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Bon au moins, les choses se sont décantées pour la carrière rapologique de Faster Joe, le fiston. Il sait maintenant qu’il n’aura jamais ni la fortune ni la notoriété de Akon et pire qu’il pourrait perdre un bout de son oreille, s’il n’abandonne pas sa certitude d’être le meilleur rappeur du pays. J’avais, cependant, tout fait pour qu’il se consacre aux études. Mais entre heures creuses, trimestres blancs et week-ends prolongés, il s’était débrouillé pour monter un studio (un bien grand mot) avec un de ses copains. Objectif ? Faire des bits, des prises de son, donner des conseils à leurs cadets rappeurs.

Le tout facturé salé, en tout cas dans les prévisions. Car la réalité fut bien différente. Sur l’année, il y a eu quatre rentrées financières moyennes, juste de quoi payer le loyer du premier coin dont ils sont chassés par un voisin qui dit au fiston d’arrêter le rap s’il ne voulait pas mourir de faim. Le reste du business des deux associés consistait en des paris sur la carrière de « stars » qu’ils produisaient et qui furent autant d’étoiles filantes dans le ciel embouteillé du hip hop local. Rien qui découragera, pourtant les compères qui allèrent jusqu’à recruter deux autres amis et louer une villa et ce n’était pas donné. Ils l’occuperont huit mois, paieront deux mois de loyer et louvoieront pour le reste.

Jusqu’au jour où tirant le fiston par l’oreille droite, le proprio déboulant dans ma maison, m’intima de lui montrer le papa de ce «petit malin». « C’est moi », reconnais-je courageusement ! « Non, c’est pas lui, il est devant » protesta le petit, montrant son oncle -un étudiant- dans un coin de la cour. Le proprio qui n’entendait plus exigea de l’oncle le paiement immédiat de son « un million deux cent mille francs d’arriérés » où il défère le fiston qui était « le signataire du contrat en tant que chef de bande ».

Juste à ce moment, trois freluquets, piercing grotesques et pompes apocalyptiques, poussèrent le portail, arrachèrent le fiston des mains de son égorgeur et lui payent son dû plus une avance de trois mois. « Fallait pas mêler le lexé à ça » dit un des garçons au proprio extasié et condescendant. Je demande aux jeunes visiteurs leurs noms. « Eden Boy, Golden pig et Techno Sam ». Etudiants aussi ? « Ouais ». Ton père fait quoi, Eden ? « Daf ». Et toi Golden ? « Daf aussi ». « Même chose », anticipa Techno. Et Faster Joe revenu à la vie : « tu comprends maintenant pourquoi on ne s’entend pas, papa ? »

Adam Thiam

31 Août 2010.