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Pourquoi la motion de censure a-t- elle été évitée ?
Lorsqu’on lit le rapport de la Commission éducation, culture et communication, la motion de censure contre le gouvernement était patente.

Que s’est- il alors passé ? Est- ce le syndrome du président de la Cour constitutionnelle de 2007 qui a attrapé le président de l’Assemblée nationale ?

Après un brillant réquisitoire sur les élections législatives de 2007, Kanouté n’a- t- il pas laissé entendre que : «tous les élus nationaux se sont installés dans la fraude.» Je crois qu’il faut être sérieux dans ce pays. Cessons de jouer avec le destin de toute une nation.

Dans son discours d’ouverture de la session parlementaire d’avril 2008, le président l’Assemblée nationale, le professeur Dioncounda Traoré disait : «…l’école malienne est en panne.

Partout en République du Mali, lentement mais inexorablement, le système éducatif périclite et l’école publique s’éteint. Une nation dont l’école dépérit est une nation sans avenir…

Lorsque l’école publique décline, l’égalité des chances entre les citoyens s’amenuise…»
En effet, la crise presque endémique du système éducatif malien est générale et profonde.

Elle remonte aux années 80, quand l’Etat malien eut recours aux institutions de Bretton Woods pour la mise en route d’un Programme d’ajustement structurel (PAS).

Le PAS imposa à l’Etat malien les restrictions budgétaires et le concours d’entrée à la fonction publique. Il y eut pour conséquences immédiates :

– le gel de la formation et du recrutement des enseignants ;

– le gel de la construction et de l’équipement des infrastructures ;

– le gel du financement de l’enseignement supérieur et de la recherche ;

-«la libéralisation de l’éducation», etc.

Mais, il y eut plus grave encore : la crise de l’Etat ravagea de manière profonde la culture du mérite, de l’excellence, de la qualité ; petit à petit, la médiocrité et l’esprit de lucre se sont installés. Beaucoup de nos compatriotes ont cessé de croire aux vertus du travail bien fait, au mérite personnel, sacrifice, etc.

Depuis ces années fatidiques, l’école malienne est dans la tourmente ; elle est devenue une fabrique de chômeurs diplômés formés pour être des salariés, mais auxquels on demande de se muer en entrepreneurs en initiateurs d’emplois.

La 3e République a hérité d’un système éducatif en état de déliquescence très avancé.

La rénovation du système n’a pu réellement être soutenue qu’à partir de 1998 avec l’élaboration du PRODEC dont les objectifs principaux sont les suivants :

– rendre l’école accessible à tous dans les délais les plus brefs ;

– améliorer la qualité de l’enseignement par une politique adaptée de formation des maîtres, de mise à disposition du matériel didactique et de reforme des programmes ;

– réduire l’iniquité interne du système en augmentant la part des ressources publiques allouées à l’éducation de base ;

– améliorer la gestion et le pilotage du système éducatif en déconcentrant les services et les responsabilités.

Du coup, l’école malienne fit un bond en avant en matière de construction d’infrastructures scolaires, d’équipement en moyens logistiques,

de dotation en manuels scolaires, de déconcentration et de décentralisation de l’éducation, de la mobilisation de divers partenaires autour des objectifs de l’éducation.

Le taux de scolarisation a fortement augmenté.

Cependant, les résultats obtenus après une décennie de mise en œuvre du PRODEC sont largement en deçà des attentes.
On constate des problèmes structurels et conjoncturels qui compromettent sérieusement le développement du système éducatif.

Parmi les problèmes structurels, on peut retenir :

– la soumission de l’école aux restrictions budgétaires et autres conditions du programme d’ajustement structurel ;

– la prolifération non maîtrisée des écoles privées ;

– le déséquilibre entre la formation et l’environnement socio – économique national, régional et mondial ;

– la propension vers l’enseignement général au détriment de l’enseignement technique et professionnel ;

– la propension vers les sections littéraires de l’enseignement général au détriment des sections scientifiques ;

– la forte tendance vers les filières du tertiaire au détriment des filières industrielles ;

– le déséquilibre entre les grandes écoles, les filières courtes et les filières longues de l’enseignement supérieur.

Les problèmes conjoncturels sont de plusieurs ordres. On peut en citer :

En ce qui concerne l’éducation de base :

– la prolifération non maîtrisée des écoles privées et communautaires parmi lesquelles certaines sont dans les conditions désastreuses ;

– l’essoufflement des communautés dans la prise en charge des écoles communautaires ;

– la transformation non planifiée et non effective des écoles communautaires en écoles communales ;

– l’insuffisance d’enseignants en nombre et en qualité ;

– l’absence de méthodes pédagogiques fiables :

discontinuité dans la pratique de la pédagogie convergente, non qualification de ces enseignants, insuffisance de ces matériels didactiques ; tendance conflictuelle curriculum de l’enseignement fondamental, absence de consensus national autour de cette innovation) ;

– les disparités notaires dans la distribution de l’éducation entre régions, entres villes et campagnes, entre filles et garçons ;

– l’insuffisance de compétence chez nombre d’élus communaux en matière de gestion de l’école ;

– l’existence de conflit de compétence entre les collectivités territoriales et les services déconcentrés dans la gestion de l’école ;

– l’absence d’une véritable politique des langues nationales ;

En ce qui concerne l’enseignement secondaire général, technique et professionnel :

– l’insuffisance de formateurs en quantité et en qualité et surtout de professeurs de spécialités ;

– l’insuffisance d’infrastructures et d’équipements de laboratoires et d’ateliers,

– l’insuffisance de matériels didactiques, matières d’œuvres et d’outillages ;

– le retard dans le payement des frais scolaires du niveau de l’enseignement privé ;

– le désaccord entre les pouvoirs publics et les syndicats de l’enseignement secondaire sur les points de revendications dont l’octroi d’une indemnité de logement ?
En ce qui concerne l’enseignement supérieur :

– l’inadaptation, voire l’absence dans certains cas, des textes régissant l’Université et les Facultés (FSJP et FSEG) ;

– la surabondance des effectifs au regard de la capacité d’accueil et d’encadrement créant l’engorgement à l’entrée des Facultés ;

– l’insuffisance notaire, voire, le manque d’infrastructures et d’équipements informatiques et de laboratoires ;

– l’absence de bibliothèque universitaire et de campus digne de ce nom ;

– l’inadaptation des salles de cours (sonorisation, matériels de projection) ;

– l’insuffisance d’enseignants, surtout, d’enseignants de «rang A» (maîtres de conférence et professeurs ;

– le faible niveau de formation du personnel administratif et d’appui ;

– l’insuffisance de formation post-universitaire ;

– la non ouverture des filières de formation des professeurs d’enseignement normal, d’inspecteurs et de techniciens et de techniciens rattachés à l’administration ;

– l’insuffisance de formation des professeurs
d’enseignement technique et professionnel ;
Parmi les multiples conséquences de la crise du système éducatif malien, on peut retenir :

– la politisation excessive du monde scolaire et universitaire qui obscurcit le débat sur l’école en faisant l’amalgame entre gestion académique des cursus et gestion des revendications financières et matérielles, voire, politiques ;

– la baisse drastique de la qualité des enseignements/apprentissages ;

– la démotivation du corps enseignant et du personnel administratif ;

– l’engorgement des Facultés suite à la massification dont l’impact sur le climat social et politique d’ensemble du pays n’échappe à personne ;

– la violence dans l’espace scolaire et universitaire ;

– le faible taux de pré scolarisation et d’éducation spéciale ;

– la contractualisation abusive des enseignants y compris les sortants des IFM ;

– l’absence de contrôles assidus et réguliers dans les écoles ;

– le manque de coordination entre les intervenants dans le non formel.

La crise scolaire et universitaire se manifeste ces derniers temps par des années «blanches», «facultatives» ou «invalides» et des grèves endémiques entreprises aussi bien par le personnel enseignant que par les étudiants, mais aussi par la violence au sein de l’école.

Ces grèves- abandon de travail, rétention des notes, refus d’évaluation, etc. trouvent leurs justifications dans les revendications catégorielles (salaires faibles, souvent en retard pour les contractuels, surcharge des enseignants, non paiement des heures supplémentaires, absence de prise en charge de la promotion des enseignants, non paiement des bourses et trousseaux des étudiants, etc.).

Au cœur de la manifestation de la crise se trouve le conflit récurrent entre l’Etat et le monde scolaire et universitaire, la distorsion entre cursus et l’environnement socio – économique national, régional et mondial, la marchandisation des biens et services éducatifs, la fraude, la corruption et le clientélisme, etc.

Les manifestations de la crise scolaire et universitaire affectent toutes les couches sociales et témoignent aux yeux de nos compatriotes de la mauvaise santé de l’Etat et de la société.

Ceci est dotant plus valable que l’inquiétude et l’angoisse grandissent chaque jour par rapport à la situation actuelle de l’école ; organisation des évaluations dans les établissements d’enseignement secondaire sans les professeurs titulaires, violence physique et corporelle sur les enseignants et entre étudiants.

Les questions fondamentales qui se posent aujourd’hui à notre pays sont les suivants : de quelle école dispose le Mali ? Quelle école a-t-il besoin ? Quelle école peut-il s’offrir ? Quelles solutions envisagées pour sortir du blocage actuel de l’enseignement secondaire ?


La Commission

26 Mai 2008