Partager

– Sur une moto toute seule à 22 h ? Vous ne savez pas Mademiselle qu’on est en Etat d’urgence ?

– Madame, pas mademoiselle. D’ailleurs, le terme de mademoiselle n’est plus politiquement correct. Une femme, c’est Madame.

– Même si pas mariée comme vous ?

– Suis mariée…

– Hélas ?

– J’adore mon mari.

– De toute façon, ce n’est pas la raison de votre arrestation…

– Arrestation ?

– – Affirmatif. Une moto à 22 h comme les gens de Boko Haram. Sans pot d’échappement en plus pour imiter un bruit de char dans un pays en guerre. Montez dans le panier à salade, on vous amène à Konna.

– Comprenons-nous.

– Ok mais vite, car nous avons-nous des tas d’urgences.

– Votre « compréhension » est conséquente. Vous pouvez disposer. Sergent, sifflez cette voiture qui passe !

– Patron, c’est Ramsès, de Tata Pound, pas de phare, carte grise effacée, permis de conduire totalement chiffonné. Il se moque…

– Mais laisse-le partir. Vaut mieux se battre contre Aqmi qu’avec le Rap national. Siffle cette dame à moto ! Tu me la laisses. (Un peu après). Madame, en vertu de l’Etat d’urgence, nous allons procéder à une fouille corporelle. Pas d’arme sous le soutien-gorge ?

– Mais jamais ! Pourquoi ?

– Qui sait ? Vos hanches sont protubérantes. Y a rien ?

– Ce sont mes pistolets comme vous dites

– Port d’armes interdit. Montez pour Konna !

– Mais ce sont des pistolets en chair.

– Faites-voir. Et ça c’est quoi

– Mes perles.

– Dans le cadre de l’Etat d’urgence, c’est interdit. Konna !

– Vous aussi, comprenons-nous…

– Mais vite. J’ai un tas d’urgence.

– (Une voix masculine derrière ). Ce que vous faites n’est pas bien, ce n’est pas l’Etat d’urgence qui demande ça.

– Mêlez-vous de ce qui vous regarde… D’ailleurs, montez on vous amène à Konna

– Capitaine Ouattara, de la Police militaire. Voici ma carte.

– Garde à vous mon capitaine ! Je monte de moi-même pour Konna

Adam Thiam

Le Républicain du 15 Janvier 2013