Partager


Dans le cadre de l’opérationnalisation de l’introduction du principe de l’expérimentation dans la stratégie nationale du transfert de compétences et de ressources de l’Etat aux collectivités territoriales, le Cercle de Réflexion et d’Information pour la consolidation de la démocratie au Mali (CRI 2002) a organisé une rencontre avec les leaders d’opinion, ce mercredi 1er Avril 2009, dans la salle de conférence de la Dette Publique.

Placée sous la présidence du Secrétaire Général du ministère de l’Administration Territoriales et des Collectivités Locales, la réunion a enregistré la présence (entre autres) du Président de CRI 2002, le Docteur Abdoulaye Sall, de l’Imam de la Grande Mosquée et des chefs des quartiers.

Avant l’allocution du Secrétaire Général du département de l’Administration Territoriales et des Collectivités Locales qui a marqué l’ouverture de cet atelier de haut niveau, les participants ont d’abord eu droit aux mots de bienvenue du Président de CRI 2002 qui (il faut le rappeler) est initiateur de ladite rencontre. L’intervention du Docteur Abdoulaye Sall a ensuite été suivie de celle de M. Alhadi Goïta, Secrétaire Général du ministère de la Culture représentant son ministre empêché.

Rappelons que le 16 Janvier 2009, le Cercle de Réflexion et d’Information pour la consolidation de la démocratie au Mali (CRI 2002), en partenariat avec le ministère de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales, le Haut Conseil des Collectivités Territoriales (HCCT) et le Bureau de la Coopération Suisse du Mali, avait organisé un atelier sur l’introduction de l’expérimentation en matière de transfert de compétences et de ressources aux collectivités territoriales. Une des recommandations fortes issues de ces assises était d’aller rapidement vers la phase d’opérationnalisation. Cette rencontre du 1er Avril 2009 s’inscrit donc dans cette perspective.


Le thème retenu à cette occasion :
“L’introduction du principe de l’expérimentation dans la stratégie nationale des transferts de compétences et de ressources aux collectivités territoriales. Quels enseignements tirer de notre culture, de nos traditions, pour booster le processus de décentralisation dans notre pays ?”.

Pourquoi ce thème ?

De la suite de la visite de CRI 2002 et d’une délégation malienne en France, notamment dans la région de Rhône-Alpes, il ressort que la force des politiques de décentralisation mises en oeuvre dans les pays développés en général, et en France en particulier, réside dans le fait que tout en restant profondément ancrées dans leur culture, ces politiques restent largement ouvertes et réceptives à l’évolution du monde et ses innovations, pour une meilleure prise en charge du territoire par les acteurs locaux, dira le Docteur Sall.

Selon lui, le Mali ne saurait gagner le maximum de temps sans au préalable revisiter sa politique de décentralisation, tout en se posant la question suivante : le contenant, c’est-à dire la politique de décentralisation en se posant : le contenant (c’est-à-dire la politique de décentralisation) en tant que tel, est-il à même de supporter le contenu (c’est-à-dire les matières, les compétences transférées…), sans la primauté de la dimension historique, culturelle, sociologique (villages, fractions, quartiers…) en vue de la mise à disposition effective des ressources humaines, matérielles, financières nécessaires?

Au Mali, les villages, fractions et quartiers représentent (historiquement, sociologiquement et culturellement) ce que représente la Commune en France. Quelle que soit leur situation géographique, ils sont toujours bâtis sur un schéma consensuel et dotés de petits “sénats villageois, de fractions, de quartiers…” servant de lieux de débats, d’échanges, de concertations et de décisions pour le développement de la communauté.

Pour le Mali, il s’agit (comme la France l’a réalisé pour la Commune) de rechercher et d’identifier le rôle effectif, les compétences traditionnelles et séculaires des villages, fractions et quartiers, de les développer et les élargir en fonction des enjeux et défis passés, présents et futurs de la gouvernance locale.

En proclamant la loi N° 93-009 du 11 Février 1993 déterminant les conditions de la libre administration des collectivités territoriales, modifiée par la loi N° 96-056 du 16 Octobre 1996, le Mali ne devait-il pas imposer au législateur la prise en charge, voire la primauté de cette dimension historique, sociologique et culturelle dans l’architecture générale des territoires ? Pourquoi prendre appui sur la culture pour booster le processus de la décentralisation ?

Le Président de CRI 2002 explique : “Il s’agit de la culture de notre peuple, au sens noble du terme. Et dans cet exercice, comme l’enseignait Marcel Maurs dans les années 1930, il ne faut jamais confondre culture et civilisation.

La civilisation, c’est l’ensemble des faits sociaux, phénomènes, structures et valeurs qui caractérisent une société donnée. La culture, elle, c’est, dans une civilisation, l’ensemble de ses valeurs, son esprit. D’où il résulte que chaque peuple, chaque société a ses valeurs propres originaires et originales“.


Et le Dr Abdoulaye Sall, de poursuivre :
“Il s’agit là d’un vaste chantier de réflexion pour le renforcement de notre processus de décentralisation, et partant, de démocratisation ; d’autant plus que les pays développés, bien qu’étant dans la civilisation de la démocratie libérale, demeurent fortement attachés à leur culture propre. C’est pourquoi on parle de la culture du peuple américain, du peuple français, du peuple allemand, à travers les centres culturels dont les missions essentielles sont de promouvoir ces cultures. A nos leaders d’opinions de nous suggérer les voies et pistes à suivre afin de booster notre processus de décentralisation, en prenant appui sur notre culture, tout en restant fortement attachés à la civilisation de l’Universel“.

Les attentes de CRI 2002, du MATCL, du HCCT et du BUCCO ?

Qui est mieux placé que les leaders l’opinion pour débattre de ces questions ? Qui est mieux placé que ces leaders d’opinions pour envisager, pour notre pays, une décentralisation profondément ancrée dans la culture malienne, ouverte et réceptive à l’évolution du monde et aux innovations, pour une meilleure prise en charge du territoire pertinent par les acteurs locaux, d’autant plus que la grande leçon à tirer, en matière de transfert de compétences et des ressources de l’Etat aux collectivités territorial, est qu’il s’agit d’un processus irréversible? Une fois qu’on transfère, il est difficile de revenir là-dessus, de le retirer. Comment faire alors pour ne pas revenir là-dessus ?

Ce sont là les interrogations que le Président de CRI 2002 a posé avant de soutenir que l’une des recommandations fortes de l’atelier de haut niveau du 16 Janvier 2009 est que le principe de l’expérimentation ne se résume pas au seul transfert de compétences de l’Etat aux collectivités territoriales.

Il couvre également un immense champ d’innovations : entre autres, le champ de la capacitation des collectivités territoriales ; le champ du développement institutionnel ; le champ de la démocratie participative ; le champ de la conception et de l’élaboration d’une vision stratégique pour des collectivités “locomotives”.

D’où l’importance de cette rencontre a laquelle les leaders d’opinion ont été conviés par CRI 2002 qui demeure convaincu que la réussite de tout programme de développement doit nécessairement passer par les valeurs culturelles, c’est-à-dire l’écoute des sages.


Laya DIARRA

02 Avril 2009