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Pour la deuxième fois en l’espace de 15 jours, le monde politique est en deuil. Après le décès de Mamadou Lamine Traoré, ministre de l’Éducation nationale et leader du Miria, le 21 juillet dernier, la scène politique vient de perdre un autre de ses ténors : Almamy Sylla, ancien président du RDP et du défunt COPPO. Telle une traînée de poudre, la nouvelle a vite fait le tour de la ville dès dimanche. Celui que l’on appelait affectueusement le « Doyen » au sein de la classe politique, s’est éteint dimanche à l’âge de 84 ans à la clinique Pasteur des suites d’une courte maladie.

Les obsèques ont eu lieu lundi à son domicile à Korofina-Nord en présence du président de la République, Amadou Toumani Touré, du Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga et de nombre de membres du gouvernement. Étaient également présents à la cérémonie, le président de l’Assemblée nationale, Ibrahim Boubacar Kéïta, de nombreux leaders politiques et des chefs religieux dont l’Archevêque de Bamako, Monseigneur Jean Zerbo. Une foule nombreuse de parents, amis et proches s’était jointe à ces personnalités pour accompagner Almamy Sylla à sa dernière demeure au cimetière de Niaréla.

« TETE BIEN PLEINE ET BIEN FAITE »

Né le 10 septembre 1926 à Bamako, Almamy Sylla s’engage dans la marine française de 1945 à 1947. Durant sa carrière militaire, il suit des cours jusqu’au baccalauréat passé au lycée El Hadji Malick Sy de Dakar. Il poursuit ses études à l’université de Paris-Sorbonne où il obtient un diplôme en agro-économie. Avide d’apprendre, l’agro-économiste s’inscrit à l’université de Dakar à la demande du président Modibo Kéïta où il passe un diplôme en administration publique et en relations internationales. « Tête bien pleine et bien faite » comme l’a si bien titré le quotidien national l’Essor en son temps, Almamy Sylla commence alors une vie professionnelle très riche.

De 1953 à 1959, il est le premier Africain nommé à la tête de l’École fédérale d’économie rurale de l’Afrique occidentale française à Sikasso d’où sortiront de nombreux hauts cadres africains (formateurs et encadreurs ruraux, agents de coopératives et de gestion de crédits agricoles). _ À la même période, Almamy Sylla cumulera ces fonctions avec celles de sous-directeur et ensuite directeur général de la Société mutuelle de développement rural basée aussi à Sikasso.

Le développement de la riziculture à Sikasso est unanimement mis à son crédit. Il en va de même de la production de légumes dans la capitale du Kénédougou.
De 1960 à 1963 Almamy Sylla est nommé conseiller économique du président Modibo Kéïta, fonction qu’il va également cumuler avec celle de directeur général des relations économiques et de la coopération internationale au ministère des Affaires étrangères.

À ce titre, il a dirigé de nombreuses délégations maliennes à l’extérieur et a participé à la négociation et à la signature des accords conclus pendant les premières années de notre indépendance.

De 1963 à 1967, l’économiste et diplomate est sollicité par les Nations Unies qui, avec l’accord de l’État malien, l’affectent à Addis-Abeba (Éthiopie) où il occupera successivement les postes d’assistant spécial du secrétaire exécutif et de secrétaire de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique. Objet de constantes sollicitations, Almamy Sylla est appelé à New-York où il assumera le poste de secrétaire du conseil de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI).

Cette institution lui doit beaucoup. Almamy Sylla tracera en effet une voie et un organigramme pour l’ONUDI, organisera son transfert de New-York à Vienne (Autriche) et préparera sa mutation. C’est sans doute ce succès qui a convaincu le secrétaire général des Nations-unies de lui confier la préparation et l’organisation de la première conférence mondiale pour le développement industriel à Lima (Pérou) dont il fut le secrétaire général.

IL ENTRE EN POLITIQUE

En 1978, le fonctionnaire international finit de gravir les échelons de la fonction publique malienne. Administrateur de classe exceptionnelle, il fait valoir ses droits à la retraite. En juin de la même année, Almamy Sylla, toujours sollicité, se retrouve à Rome (Italie) à la demande du directeur de la FAO qui lui confie le vaste département des affaires générales et de l’information. Il assumera de façon très honorable ces fonctions jusqu’en 1984, date de son départ anticipé (volontaire), à la retraite, Almamy Sylla ayant jugé sans doute qu’il n’avait plus de perspectives de promotion aux Nations Unies.

Fin connaisseur des marchés financiers, le fonctionnaire de carrière fut aussi membre de la table-ronde du président de la BAD chargée du financement du secteur privé en Afrique. Dans l’anonymat, il a donné une impulsion vigoureuse à de nombreuses entreprises qui sont aujourd’hui des fleurons de notre économie nationale. « Le grand baobab » fut actionnaire et administrateur de ECOBANK, de la BIAO etc.

À la faveur du multipartisme instauré grâce à la Révolution de mars 1991, il entre en politique en prenant la tête du Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP), un parti qui réalisera de bons résultats lors des premières élections libres dans notre pays. Almamy Sylla lui-même est candidat à l’élection présidentielle. Malgré une campagne intense menée à l’américaine, il sera éliminé dès le premier tour.

En 1997, il aurait du être à nouveau candidat si la crise née de la mauvaise organisation des élections législatives d’avril de la même année, n’avait pas amené les responsables des partis de l’opposition radicale à retirer leurs candidatures.

A la faveur de cette crise, le « doyen » Sylla deviendra le président du Collectif des partis politiques de l’opposition (COPPO). Auréolé de ce rôle, il se lance à nouveau dans la course à la présidentielle en 2002 pour un résultat décevant : il se classera 20è sur 24 candidats en lice.

En janvier 2006, il choisissait de se retirer de la scène politique, tout en restant le président d’honneur du RDP.

Almamy Sylla laisse derrière lui une épouse et huit enfants inconsolables.

S. DOUMBIA-L’Essor

08 août 2007.