais ne pas organiser de révolte contre lui pour ce motif. C’est ce que le prophète a enseigné : « … Ecoutez bien : celui qui est sous l’autorité d’un dirigeant puis le voit faire un acte de désobéissance à Dieu, qu’il déteste ce que ce dirigeant fait de désobéissance à Dieu, mais ne cesse pas de reconnaître son autorité» (Muslim).

A l’en croire, si dans la démocratie la loi recommande à un président élu de publier ses biens avant d’entrer en fonction, s’il ne le fait pas, il commet un péché et sera jugé par le Tout-Puissant.

« Je rappelle que je parle là d’un péché personnel que ce gouvernant fait au vu et au su de tous. Quant aux péchés personnels commis en secret, il faut savoir qu’il est interdit d’aller fouiner dans la vie de quelqu’un pour découvrir ses péchés, de même qu’il est interdit de rapporter aux uns et aux autres les péchés dont on aurait découvert par hasard que quelqu’un les commet» .

Pour lui, il ne s’agit pas pour autant de rester passif face aux injustices. Au contraire, dit-il, le prophète a exhorté les hommes à dénoncer ce genre d’abus ; le hadîth est célèbre : « Le meilleur jihad est une parole de vérité dite auprès d’un dirigeant oppresseur» (rapporté par Abû Dâoûd). Il s’agit donc, face à ce genre d’oppression, de ne pas appeler à la rébellion armée mais de dénoncer la tyrannie.

Le prophète a également fait cette invocation : «O Dieu, celui qui aura quelque direction sur les gens de ma communauté et sera dur avec eux, sois dur avec lui ! Et celui qui aura quelque direction sur les gens de ma communauté et sera doux avec eux, sois doux avec lui !» (Riyâd us-sâlihîn).

Idrissa Sako

Les Echos du 21 Janvier 2014