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Prendre un pot est une pratique à la mode à Bamako. Les maquis, bars, restaurants, boites de nuit servent de cadre à la consommation de toutes sortes de boissons : sucreries, bière, alcool, liqueurs et vin. Cependant, jusqu’à une date récente, les débits de boisson étaient exclusivement réservés à l’achat en gros ou à la consommation des sucreries. Mais, en est-il ainsi de nos jours? Enquête

Si l’on jette un regard sur le fonctionnement des débits de boissons qui poussent comme des champignons dans la capitale, on réalise l’urgence qu’il y a à recentrer les activités de ces dépôts, transformés en hauts lieux de consommation des boissons alcoolisées.

Certains de ces « petits coins » causent des ennuis à l’entourage. C’est par exemple le cas du très célèbre « Marigot », un débit de boisson situé dans un quartier de la Commune VI. Dépôt de boissons le jour, l’endroit se transforme en bar la nuit. L’activité qui s’y passe la nuit a tout l’air d’un commerce illicite. Mais le tenant des lieux ne reconnaît pas exercer une activité autre que la vente de boisson.

Négligence coupable…

« C’est un lieu que je fréquente depuis quelques années. Je le préfère de loin à beaucoup d’autres bars en raison surtout du grand calme qui y règne. Mais surtout à cause du fait qu’on peut prendre tout son temps sans être dérangé», nous confie A. Sow, un des plus fidèles clients de « Marigot ».

L’endroit, perdu le jour entre une multitude de boutiques, est le seul à recevoir des clients au-delà des heures de fermeture du marché. En réalité, la nuit, le propriétaire, connu pour être demi grossiste de boisson, aménage, la devanture de sa boutique en y disposant des chaises et tablette. Ensuite, l’endroit est envahi plus tard par une meute de clients.

Dans tous les quartiers de la capitale, prévaut le même phénomène. Sur la rue menant au Pont Richard, à Hamdallaye, les habitants des environs ont perdu le sommeil en raison d’un groupe de jeunes qui se retrouvent devant un conteneur pour boire jusqu’ à des heures tardives de la nuit.

Le quartier de N’Tomikorobougou compte un nombre important de ces espaces. Dans ce quartier, où existent des bars prestigieux comme le « Refuge », de plus en plus de clients préfèrent prendre leur pot dans un endroit moins bruyant. C’est ainsi que les espaces aménagés devant les débits de boisson, comme les alentours du stade Mamadou Konaté, sont devenus des endroits privilégiés pour des clients assoiffés.

Non loin de là, une gargote soigneusement érigée avec des morceaux de contreplaqués et destinée à la vente du riz le jour, fait partie des endroits très fréquentés la nuit, par des clients de tous âges. Lorsque la nuit avance, des gens complètement saouls se lancent des insanités, troublant ainsi la quiétude des voisins.


Activité pénalement répréhensible

Profitant du laxisme des autorités communales, les propriétaires transforment leurs kiosques de vente de boisson en des maquis en plein air. Pourtant, selon certaines informations, il n’est pas formellement interdit à ces exploitants de vendre des boissons alcoolisées, cependant les clients doivent aller les consommer ailleurs. En d’autres termes, il n’est pas autorisé de vendre dans ces kiosques des boissons alcoolisées à des clients qui les consomment sur place.

Le principal danger de cette pratique se ressent surtout sur les familles voisines dont les enfants se retrouvent dans des prédispositions pour devenir à leur tour des adeptes de la bière.

« A l’installation de leur kiosque dans le carré, nous n’y avions vu aucun inconvénient, car on nous avait dit qu’on va y vendre des boissons sucrées. Mais, ces temps-ci nous sommes très fréquemment perturbés dans notre sommeil par des gens qui viennent s’enivrer », nous confie le quinquagénaire Salif Kamaté, un habitant du quartier Hamdallaye.

Père de plusieurs jeunes garçons et filles, Kamaté estime que la proximité de ce bar est un phénomène que les chefs des familles environnantes doivent dénoncer afin d’éviter que ne soit compromise l’éducation de leurs enfants.

« Ce type d’activité à laquelle vous faites référence et qui consiste à aménager, à l’air libre, des espaces aux fins de la consommation de boissons alcoolisées, est une pratique qui, à certains point de vue, peut bien être condamnable au plan pénal malien», confie de son coté l’avocat Me Boubèye Maïga.

Pour le juriste, l’activité devient répréhensible, notamment lorsqu’elle favorise certaines infractions comme le jet de verres ou de canettes sur la voie publique, ou en cas de disputes nocturnes.

Autant de choses qui ont, selon lui, un lien étroit avec certaines infractions spécifiquement indiquées dans le code pénal malien qui les classe dans la rubrique des nuisances publiques.
Le principal problème face à la situation, c’est surtout les difficultés qu’il y a à avoir de solides renseignements sur ce type de commerce.

Se considérant comme des simples dépositaires de boissons, ceux qui exploitent ces “bars“ du soir, pour se donner une certaine légitimité, disent que leurs activités se font sous le contrôle de l’Office malien de l’hôtellerie et du tourisme (OMATHO) qui organise le milieu des hôtels et restaurants du pays.

Mais, c’est un avis tout à fait contraire que nous avons reçu lorsque nous nous sommes rendus au niveau de ce service où nous avons voulu vérifier cette information. Sur place, c’est avec la chargée des relations extérieures que nous avons eu un entretien. Mais de cet échange, il nous est revenu que, c’est une activité totalement étrangère au contrôle de l’OMATHO dont le réseau ne couvre que les restaurants et hôtels.

Oumar Diamoye

17 Juillet 2008