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web-47.jpgPLEINS GAZ

Le tuyau avait été refilé aux gendarmes par un informateur lorsque les deux Nigérians ont pénétré sur le territoire malien. Les gendarmes ont alors entrepris de retrouver le véhicule des deux Nigérians. A 20 heures, des consignes fermes ont été données aux différents commissariats de police de la capitale pour intercepter le véhicule suspect. Des agents ont été postés dans les différents carrefours et le long des grandes artères de la ville, pour identifier et arrêter la camionnette. Deux heures plus tard, elle sera repérée par des enquêteurs de la gendarmerie avec à leur tête, le commandant Seydou Doumbia, le chef du service des investigations judiciaires. Ils ont décidé de filer les suspects dans le but de localiser le « dépôt » de la marchandise.

Mais très vite, Obi et son compagnon très expérimentés, se rendirent compte qu’ils étaient suivis. Il mirent pleins gaz pour semer leurs poursuivants à la faveur de la nuit. Les gendarmes accélèrent à leur tour. La course-poursuite dura un long moment, avant que Obi et son compagnon ne décident d’abandonner le véhicule qui s’était embourbé dans un jardin entre l’ambassade de Chine et le champ hippique. Ayant compris qu’ils ne pouvaient plus prendre la poudre d’escampette avec la fourgonnette, les deux trafiquants en descendirent et détalèrent comme des lapins. Non sans avoir pris soin de condamner les portières de la voiture à l’aide d’une télécommande. On ne sait jamais.

Le chef d’escadron et ses hommes inspectèrent la fourgonnette, mais se trouvèrent dans l’impossibilité de l’ouvrir. Ils firent appel à un mécanicien pour forcer les portières. Ce travail terminé, les gendarmes allaient être confrontés à une autre difficulté : le volant du véhicule ne commandait pas. Les deux malfaiteurs avaient eu le temps de le boucler et d’emporter les clés. Une fois de plus les gendarmes et leur mécanicien furent obligés de perdre un temps considérable à sectionner des câbles pour débloquer le volant. La fourgonnette fut ainsi tractée jusqu’au camp I de la gendarmerie où les fouilles commencèrent.

948 KG DE CANNABIS

Pendant un bon moment les pandores tentèrent, sans succès, de trouver l’endroit où était planquée la drogue. Ils commencèrent même à douter de l’information en leur possession. Mais la source leur confirma que la drogue était bel et bien dissimulée quelque part dans le véhicule. Elle leur conseilla de ne pas se limiter au seul habitacle de la voiture, mais plutôt de fouiller dans les coins et les recoins. Les gendarmes se mirent alors à inspecter le châssis. Là aussi, il a fallu la vigilance d’un furet pour qu’un des agents constate que sous la barre à caisse était vissée une plaque métallique. La plaque était légèrement bombée et avait la forme d’un caisson.

Les gendarmes firent encore appel à leur mécanicien qui desserra les quatre vis pour extraire du caisson improvisé des briquettes de cocaïne de différentes formes et de différentes couleurs soigneusement entreposées les unes sur les autres. Un échantillon de la marchandise sera envoyé au laboratoire national de la santé pour déterminer la nature de la substance. Le laboratoire confirma qu’il s’agissait bel et bien de cocaïne pure. La cargaison pesait 8,4 kg. Sa valeur marchande a été estimée à plus de 80.000.000 Fcfa.
Les gendarmes bouclèrent la première phase de leur opération aux environs de 3 heures du matin. Ils se lancèrent ensuite à la recherche des deux fugitifs qu’ils ne rattraperont que jeudi dernier. Le principal suspect, Obi reconnut n’être qu’un transporteur rémunéré à 700 euros le kilogramme transporté de Conakry à Bamako, soit à peu près 460 000 Fcfa par kilogramme transporté. La livraison de cette cargaison devait lui procurer un peu plus de 3,8 millions Fcfa. Les destinataires de la marchandise sont activement recherchés par Seydou Doumbia et ses hommes du service des investigations judiciaires.

Le SIJ n’est pas à son premier joli coup. Dans la journée du 17 septembre dernier, les gendarmes ont arrêté quatre « mules » de nationalité nigériane qui avaient avalé 260 capsules soit 3,2 kg de cocaïne et qui s’apprêtaient à prendre un vol pour l’Espagne et la Hollande.

Il faut rappeler au chapitre du trafic de stupéfiants que la semaine dernière, le commissariat de Koutiala, dirigé par le commissaire divisionnaire Sadio Dembélé, a fait l’une des saisies les plus importantes de l’année de drogue dans notre pays. En effet 948 kg de cannabis ont été saisis sur un motocycliste qui se faisait passer pour un banal paysan en partance pour une foire. A l’aéroport international de Bamako Senou, il ne se passe pas une semaine sans que l’antenne de la brigade des stupéfiants ne fasse « pondre » des mules pour la plupart des Nigérians qui cherchent à se rendre en Occident avec comme bagage de la cocaïne dans l’estomac. Une femme qui transitait tout récemment par notre pays pour Amsterdam en Hollande avait planqué 100 g de cocaïne dans ses parties intimes, pour dire à quelles extrémités les trafiquants arrivent. Le voyage de la « transporteuse » s’est arrêté à Bamako-Senou.

G. A. DICKO | Essor

17 octobre 2007