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Pas que je veuille me mêler de sa vie privé mais mon cousin ne méritait pas ça. C’est un Ly gros amateur de haricot -attention, toute ressemblance avec un Premier ministre du même nom est pure coïncidence !

Il a décidé d’être député plutôt que de rester revendeur de voitures. « Revenu mensuel frôlant le million de francs surtout en période de session, perdiem foudroyants, quotas, exos, voiture, tickets d’essence, trafic d’influence, oreille bienveillante des ministres » l’avait convaincu un proche. Alors, il vend ses six voitures du « parking » et commence à sympathiser avec les gosses du quartier, lui d’ordinaire si peu sociable. Baptêmes, mariages, il zappait ; sa cuisine dégageait un trop bon fumet ; ses mômes avaient, tous les après-midis, de gros sandwichs qu’ils refusaient de partager avec nos biafrais de rejetons. Ensuite, le candidat-député a fait venir un marabout réputé infaillible. Le voilà copté par la sous-section d’un parti, par le pouvoir de son argent. Puis, le revoilà dans le quartier, finançant thé, billets de concert, ordonnances, locations de sotramas.

Résultats du premier tour : flop. Mais le marabout lui jure qu’il « attacherait la bouche » des juges constitutionnels qui proclameront sa victoire. L’exploit nécessitait un peu plus d’argent, cependant. Le cousin casque. La Cour constitutionnelle l’ignore. Depuis, l’ex futur député est sous sérum. Certains de ses voisins n’attendent que l’enterrement. Les grins de thé du quartier se sont volatilisés. Les riches mômes du cousin sont comme les nôtres : ils achètent le « fari » du soir avec tout le sable qu’il contient. Le marabout était parti le jour même où il avait pu lui soutirer plus d’argent.

Adam Thiam

Le Républicain du 17 Décembre 2013