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En visite d’amitié et de travail en France depuis le 4 juillet dernier, le chef de la junte militaire au pouvoir au Tchad, Mahamat Idriss Deby, le fils du défunt maréchal tchadien, a été reçu le 5 juillet 2021 au palais de l’Elysée, par le président français, Emmanuel Macron. Au menu des échanges, les questions sécuritaires suite au retrait annoncé de la force française Barkhane, en prélude au prochain sommet du G5 Sahel dont le chef de la Transition tchadienne assure la présidence tournante héritée de son défunt père. Une visite aux allures d’un adoubement du jeune chef de la Transition tchadienne par le patron de l’Elysée, au moment où la Transition des généraux tchadiens fait l’objet de crispations aussi bien à l’intérieur avec une opposition qui continue de ruer dans les brancards, qu’à l’extérieur avec les récentes tensions avec l’Union africaine (UA) dont l’envoyé spécial a été récusé sans autre forme… de diplomatie par les nouvelles autorités de N’Djamena. Comment pouvait-il en être autrement quand on sait qu’à l’annonce de la mort aussi brutale qu’inattendue de Déby père, le chef de l’Etat français n’avait  pas hésité, toutes affaires cessantes, à prendre l’avion pour se rendre au Tchad pour assister aux obsèques de « l’ami courageux » de la France qui venait de tomber au front, alors qu’il venait de rempiler sans coup férir pour un sixième mandat ? 

Un  traitement de faveur qui pourrait faire pâlir de jalousie bien des présidents « bien élus » du continent

Ce déplacement avait d’autant plus fait jaser qu’il était non seulement intervenu au moment où la pandémie du Covid-19 rendait les visites officielles plutôt rares. Mais aussi et surtout parce qu’il passait pour être un soutien franc et direct du président français qui s’était affiché, à l’occasion, aux côtés du jeune orphelin chef militaire dont le comité venait de faire main basse sur le pouvoir laissé vacant par le défunt président, en violation des dispositions constitutionnelles du pays et au grand dam des démocrates du continent.  Une attitude qui avait d’ailleurs appelé à une mise au point du président français qui affirmait avoir « apporté son soutien à l’intégrité et la stabilité  du Tchad » tout en se défendant d’être favorable à « un plan de succession ». Moins de trois mois plus tard, ce sont les portes de l’Elysée qui sont grandement ouvertes au controversé chef de la Transition tchadienne que l’opposition a récemment mis en garde contre toute volonté de confisquer le pouvoir. Si ce n’est pas une façon, pour Paris,  de traduire son soutien à la jeune pousse tchadienne, c’est un  traitement de faveur qui pourrait faire pâlir de jalousie bien des présidents « bien élus » du continent, qui n’ont pas eu droit aux mêmes égards d’être reçus avec tous les honneurs à l’Elysée, qui vaut reconnaissance de Paris, en si peu de temps. Et Deby fils ne devrait pas bouder son plaisir d’avoir réussi à réaliser une telle performance. Surtout au lendemain de son clash avec l’UA dont il se dit que la récusation de son envoyé spécial par N’Djamena, s’est faite sur fond de rivalités sourdes entre le chef de la junte militaire et son compatriote Moussa Faki Mahamat qui préside aux destinées de l’institution continentale, et à qui l’on prête aussi des ambitions de destin national. 

Deby fils est bien parti pour conserver le fauteuil présidentiel

C’est dire si cette visite du président de la Transition tchadienne à l’Elysée, est aussi une visite aux enjeux multiples. Et si cela ne traduit pas le poids de son pays dans ses relations avec l’Hexagone, c’est la preuve que la France sait reconnaître où sont ses intérêts. Surtout au moment où il est question de mutation des objectifs de la force Barkhane qui est appelée à se retirer progressivement du Sahel, au moment où le péril djihadiste est loin de s’estomper. Qui mieux que le Tchad pour assurer la reprise du flambeau dans la lutte contre le terrorisme dans ladite région ? Cette visite montre à quel point la France a toujours été guidée par ses intérêts, même si cela peut lui valoir de fermer les yeux sur les principes de la démocratie sur le continent noir.  Il n’est donc pas étonnant que peu de temps après avoir suspendu sa coopération militaire avec le Mali en guise de mesure de rétorsion contre le putsch du colonel Assimi Goïta contre la Transition, elle soit revenue à de meilleurs sentiments en reprenant sa collaboration avec les militaires de Kati. Au vu de tout cela, l’on a envie de dire que la France n’a que faire de la détresse des peuples africains face aux fossoyeurs de la démocratie. Seuls comptent,   pour elle, ses intérêts. Il appartient donc aux peuples africains de prendre leur destin en main. Et dans le cas du Tchad, tout porte à croire qu’avec un tel adoubement, Deby fils est bien parti pour conserver le fauteuil présidentiel. En tout cas, c’est le genre de visites qui pourrait lui faire pousser des ailes et le conforter dans ses velléités de s’accrocher au pouvoir. Quitte à faire des concessions pour donner le change. L’histoire  nous le dira.

 « Le Pays »