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jpg_une-130.jpgLe premier président du Mali indépendant, Modibo Kéita est décédé en détention dans des conditions jamais élucidées.

De quoi est mort Modibo Kéita ? La question reste posée depuis 32 ans. Depuis le 16 mai 1977, date de son décès, nul n’a pu dire avec exactitude s’il est réellement mort de maladie naturelle. Ni son médecin traitant, le Dr. Faran Samaké, encore moins son geôlier, le capitaine Soungalo Samaké à l’époque commandant du Camp para de Djicoroni n’a rien dit ce que l’histoire peut retenir comme circonstances de sa disparition. La famille du défunt président ayant refusé l’autopsie qui serait une injure à la mémoire de Modibo, l’opinion nationale croit plus en la thèse de son assassinat par empoisonnement.

« Ma vie de soldat » , un livre édité en 2007 par le geôlier de Modibo, le capitaine Soungala Samaké, sous les presses de la « Ruche aux livres », est à ce jour l’un des rares témoignages sur la détention et la mort de Modibo Kéita.

« Un jour, le soldat qui lui apportait ses repas est venu précipitamment me voir pour dire que Modibo était tombé au pied de son lit. J’ai couru, pour aller dans sa cellule. Il bavait. Je l’ai pris ; j’ai dit au soldat : aide moi. Nous l’avons couché dans son lit. J’ai pris une serviette pour essuyer la bave. Je lui ai posé la question : qu’est-ce que tu as ? Qu’est-ce que tu as ? Il voulait parler, mais le son ne sortait pas. J’ai fait appeler l’infirmier-major et je lui ai posé la question : Modibo a-t-il été soigné ce matin ?

– Oui.

– A quelle heure ?

– A dix heures.

– Qui a fait la prescription ?

– C’est le Dr. Faran Samaké.

– Qui a fait le traitement ?

– C’est moi » .


Le capitaine Soungalo Samaké
, parti rapidement au domicile du Dr. Faran Samaké au Point G, lui pose les mêmes questions concernant les traitements administrés à son détenu. Le Dr. reconnaît avoir vu Modibo le même jour. Sur demande du capitaine, ils partent ensemble au camp, au chevet de Modibo.


Vu que son état s’empirait
, le Dr. Faran Samaké a recommandé son évacuation sur Gabriel Touré. Mais l’autorisation du président Moussa Traoré devait être recueillie. Le président Modibo décède entre-temps dans sa cellule, la tête sur les jambes de son geôlier, qui était retourné à son chevet.

Toujours dans les témoignages du capitaine Soungalo, le président de la République, Moussa Traoré fut informé ainsi que des membres du CMLN (Tiécoro Bagayoko, directeur des services de sécurité et Kissima Doukara, ministre de la Défense). Kissima fut le premier à demander une autopsie. Tiécoro Bagayoko a réitéré la même chose au frère du défunt, le Dr. Mallé Kéita. « Je ne ferai pas ça sur le corps de mon frère », avait-il protesté.

En bons croyants, les parents de Modibo ont repris son corps pour son enterrement. Ses funérailles ont été l’occasion d’une mobilisation populaire de parents, d’amis et d’étudiants. Une mobilisation sanctionnée par la répression militaire, car le régime en place se sentait défié.

Abdrahamane Dicko


Inhumation de Modibo Keita: Violences sur la foule

Le jour de l’inhumation du président Modibo Kéita, les forces de sécurité ont utilisé de méthodes brutales pour disperser la foule et filtrer l’accès à la famille Daba Kéita.

Le 1er président du Mali indépendant Modibo Kéita a rendu son dernier souffle un certain 16 mai 1977 à Bamako. Suite à un état de santé qui se dégradait en détention, on l’avait fait venir de son bagne du Nord pour recevoir des soins de santé à Bamako. Malheureusement, il allait quelques jours plus tard rendre l’âme. Mais entre-temps, le climat politique s’était détérioré parce que le référendum de 1974 avait créé un climat politique favorable à la reprise des activités politiques dans les seules structures de l’UDPM.

Ce n’était plus le vide politique comme au temps du Comité militaire de libération nationale (CMLN). L’on assista alors à la création de l’Union nationale des élèves et étudiants du Mali (Uneem) et la reprise des activités syndicales avec la mise sur pied d’un bureau syndical dirigé par un certain Seydou Diallo. Mais la misère faisait que les gens vivaient mal et le retour de Modibo et de son équipe étaient de plus en plus demandés. L’Uneem ne cachait pas par exemple sa sympathie pour Modibo Kéita.

Et comme il y avait une lutte au sein du régime pour la mise sur pied effective de l’UDPM, la bande des trois représentée par Tiécoro Bagayoko, Kissima Doukara et Karim Dembélé, a pensé que toutes les agitations étaient liées à la présence de Modibo à Bamako. D’où l’idée qu’il fallait s’en débarrasser. Il semblerait que Moussa Traoré n’était pas pour sa liquidation physique. Mais qu’il n’aurait rien fait non plus pour empêcher son assassinat.

C’est dans cette atmosphère qu’est intervenu son décès le 16 mai 1977.

C’était la confusion au niveau du régime parce qu’on se demandait comment annoncer la triste nouvelle aux parents du président Modibo. Les militaires étaient gênés. C’est finalement Filifing Sissoko qui a été désigné pour rapporter la nouvelle.

La famille a seulement demandé qu’on amène son corps et qu’elle allait s’occuper des funérailles. Les militaires ont accepté cette solution. Ils ont amené le corps de Modibo dans sa famille paternelle à Ouolofobougou. Et le lendemain 17 mai 1977, les funérailles ont été organisées.

C’est en route pour le cimetière que la situation s’est progressivement dégradée. Au fur et à mesure que le cortège avançait à pied, les rangs grossissaient au point de faire peur les forces de sécurité. Sans cacher leur indignation, des accompagnateurs de Modibo dans sa dernière demeure scandaient « A bas les militaires, à bas l’UDPM… Vive Modibo ».

Devant cette situation, les militaires qui jalonnaient le parcours ont saisi leurs autorités pour faire venir d’autres dispositifs imposants. Ils ont laissé les gens faire l’inhumation au cimetière d’Hamdallaye.

C’est à la sortie qu’ils ont dispersé la foule à coup de matraque et de grenades lacrymogènes. De même, ils ont empêché les gens de se regrouper dans la famille de Modibo à Ouolofobougou. Pendant toute la journée du 17, la garde a été montée pour filtrer l’entrée dans la maison de Daba Kéita. Des personnes, pour avoir participé aux funérailles, ont été incarcérées.

La situation n’est redevenue « normale » qu’après le 28 février 1978 lorsque Moussa a fait arrêter la bande des trois et dont on disait qu’ils étaient les auteurs de l’assassinat.

Mohamed Daou

Les Echos du 24 Avril 2009