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Le Très Miséricordieux nous a unis et une profonde et divergente interprétation de la démocratie à entreprendre au Mali nous a séparés dans la mise en œuvre micro et macroéconomique de la IIIe République. Emmurés derrière nos vraies comptabilités et nos fausses compatibilités, nos pas se sont parfois croisés sans donner voix à nos langues embusquées par la cacophonie ambiante qui fit office de libertés d’expression à usage externe.

Et tombèrent bas les masques du 26 mars 1991 !

jpg_une-2055.jpgEt patatras le 22 mars 2012 ! Entre AEEM et MNLA, c’est toujours le même combat de rejetons pomponnés par l’insécurité d’Etat érigée en modèle de gestion relationnelle individualisée. La suite onusienne est présentement à pied d’œuvre, car s’il y a un pays où tout le monde se connaît et personne ne se parle sincèrement, c’est bien le Mali aux sept portes entrebâillées.

Cher frère, ami et camarade, je disais que quand tu serais élu président de la République, si Dieu le voulait, que ferais-tu de notre école de la corruption depuis la maternelle qui a bricolé plus de 100 000 étudiants piètrement encadrés dans cinq garderies d’adultes baptisées universités à Bamako et à Ségou ? Notre actuelle République, c’est surtout la performance professionnelle issue du système scolaire de la courageuse Réforme de 1962 et il faut aujourd’hui un minimum de 50 ans pour le projeter à nouveau.

Citoyen de Niafunké, je n’ai point douté de ta sage capacité de rapiéçage du tissu social explosé dans le septentrion, mais que ferais-tu d’une fictive décentralisation par chefs-lieux municipaux qui nie le maillage foncier de l’occupation multiséculaire de divers points de peuplement et aires socioculturelles du Mali car sous l’enfer 2012 des « jihadistes« , seuls les chefs coutumiers et religieux sont restés à leur poste ?

Cher camarade et bon candidat perdant à la présidence de la République, quel pont de liane ou de béton aurais-tu jeté entre les grandes fractures des milieux ruraux, périurbains et urbains qui ont fini par faire perdre à Bamako sa coquetterie coloniale en l’installant dans une dangereuse insécurité rampante ?

Du camp para (prison militaire) à l’hôtel de l’Amitié (lieu de bénédictions), nous avons bénéficié d’une grâce de vie que nos camarades Cheick Omar Tangara à Bamako et Oumar Blondin Diop à Dakar n’ont pas eue dans leur cellule politique. Le Sénégal vient d’honorer la mémoire du second par la pause d’une plaque commémorative au Musée de la préhistoire à Gorée le 11 mai 2013, à l’occasion du 40e anniversaire de sa disparition tragique qui incrimine tout autant nos pouvoirs publics qui l’ont arrêté ici et livré à Senghor.

Le Mali devrait s’inspirer du même sens du pardon d’Etat pour assumer tout le passé récent cinquantenaire de la très longue liste de ses innocentes figures mal enterrées pour le seul tort d’avoir été là où il a fallu agir contre le laisser-aller complice. Et que Dieu nous y assiste !

Je pense particulièrement au ministre de l’Education, Dr. Bakary Traoré, tué sur les barricades de mars 1991 et sauvagement extrait de la morgue de l’hôpital Gabriel Touré par le milieu scolaire pour le dépecer, le brûler et se photographier avec. Quel est le chasseur Simbo qui va pouvoir chasser un tel « nyama« de l’école malienne et avec quel « kala« ?

Sexagénaires plus proches du cimetière que de la place du marché, par quelles transactions spirituelles allons-nous fonder avec le nouveau locataire du palais de Bamako un patrimoine contemporain digne de la brillante tradition de nos bâtisseurs d’empire ?

Nos chefs étant à l’image de nous-mêmes, Dieu nous appelle à la vigilance citoyenne dans le Coran, S13/V11 : « En vérité, Allah ne modifie point l’état d’un peuple tant que les individus qui le composent ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes« , quand un ami français m’évoquait à Bamako le caractère génétique de la fraude malienne. En rapportant ces propos très courtois à un voisin de quartier et ami, celui-ci me répondit qu’il s’agit plutôt d’une culture de la fraude au Mali.

Persuadé que tu fus le « moins mauvais des mauvais« , je t’ai réservé la primeur de mon vote. Moi qui n’ai jamais fréquenté l’urne, je finis par partager, avec toi et ma sœur Assa, notre commune et heureuse défaite avec ces vers de Victor Hugo : « Car personne ici-bas ne termine et n’achève ; les pires des humains sont comme les meilleurs ; nous nous réveillons tous au même endroit du rêve ; tout commence en ce monde et tout finit ailleurs« .

Paix à vous deux et que Dieu sauve le Mali !!!

Hamidou Magassa

Les Echos du 26 Août 2013