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Le monde des artistes a appris avec consternation, le dimanche 24 janvier 2009, le décès de Harouna Barry, ex-directeur du Badéma National, des suites d’une longue maladie.

La longue maladie de Harouna Barry a finalement eu raison de lui. Le dimanche 25 janvier 2009, la nouvelle de la disparition de l’ancien directeur du Badéma National, aux alentours de 8 h à la Clinique Kabala, s’est répandue comme une traînée de poudre à travers Bamako.

Saxophoniste atypique, compositeur et arrangeur de talent, l’une des têtes pensantes de la musique malienne n’est plus. Comme aimait à l’appeler notre confrère Moussa Bolly, « le monstre sacré de la musique malienne » Harouna Barry s’en est allé après un combat épique contre la maladie. Il avait été admis dans un hôpital en France avant d’être ramené au Mali.

Après une longue carrière au service de l’Etat, le saxophoniste et certains de ses camarades fondent l’orchestre « Les Barons », se consacrent aux jeunes tout en aidant leurs compagnons à vivre dignement leur retraite. Personne au Mali et même à travers le continent ne doutait de son talent, de son courage à servir la nation. C’est cette abnégation et le don de soi qui lui ont valu d’être décoré officier de l’Ordre national. « Harouna Barry a tout donné à ce pays », se souvient un de ses anciens collaborateurs.

C’est la passion de la musique qui l’a conduit à embrasser ce métier. L’époux de Mah Kouyaté n°1 est un enseignant de profession et artiste par vocation. « La musique, c’est dans mon sang », aimait-il répéter. « J’ai été toujours attiré par la musique et j’ai appris à jouer plusieurs instruments sans que quelqu’un me les enseigne », avait-il confié à un confrère.

Ce don naturel de l’artiste lui a permis d’enseigner des instruments à ses camarades. Un enseignement qui se faisait à l’aide de moyens rudimentaires comme des boîtes de conserves, les vieilles bouilloires.

La première formation de Harouna Barry a été l’Askia Jazz, créée par les élèves du lycée Askia Mohamed en 1960. A partir de 1962, il crée le « Rônier Jazz » avec les Taras. Professeur de français et de géographie, Harouna est muté à Gao à la fin de sa formation (1964-65).

Une année plus tard, il retrouve la terre de ces ancêtres, Kayes. Son talent, son ingéniosité et son ambition lui permettent de s’illustrer et de devenir finalement le directeur de l’orchestre le « Goffé Star » de Kayes. Et c’est là qu’il s’est initié au saxophone pour relever un défi.

N’empêche qu’il disait avoir des références comme Tidiane Koné (Rail Band), Fela Kuti (Nigeria) et surtout Manu Dibango (Cameroun). C’est alors qu’il était le chef d’orchestre du « Goffré Star » qu’il a été sollicité, en 1975, par Boncana Maïga et Khalil Traoré pour se joindre aux musiciens de Las Maravillas qui avait besoin d’un saxophoniste talentueux et expérimenté.

Après un bref passage comme directeur artistique de l’Ensemble instrumental national du Mali (1985-1986), le responsable des « Cubains » de la musique malienne a été rappelé pour diriger le National Badéma du Mali. Une responsabilité qu’il a assumée jusqu’en 2001, année à laquelle il a fait prévaloir ses droits à la retraite après 35 ans de bons et loyaux services.

« Ce que la musique m’a apporté, c’est la confiance et l’estime des jeunes. Aujourd’hui, je suis en mesure de faire déplacer n’importe quel musicien à n’importe quelle heure et vers n’importe où. Aucune fortune ne peut valoir à l’homme une telle confiance » , disait-il.

Même à la retraite, Harouna Barry continuait à mettre son expérience au service des stars. Il s’était entièrement dévoué à la formation des jeunes. Courtois et disponible, Harouna nous quitte laissant derrière lui des millions de fans inconsolables.

Dors en paix l’artiste !

Amadou Sidibé

26 Janvier 2009