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Genève, le 07-08 octobre 2021

Mesdames et Messieurs les Ministres et Chefs de délégation ;

Monsieur le Président du Conseil général de l’Organisation Mondiale du Commerce ;

Madame la Directrice générale de l’Organisation Mondiale du Commerce ; chère sœur,

Mesdames et Messieurs les Représentants des Organisations internationales, régionales et sous-régionales ;

Excellences, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs ;

Distingués Délégués ;

Mesdames et Messieurs ;

En vos rangs, titres et qualités.

L’honneur m’échoit ce matin de prendre la parole pour transmettre, au nom du Président de la Transition du Mali, Chef de l’Etat, Son Excellence le Colonel Assimi GOÏTA, et en celui du Peuple malien et de son Gouvernement, nos sincères remerciements au Secrétariat de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) pour la tenue de cette 3ème édition de la Journée mondiale consacrée au coton ; et cela en dépit du contexte sanitaire toujours préoccupant.

Je voudrais, ensuite, associer à ces remerciements les Secrétariats des organisations sœurs de l’OMC telles que l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED), le Centre du Commerce International (CCI), le Comité Consultatif International du Coton (CCIC), ainsi que l’ensemble des membres du Conseil général pour l’intérêt particulier et l’attention soutenue qu’ils accordent à l’emblématique dossier du coton à l’OMC depuis près de deux décennies.

En répondant avec enthousiasme à l’initiative du Groupe C-4 (Bénin, Burkina Faso, Mali et Tchad), l’OMC et les institutions partenaires expriment leur soutien aux efforts de nos pays en vue d’une meilleure intégration de leurs économies dans le système commercial multilatéral que nous voulons inclusif, transparent, basé sur des règles appliquées par tous.

Nous ne dirons jamais assez combien le respect de ces principes est fondamental à la promotion du commerce et des investissements et pour assurer un développement durable de nos pays.

Le Mali, au sein du C-4, est totalement engagé à œuvrer pour garantir le renforcement de ce système multilatéral. Mon pays est également pleinement engagé en faveur de l’action, notamment celle qui tend vers des résultats concrets et mesurables, à même d’avoir des impacts significatifs sur les conditions de vie de millions de personnes, qui ne parviennent toujours pas, hélas, à capter, dans toute sa plénitude, les avantages et les opportunités offerts par le Commerce international.

Monsieur le Président ;

Mesdames et Messieurs ;

Je me tiens devant vous ce matin pour vous apporter le message des contonculteurs du Mali et, plus généralement, celui de leurs frères et sœurs des autres pays du C4 et des PMA.

Je le fais avec une pointe d’amertume mais aussi avec espoir.

L’amertume du Ministre du Commerce et de l’Industrie de mon pays que j’ai été dans des positions antérieures. Dans ces responsabilités, j’ai eu l’honneur, en 2003, lors de la Conférence ministérielle de l’OMC tenue à Cancun, au Mexique, de plaider la cause du coton africain, en tant que porte-parole des pays du C4.

Cette Conférence n’avait pas répondu à nos attentes, mais Cancun restera dans l’histoire comme le point de départ du puissant plaidoyer qui a fédéré l’énergie des pays de l’Initiative sectorielle sur le coton composée du Benin, du Burkina Faso, du Mali et du Tchad.

Ces pays, considérés comme les « Goliath » de la culture du coton en Afrique au Sud du Sahara, sont parvenus pour la première fois à mobiliser toute la communauté internationale autour de leurs préoccupations et à inscrire la question du coton dans les négociations multilatérales avec conviction, engagement et méthode.

Depuis cette date, beaucoup d’eau a coulé sur le Fleuve Djoliba à Bamako et aussi sous les ponts qui enjambent le Lac Léman ici à Genève, sans que nos paysans ne voient leur espoir d’une vie meilleure se concrétiser ; et cela faute tantôt de décisions politiques courageuses, tantôt du non-respect des engagements pris.

Que demandait, en effet, le paysan de Sikasso au Mali, de Bobo Dioulasso au Burkina Faso, de Banikoara au Benin ou de Sahr au Tchad ? Ils ne demandaient pas l’aumône. Ils ne demandaient pas la pitié ni la commisération des plus grands. Ils demandaient la justice, celle qui est incompatible avec les soutiens internes à la base des distorsions sur le marché international.

Faute d’avoir écouté la complainte de nos paysans, nos pays ont vu leur résilience affectée, les zones cotonnières sont devenues des bassins migratoires et d’exode rural, avec leurs cortèges de tragédies dans le Sahara et dans la Mer Méditerranée.

Monsieur le Président ;

Mesdames et Messieurs ;

Malgré l’amertume résultant de l’arrière-goût d’inachevé, je reste habité par l’espoir, les paysans de mon pays et ceux d’Afrique et des PMA gardent l’espoir que les instances multilatérales leur rendent le juste tribut de leur travail acharné.

La consécration du 7 octobre comme Journée Mondiale du Coton, par l’Assemblée générale des Nations Unies lors de sa 75ème session tenue le 26 août 2020 est, à cet égard, lourde de signification et porteuse d’une nouvelle espérance pour les 36 pays africains producteurs, ainsi que leurs 25 millions de cotonculteurs. En effet, nous osons espérer que cette Journée Mondiale du Coton soit le point de départ d’une nouvelle ère de solidarité et d’un nouveau contrat moral autour du coton.

Au-delà d’entretenir l’espoir, vous devez donner la claire indication de votre volonté politique que les foras aux termes desquels vous vous êtes engagés ne sont pas des rendez-vous manqués de l’histoire. Il s’agit de :

– La Conférence ministérielle de Hong Kong, tenue en décembre 2005, qui a instruit de réserver un traitement « ambitieux, rapide et spécifique » à la question du coton. A ce jour, cette recommandation n’est pas appliquée.

– La Conférence ministérielle de Bali, en décembre 2013, qui avait admis le principe des décisions spécifiques sur le coton. A la date d’aujourd’hui, cette recommandation non plus n’a pas été appliquée.

– La Conférence ministérielle de Nairobi, en décembre 2015, qui, à travers son paquet de mesures, avait suscité beaucoup d’espoirs tous déçus lors de la 11ème Conférence ministérielle de Buenos Aires tenue en décembre 2017.

C’est dire, Mesdames et Messieurs, que depuis Cancun en 2003, soit 18 années après, une question reconnue urgente et vitale a été soumise à la négociation à l’OMC, afin d’y trouver des solutions également urgentes et appropriées dans les plus brefs délais. Certains membres n’ont que trop peu répondu à cet appel et au cri du cœur des communautés productrices et exportatrices de coton des Pays les Moins Avancés, en particulier ceux d’Afrique.

Et cela, malgré l’énergie déployée par les dirigeants africains, la société civile et les organisations paysannes dans divers foras à travers le monde, et malgré toutes les bonnes raisons qui plaident en faveur du coton africain.

Monsieur le Président ;

Mesdames et Messieurs

Pourquoi sommes-nous tant attachés à notre coton ? A l’échelle de l’Afrique, le coton représente près de 12% du PIB et 70% des recettes agricoles. En outre, la filière emploie plus de 80% de la population active dans les zones productrices. Au total, 65 % des pays africains produisent et exportent du coton, tout comme d’autres pays en développement et Pays Moins Avancés, en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Ce coton africain, malgré les qualités intrinsèques de sa fibre, fait face à une rude concurrence liée notamment aux soutiens internes estimés à 5,9 milliards de dollars en 2019/2020 que certains pays riches apportent à leurs producteurs.

Pour ce qui est de mon pays, le Mali, je rappelle que près de 4 millions de personnes vivent directement de la production du coton. L’Or blanc représente 11,3 % de nos recettes d’exportation et 3,7 % du PIB. C’est donc dire que le coton constitue un produit stratégique pour notre économie. Un produit de base, créateur de croissance, pourvoyeur d’emplois et de recettes pouvant aider nos pays à lutter plus efficacement contre la pauvreté, notamment en milieu rural et au sein des communautés défavorisées.

Lorsque nous parlons du coton, nous pensons toujours bien évidemment à nos paysans, à leur dénuement qui ne leur permet pas souvent de vivre dignement jusqu’à la prochaine campagne cotonnière. Nous pensons à la corvée des femmes productrices qui ne connaitront jamais l’autonomisation prônée par les instances internationales, tant que subsisteront les subventions. Nous pensons aussi, avec préoccupation, à l’avenir des plus jeunes pour lesquels l’éducation devient un un luxe faute de pouvoirs d’achat pour leurs producteurs de parents.

Si nous vous parlons depuis si longtemps du coton africain, c’est aussi pour mesurer la pénibilité liée à cette culture. En effet, le quotidien de nos cotonculteurs est à l’image de ces braves femmes, de ces hommes et de ces personnes âgées qui bêchent sans relâche les champs de coton dans de vastes plaines, à la main, je dis bien, à la main ; qui entretiennent à la main, du matin au soir, sous la pluie, le soleil ardent, dans le vent et les tempêtes tropicales, les plants de coton ; et qui récoltent également à la main le coton, capsule après capsule, méticuleusement, inlassablement.

Ces hommes et ces femmes ont le regard tourné vers vous, Mesdames et Messieurs. Car, en plus de subir cette injustice évidente aux yeux de tous, liée aux subventions versées à leurs concurrents, ils sont inexorablement exposés à l’instabilité des prix du marché international, aux effets néfastes du changement climatique et aux conséquences inopinées et dévastatrices de la pandémie de la Covid-19.

Monsieur le Président ;

Mesdames et Messieurs ;

Nous fondons l’espoir que les membres de l’OMC saisiront l’occasion que nous offre la 12ème Conférence ministérielle du mois prochain pour, enfin, donner une réponse appropriée et juste au mandat de Hong Kong de décembre 2005 sur le coton, spécifiquement sur le troisième pilier en négociation qui porte sur le « soutien interne ».

Il vous souviendra, en effet, que sur les trois piliers de l’agriculture en négociation, vous membres de l’OMC, aviez décidé le 19 décembre 2015, à Nairobi, « de fournir un accès en franchise de droits et sans contingent pour le coton et les produits dérivés du coton originaires des PMA », à compter du 1er janvier 2016.

L’engagement, certes louable, avait alors, été pris d’apporter des contributions pour aider à formuler des programmes et projets « multidimensionnels et intégrés » au niveau régional et sous-régional, participant à la promotion de la filière cotonnière des PMA.

Les solutions et réponses à apporter à l’épineuse question du coton doivent permettre aux pays producteurs et exportateurs issus des PMA, de faire réellement du commerce un levier de lutte contre la pauvreté et de développement durable.

C’est indéniablement la voie la mieux indiquée pour traduire en actes le paragraphe 24 de la Déclaration Ministérielle adoptée à Nairobi, en vue de faciliter l’intégration des PMA dans le Système Commercial Multilatéral.

Le temps de l’audace a sonné. L’audace de concrétiser les promesses et de conforter les efforts universels pour la réalisation des 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) à l’horizon 2030, en donnant corps aux engagements librement souscrits en 2005 en faveur du coton dans nos pays.

Vous devriez renouveler et tenir ces engagements car aujourd’hui encore, et malgré tous les efforts du C-4, plus de 70% de la production cotonnière bénéficient des soutiens internes accordés majoritairement par des pays développés et des pays en développement membres de l’OMC. Et cette pratique produit autant d’effets de distorsion sur le prix du coton que la subvention à l’exportation ou toute autre pratique commerciale similaire.

Monsieur le Président ;

Mesdames et Messieurs ;

Nous, Pays du Groupe C-4, ce que nous demandons pour nous et pour tous les Pays les Moins Avancés producteurs et exportateurs de coton, ce n’est pas la pitance, ni une faveur particulière. Nous demandons simplement une application des règles du commerce international qui permettent à chaque acteur de la filière cotonnière, quel que soit son pays d’origine, de gagner la part qui lui revient. Seulement la part qui lui revient. Nous demandons que vous redonniez vie et espoir à la filière coton qui se meurt à petit feu dans les PMA.

Je le redis, ce sont les subventions accordées par certains Etats à leurs producteurs qui mettent ces règles en échec. Vous le savez tous.

L’aide au développement la plus généreuse que nous recevrions ne serait-elle pas le respect, en toute transparence, de ces règles et principes déjà définis, afin de permettre à nos populations de vivre dignement et décemment du fruit de leur travail, comme tout un chacun y a droit ?

Car si on n’y prend garde, dans un avenir moins lointain qu’on pourrait le croire, à cause de l’iniquité persistant dans les échanges internationaux, des milliers de nos producteurs se verront contraints de renoncer à la production du coton qui, sur le long terme, leur apparaitra insuffisamment rentable.

Dois-je rappeler qu’au Mali, avant le rebond attendu cette année, les paysans avaient décidé dans un passé récent, la mort dans l’âme, de sursoir à la culture du coton et de lui substituer d’autres spéculations telles que les céréales.

Du haut de cette tribune, je voudrais rendre hommage à la résilience de nos paysans, en particulier de nos cotonculteurs.

Car malgré leurs conditions de travail difficiles et les goulots d’étranglement que j’ai rappelé plus haut, le monde rural porte à bout de bras la frêle croissance de nos économies. Les producteurs de coton du Mali à qui j’ai réservé ma première visite à l’intérieur de mon pays au mois d’août de cette année, ont promis une production record, au terme de la campagne agricole en cours. Imaginez un tant soit peu les performances dont ils seraient capables avec un commerce international plus juste et attractif, et leurs incidences macroéconomiques !

Notre responsabilité est de bâtir de véritables chaînes de valeur agricoles autour du coton, qui soient profitables à l’agriculture en générale, toutes spéculations et toutes productions confondues. Au demeurant, c’est tout le sens de la politique du Gouvernement du Mali pour le développement équilibré du secteur primaire.

Le Mali est un pays agro-sylvo-pastoral. Un pays de ruralité qui entend devenir une puissance agricole en Afrique de l’Ouest en s’appuyant sur son potentiel hydrique, sa disponibilité en terres arables et ses avantages climatiques. Mais pour y arriver, nous devons atténuer les contraintes liées au changement climatique, remédier à la crise sécuritaire, mais aussi relever les défis liés aux subventions.

Monsieur le Président ;

Mesdames et Messieurs ;

Je voudrais terminer en réitérant notre appel vibrant pour un sursaut immédiat de tous les Membres de l’OMC en vue de l’adoption de solutions concrètes dans le cadre du processus des négociations en cours, afin de préserver et promouvoir nos filières cotonnières dont le caractère stratégique n’est plus à démontrer.

Je voudrais particulièrement vous exhorté à soutenir et adopter le projet de décision ministérielle élaborée et soumise par les Pays du C-4 à notre 12ème Conférence ministérielle.

Un résultat significatif sur le soutien interne au coton en négociation sera alors un signal fort et un grand accomplissement pour la 12ème Conférence ministérielle qui aura ainsi atteint ses objectifs en ensemençant les germes du contrat moral dont est porteur la présente Journée Mondiale du Coton.

Au nom de tous les producteurs de coton du Bénin, du Burkina Faso, du Mali, du Tchad et des PMA, je vous remercie pour votre aimable attention.

Source: L’Essor