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Ironique et toujours avec le sens de la formule Ibrahim Boubacar Kéïta avait répondu : «je ne fais pas dans la politique fiction». C’était durant la dernière campagne présidentielle 2007 et les yeux rivés sur une liste de questions, bien entendu, très neutres, le journaliste de service lui demandait de partager avec les téléspectateurs sa politique du «pétrole malien».

Dans le même cadre Tiebilé Dramé s’était indigné : «Quel pétrole ? il n’y a aucune donnée nouvelle sur la recherche pétrolière» justifiant la question très patriotique de l’ORTM, sauf à servir de miroir aux alouettes, donc aux électeurs.

Les deux leaders de l’opposition ont fait de leur mieux pour nous mettre en garde contre les chimères. Mais rien n’y fit parce que de pétrole, d’uranium et d’autres raretés, on nous a tellement parlé ces cinq dernières années que personne ne peut nous inciter à la modération sur la question.

D’ailleurs, en plus des contrats de recherche hyper médiatisés, un jour de Sido, le ministre Ahmed Sow s’adressant au président de la république avait insisté : «je n’attends plus que le jour où je prendrais mon téléphone pour dire, ça y est, patron, ça coule».

Il est vrai que depuis, ce n’est pas le pétrole qui a coulé. Mais tout de même, quelques mois plus tard, le président Touré, prédisant le Mali «comme le meilleur pays d’Afrique dans dix ans» annonçait les premiers puits de pétrole pour juin 2009.

Personne n’avait le moindre doute, face à la communication conquérante du pouvoir que notre sous sol était étouffé de pétrole, entre autres richesses. Jusqu’à cette troublante interview du tout nouveau patron des mines, Mamadou Igor Diarra, dans l’Indépendant de la semaine dernière.

Très factuel, le ministre dit que les travaux sont avancés sur 5 blocs qui verront en juin 2009 leurs premiers forages. Et «c’est à ce moment que l’on saura s’il y a véritablement du pétrole au Mali et s’il est économiquement exploitable». Koutoubou !


Notre sous-sol aussi peut être tenté de nous jouer ce genre de tours ?

Non impossible, c’est sans doute le ministre des mines qui se mêle de ce qui ne le regarde pas. D’ailleurs, s’il avait été là ces cinq dernières années, il n’aurait pu mettre aucun bémol à notre espoir.

Y compris avec l’argument qui, lui, pourrait couler à flot dans quelque temps pour justifier le statu quo : le prix du baril du pétrole qui chute, qui chute, et qui ne rend pas rentable qu’on brade notre sous-sol exceptionnellement béni.

Par Adam Thiam

10 Mars 2009