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L’islam est, de loin, majoritaire au Mali. Nos ulémas le savent, usent de la manne et probablement certains en abusent, surtout concernant le nouveau projet de code de la famille. Sous sa décennie finissante, Konaré avait rangé dans les tiroirs après une démonstration de force assez impressionnante, il est vrai, du lobby musulman. Il pourrait rester à l’état de projet à la fin de la décennie Touré.

Toujours à cause du même lobby. Un lobby vraiment ? Pas si sûr. D’abord, un lobby c’est l’entente entre ses acteurs. Ici, nos respectables religieux sont, eux mêmes, fortement divisés sur certains éléments du code. Telle l’excision, telles les dispositions censées accorder plus de droits à la femme qu’il n’en faudrait pour la tenir sous le joug du mari, de la famille, de la société.

Ensuite, fait scandaleux, à entendre un grand uléma limiter, de très bonne foi, toute la problématique à la médicalisation ou non de l’excision, on peut bien interroger l’impact des centaines de millions de nos francs dépensés sur la très magique composante « Information-Education-Communication » de tous ces projets rutilants de 4×4 derniers cris.

La ministre Sina Damba, il y a deux mois, jurait pour bientôt la main sur le cœur. La récente démonstration de force des ulémas ne doit la rassurer. Surtout qu’elle n’est pas au parlement, même si ce n’est pas faute d’avoir essayé, justement contre l’occupant du perchoir. Mais cessons de remuer le couteau dans la plaie et revenons à notre sujet. Pourquoi traîne t- on tant ?

La fameuse société civile est-elle moins forte que les ulémas qui ne sont pas homogènes sur la question du code de la famille ? Où sont les hommes qui sont pour les droits de leurs femmes, de leurs filles, de leurs mères ? Nulle part.

Tout a été essayé, nous répondra t- on. Il ne reste qu’une recette, donner à chaque 4×4 un contrat de pair éducateur. Le jargon de « lisibilité-visibilité » est dépassé, il faut lui adjoindre celui de « roulabilité ».

Vite, Madame la ministre. Et vite Oumou Traoré qui j’en suis sûr se mettra à ramasser les couteaux des exciseuses dès qu’elle aura fini le travail hyper important d’acheminer les listes électorales. Faites vite, sinon on va me demander de quoi je me mêle. Parce que nos marabouts ne gèrent plus seulement l’au-delà mais l’au-dedans.

par Adama Thiam

31 Mars 2009