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Il n’y a pas que Martin Luther King qui rêve. Moi aussi, dans mon sommeil, il m’a semblé entendre deux voix dont l’une m’est familière. Je ne suis pas sûr d’être en train de me mêler de ce qui me regarde, ni de retranscrire fidèlement ce dialogue surréaliste. Mais c’était quelque chose comme ça.

Bahanga : Mes respects, Monsieur le Président, c’est moi, Bahanga.

ATT : Le standard me l’a dit. Pour qui me prenez-vous ?

Bahanga : Pour le Président de la République.


ATT :
Et pour qui vous prenez-vous ?


Bahanga :
Votre futur homologue. Je rêve d’un drapeau, d’un hymne, des grandes largeurs à bord d’un jet privé. Pour un caporal-chef, c’est pas mal rêvé, non ?


ATT :
Vous m’appelez donc pour faire une déclaration d’indépendance ?

Bahanga : Non mais pour vous demander de retirer l’armée malienne de mon pays. C’est une armée d’occupation et ce sont des territoires occupés…


ATT :
De la part du boucher de Abeibara et de Nampala ? Vous pétez les plombs !

Bahanga : Pour moi, c’était des réponses légitimes. C’est l’intifada. Nous n’avons jeté que des pierres. Président, moi aussi, je rêve d’inaugurer les stades, les routes, les hôpitaux. Je rêve de donner et de préserver des vies, au lieu d’être simplement obligé de les prendre. Mais c’est vous qui occupez mon pays. Je ne peux même plus faire de footing…

ATT : A propos de footing, que dirais-tu de l’idée de participer au marathon de la paix. Tu seras devant et moi derrière. Et tu connais mon sens de la communication, le monde entier en fera un évènement. Retombées garanties. Bahanga, champion de la paix!

Bahanga : Je remarque que vous me tutoyez déjà, ce qui est bon signe. D’accord pour l’idée qui est géniale : mais vous vous serez devant et moi derrière.

ATT : Cela n’a pas d’importance. Pourvu que nous échangions une poignée de main devant les caméras.

Bahanga : Pourquoi pas, il nous faut seulement des mains extensibles. Vous vous serez à Bamako avec toute l’armée. Et moi à Kidal avec toutes mes troupes. Vous porterez le maillot numéro 1 et moi le numéro 2. Lieu de rencontre : Léré. Date de démarrage du marathon conjoint pour la paix : le 20 janvier, l’anniversaire de votre armée.


ATT :
Non, vous venez à Bamako avec vos hommes et ce sera le même convoi. Ce sera ça ou rien. Et ne recommencez pas à m’énerver avec vos ruses de sioux. Je me mets à la tête de l’armée pour prendre la route de Léré. Et vous sortirez par toutes les bretelles possibles et imaginables pour vous installer à Koulouba. Facile non ?

Bahanga : ça se gâte, vous recommencez à me vouvoyer. Et puis entre nous, côté ruse, je ne vous arrive pas à la cheville. Je ne suis qu’un caporal-chef, vous l’avez dit vous-même et ça m’a terriblement blessé de la part du général que vous êtes. Je prends la route avec mes troupes, et puis vous envoyez l’armée nous cueillir vers la Main de Fatma et nous zigouiller tous.

ATT : Vous êtes génial, je dois le reconnaître.

Bahanga : Youpi, vous avez dit que je suis général ? Annoncez-le donc à votre ambassadeur, euh votre gouverneur à Kidal pour que vive le Mali un et indivisible !

Par Adam Thiam

06 Janvier 2009