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La déclaration de politique générale est une exigence républicaine à laquelle est astreint tout Premier ministre nouvellement désigné. Modibo Sidibé a soumis, vendredi dernier, la sienne aux 147 élus de la nation dont les commentaires, analyses, critiques et observations sont attendus aujourd’hui.

Pendant près d’une demi heure, le Premier ministre a partagé avec les parlementaires, une vue générale des grands axes sur lesquels le gouvernement est appelé à orienter ses actions pour les cinq ans à venir.
L’école, les infrastructures de base, l’accès à l’eau potable, la politique énergétique, l’emploi des jeunes, la promotion des femmes, l’assainissement, la gouvernance…, sont autant de domaines touchés par la déclaration de politique générale du Premier ministre qui n’a épargné aucun secteur prioritaire.

Le renouveau de l’action publique

Proposant une nouvelle approche dans le cadre de la tenue des affaires publiques, le Premier ministre qui entend aller dans le sens de ce qu’il appelle le « renouveau de l’action publique », envisage déjà de tester cette expérience avec les autres membres du gouvernement.

Pour lui, l’amélioration attendue de la gouvernance passe par le nécessaire changement de comportement qui doit s’opérer au niveau de chaque citoyen. Rappelant les objectifs du Pdes qui entend opérationnaliser notre cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté (Cscrp), le programme, a indiqué Modibo Sidibé, ne saurait être ni un programme de plus encore moins un programme à part. L’un de ses tous premiers mérites réside dans le choix politique qu’il fait de manière à accélérer le développement économique de notre pays.

Pour le Premier ministre, ce dont il est aujourd’hui question pour son équipe, c’est d’aller bien au-delà de la lutte contre la pauvreté en faisant des choix pertinents à même de forcer le destin du Mali et d’en faire un pays émergents.

Aussi, dans le cadre du renouveau de l’action publique qui vise à mieux améliorer la performance du service public, le gouvernement entend accélérer la mise en œuvre de certains programmes fédérateurs comme le programme de développement institutionnel (Pdi). Un programme d’autant plus important qu’il permettra au gouvernement de diligenter la poursuite des audits organisationnels des départements ministériels et l’amélioration du dispositif actuel d’informatisation. Ce qui permettra de mettre enfin sur pied une administration numérique digne de ce nom dans notre pays.

La décentralisation est une des questions fondamentales qui retient l’attention du gouvernement qui entend renforcer les collectivités. Celles-ci pourront bénéficier dans les plus brefs délais du transfert des ressources et des compétences.
Outre l’Agence d’investissement des collectivités territoriales (Anict) qui sera renforcée, il est aussi envisagé, la mise en place, dès le premier trimestre de 2008, d’un important dispositif technique d’appui aux collectivités.

Parlant de la lutte contre la corruption le premier ministre qui a insisté sur l’utilité de certaines institutions comme le vérificateur général.
20 milliards pour alléger le coût de la vie
Jetant un regard sur les cinq dernières années, le premier ministre, Modibo Sidibé, a mis un accent sur les difficultés rencontrées par notre pays.

A l’instar des pays à structures économiques comparables, notre pays, a subi également les contraintes actuelles de l’environnement défavorable marqué beaucoup plus par la flambée continue des prix du pétrole et le renchérissement des prix de produits de première nécessité importés.
C’est, selon lui, dans ce cadre que le gouvernement a pris plusieurs mesures à l’effet d’endiguer l’impact de ces chocs exogènes sur les populations. Au nombre de ces efforts déployés par l’Etat, Modibo Sidibé note les nombreuses exonérations fiscales et les subventions qui ont coûté à l’Etat, rien que pour le compte de l’année 2007, la bagatelle de 20 milliards de F CFA.

Pour le chef du gouvernement face à une telle conjoncture qui menace d’ailleurs de devenir structurelle, il est temps que le Mali transforme ces contraintes en atouts en changeant d’approche avec une révision pure et simple de nos capacités de réponse.
Aujourd’hui, l’un des secteurs qui offrent le plus de potentialité pour notre pays est celui de l’agriculture. Le gouvernement entend œuvrer pour transformer notre pays en puissance agro-pastorale.
L’objectif assigné à l’agriculture est de porter la production toutes céréales confondues à « 10 millions de tonnes à l’horizon 2012 « , a soutenu le premier ministre. En vue de faire de l’agriculture le moteur de notre économie, le gouvernement prévoit, au delà des préoccupations de sécurité alimentaire, d’investir davantage dans le secteur agricole.

La politique d’aménagement des terres agricoles et des bas fonds également est appelé à se poursuivre. Il est ainsi prévu dans ce cadre un vaste programme d’aménagement hydro agricole portant sur près de 10.000 hectares sur l’ensemble du territoire. Une superficie sur laquelle il est prévu un aménagement de 60.000 hectares dans la seule zone Office du Niger de laquelle il est attendu une production estimative de l’ordre de 1 million de tonnes de paddy d’ici l’horizon 2012.

Faire du secteur privé une stratégie de croissance
Dans cette déclaration de politique générale l’un des constats qu’on peut tout de suite faire c’est sans nul doute l’importance particulièrement grande que la déclaration a accordée à la promotion du secteur privé appelé à devenir une stratégie de croissance de notre économie. Tout en indiquant l’importance que doit jouer ce secteur dans l’économie de notre économie, la déclaration fait cas de la volonté du gouvernement à faire en sorte que ce secteur serve de principal vecteur de la stratégie de croissance accélérée avec l’agro industrie.

Pour ce faire, le gouvernement entend miser sur la promotion volontariste des petites et moyennes entreprises (Pme), sur l’amélioration de l’environnement des affaires et le renforcement du partenariat secteur public privé.
Afin d’aider l’émergence chez nous d’une société privé dynamique, le premier ministre a annoncé la réduction prévue du rôle de l’Etat appelé à devenir un Etat promoteur d’entreprises privées et qui accorde beaucoup d’importance à la bonne gouvernance qu’il s’agisse du public ou du privé.

En vue de lever les contraintes que rencontre le secteur privé, le gouvernement, entend, outre l’élaboration d’une loi d’orientation en faveur du secteur privé, améliorer les investissements dans le cadre du développement des infrastructures et mettre sur pied un dispositif de financement en faveur des PME.
Investi de la mission d’encourager les investissements directs et de réussir la réduction des délais d’enregistrement par l’établissement d’un guichet unique, l’Agence pour la promotion des investissements (Api) dont le démarrage est prévue courant 2008, sera sans nulle doute un pas décisif sur lequel le secteur privé peut beaucoup compter.

Un des secteurs sur lesquels la vision du gouvernement était également trop attendue est celui de l’exploitation minière. Dans ce domaine, le gouvernement entend intensifier et optimiser les gisements aurifères en aidant l’émergence des petites et moyennes entreprises minières. Pour ce qui est du pétrole, tout en faisant cas des bonnes perspectives, le premier ministre a laissé entendre que l’Etat, compte tenu de l’importance que prend cette ressource naturelle, entend maintenir l’élan dans le cadre de la recherche. Un recherche qui sera, selon lui, poursuivie afin d’aboutir à des gisements économiquement viables pour notre pays.

Agir en synergie

Le Mali, politiquement, est une exception a indiqué Modibo Sidibé. En saluant la majorité et l’opposition parlementaire, le PM a fait cas de toute la nécessité qu’il y a de cultiver cette exception malienne qui a toujours conduit les fils de ce pays à transcender leur divergence pour se retrouver autour de l’essentiel. C’est en raison de ce besoin de synergie que le premier ministre a invité tous les fils du pays à se donner la main afin de construire ensemble le Mali.

L’avenir du Mali ne saurait être celui d’un Etat sans espoir, a indiqué le chef du gouvernement.
« Un Mali émergent qui offre de l’emploi à tous ses fils, où l’insertion économique des femmes est une réalité, où la jouissance des libertés individuelles et publiques est totale…, est tout à fait possible à condition que tous les fils du pays aient foi en notre destin commun et à un futur prospère. », a martelé le chef du gouvernement qui défendra ce matin ce programme ambitieux devant les députés.

Oumar Diamoye

17 Décembre 2007.