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Atteint de plusieurs cancers découverts en octobre 2012, Bruno Metsu est décédé ce mardi dans sa ville natale de Coudekerque-Village (Nord), à l’âge de 59 ans. Cet ancien milieu de terrain s’était reconverti avec succès dans la fonction d’entraîneur. Point culminant de sa carrière : la victoire historique avec le Sénégal contre la France à la Coupe du monde 2002.

Cela reste à ce jour la plus énorme surprise de l’histoire de la Coupe du monde. En ce 31 mai 2002, la France, championne du monde et d’Europe en titre, affronte le Sénégal en match d’ouverture du Mondial à Séoul, en Corée du sud. Bien que privée de Zinedine Zidane, blessé, les Bleus sont donnés largement favoris : ils sont alors 1er au classement FIFA et le Sénégal seulement 42e. A la tête des Lions de la Téranga depuis deux ans, Bruno Metsu croit pourtant l’exploit possible. Et il inculque sa foi à des joueurs qu’il a guidés quelques mois plus tôt en finale de la CAN 2002 face au Cameroun (défaite aux tirs au but).

Éliminés mais invaincus

jpg_bruno-metsu.jpgDevant des centaines de millions de téléspectateurs médusés, l’impensable se produit : victoire du Sénégal 1-0, scènes de liesse interminables à Dakar et dans toute l’Afrique. Non contents de battre la France, les Sénégalais se qualifient ensuite pour les huitièmes de finale. Et ils battent la Suède 2-1 (a.p.) avant de succomber après prolongation (but en or à la 94e mn) en quart face à la Turquie, la meilleure performance jamais réalisée par une équipe africaine sur la scène mondiale. Les Lions quittent même l’épreuve éliminés mais invaincus.

Si ce Mondial 2002 a fait de Bruno Metsu une célébrité à l’échelle mondiale, comme il pourra le vérifier par la suite, il laisse surtout l’image d’un homme fidèle à ses valeurs, fin psychologue et apprécié pour cela dans le monde du foot. C’est il y a un an, en octobre 2012, qu’il a appris sa maladie. Se sentant fatigué, il consulte à Dubaï et le diagnostic est brutal : cancers en phase terminale au côlon, aux poumons et au foie, la médecine ne lui donne que trois mois à vivre. « Même si le choc a été terrible, j’ai toujours positivé » déclarait-il le 31 juillet au quotidien L’Équipe qui lui consacrait une page entière.

Bien pris en main médicalement et très bien entouré par sa famille, il va lutter de toutes ses forces avec, toujours, l’espoir de guérir. « Joueur, j’avais une énorme force mentale. Car, avec dix-huit chimios, tu dérouilles quand même… », affirmait-il dans le même entretien assorti d’une photo où il apparaissait très amaigri. Tout au long de son traitement, il reçoit des messages de soutien du monde entier, venus d’anonymes ou de sommités, mais aussi quelques visites inattendues comme celles de Samuel Eto’o, de Didier Drogba et de Gérard Houiller, l’ancien sélectionneur des Bleus, rescapé lui-même d’une grave maladie.

L’exemple d’Abidal

Pour tenir le choc, l’ex-sélectionneur des Lions prend Eric Abidal en exemple, l’ancien joueur du Barça greffé du foie qui poursuit désormais sa carrière à l’AS Monaco et a même effectué récemment son retour en équipe de France. « Tu prends une force intérieure nouvelle, comme Abidal, confiait-il à L’Équipe. Tu sais où sont tes valeurs, tu es encore plus humain qu’avant alors que c’était déjà ma principale qualité dans le foot ». Cette conviction de pouvoir triompher de la maladie n’aura malheureusement pas suffi puisque Bruno Metsu s’est donc éteint dans la nuit de lundi à mardi, dans son Nord natal, à seulement 59 ans.

Milieu de terrain de bon niveau, il avait débuté en deuxième division à l’USL Dunkerque en 1973 puis s’était également distingué au SC Hazebrouck avant de faire carrière à l’étage supérieur à Valenciennes, à Lille, puis à Nice avec 209 matchs à son actif et 21 buts à son crédit. Passé entraîneur, il avait fait ses classes avec les jeunes de l’AS Beauvais qu’il avait mené en demie puis en finale de la Coupe Gambardella (U19) en 1987 et 1988. Après avoir entraîné successivement l’équipe première de Beauvais (alors en D2), puis Lille, Valenciennes, Sedan et Valence (Drôme), il avait connu sa première expérience africaine avec la sélection de Guinée avant de prendre en main celle du Sénégal.

Sur la lancée d’une brillante campagne de qualification qui voyait les Lions triompher entre autres de l’Égypte, du Maroc et de l’Algérie, Bruno Metsu avait guidé le Sénégal vers la première Coupe du monde de son histoire avec le succès que l’on sait. Il avait ensuite fait fructifier son talent dans les pays du Golfe, remportant une Ligue des champions d’Asie en 2003 avec Al-Ain (EAU), puis une Coupe du Golfe avec ces mêmes Émirats Arabes Unis en 2007. En poste à Dubaï, il avait démissionné il y a un an pour pouvoir se soigner. Marié à Viviane, une Sénégalaise, Bruno Metsu lui laisse trois enfants : Enzo (9 ans), Noah (6 ans) et Maeva (3 ans).

Article publié le : mardi 15 octobre 2013 à 14:16 – Dernière modification le : mardi 15 octobre 2013 à 18:49 Par Christophe Carmarans