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L’Occident ne se serait pas tant préoccupé pour le Zimbabwe sans le problème des fermiers blancs dépossédés. Mais gageons que si ses victimes n’avaient été que noires, Mugabe n’aurait pas été la méga star de la rue et de quelques consciences africaines .

Donc, Sarkozy plus interpellé sur le Tchad qu’ailleurs aurait mesuré ses propos envers son homologue. Et peut-être, même l’increvable Victor Sy n’aurait pas eu son tonnerre d’applaudissements lorsque, du haut de la tribune que lui offrait le mouvement social, voici quelques mois à Koulikoro, il s’érigea en défenseur du dictateur teigneux. Encore que pour donner l’absolution aux bourreaux des peuples, le confessionnel révolutionnaire n’a pas encore d’équivalent.

La musique est connue : le Camp Boiro n’était pas un mouroir mais une pouponnière et sans Goulag il n’y aurait pas eu Manitogorsk. OK, l’Occident s’est planté et a réussi le tour de force de rendre Mugabe si populaire. OK, les pro-Mugabe n’ont pas entièrement tort de rejeter sur l’Occident la responsabilité de l’inflation à dix chiffres qui provoque un embouteillage de pousse-pousse les jours de paie à Harare.

Mais il faudra, à la fin du jour, arrêter les comptes et penser au peuple zimbabwéen alité par le choléra, décimé par le Sida ou amassé aux frontières de l’Afrique du Sud. Il faudra, à la fin du jour, rendre au César Mugabe ce qui lui appartient, – une belle lutte de libération -, mais lui reprendre ce qui ne lui appartient pas : le droit de détruire davantage un pays tellement affamé qu’il plébisciterait Ian Smith pour quelques feuilles de manioc.

Sinon, pourquoi ce pays aurait-il si massivement voté pour Tsvangirai dont il connaît et les connexions et les motivations et qui serait au pouvoir sans la psychose sécuritaire de l’Oncle Sam et du neveu occidental ? Celle qui, à partir du précédent kenyan a fini par faire jurisprudence au Zimbabwe.

Curieuse asymétrie : l’Irak et l’Afghanistan s’écroulent sous les missiles, l’Afrique, elle, s’effondrera par les urnes. Si les élections continuent comme ça. Vivement Obama ! Parce que Sarkozy, et même Victor Sy, n’oseront pas lui demander de quoi il se mêle. Contrairement à moi.


Adam Thiam

11 Décembre 2008