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Suite à la crise entre Sénégalais et Soudanais avec la mise à l’écart, décidée par Modibo Kéita, de Mamadou Dia, le congrès de l’US-RDA a proclamé la République du Mali, le 22 septembre 1960. Ce qui est confirmé ensuite par le Parlement soudanais. Le gouvernement soudanais devient le 1er gouvernement de la République du Mali et conserve l’hymne et le drapeau de la défunte Fédération.

De l’annonce par de Gaulle dans une allocution télévisée le 8 août 1958, pour dire que les territoires africains auront à se prononcer pour choisir entre l’indépendance et l’association à la France, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Il est bon, pour la jeunesse, de savoir ce qui s’est passé la veille. Comme le dit l’adage « un peuple sans histoire est une nation sans âme ».

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’Afrique noire française ne peut guère compter sur une métropole largement ruinée qui doit concentrer ses efforts sur sa reconstruction et sa modernisation. La décolonisation est rapidement à l’ordre du jour pour une Europe sortie terriblement affaiblie des conflits suicidaires de la première moitié du siècle.

Dans le cas de l’Afrique noire française, il convient de fixer un cadre nouveau aux relations entre la métropole et ses territoires d’outre-mer en même temps qu’il faut organiser les rapports entre ces territoires aux frontières souvent fixées de manière arbitraire. Déjà en 1946, au Soudan français les partis politiques commencèrent leur début dans la vie politique.

D’abord le 18 octobre 1946, le jeune parlementaire Mamadou Konaté, premier Africain à exercer les fonctions de vice-président de l’Assemblée nationale française crée le Bloc soudanais pendant que Modibo Kéita et ses partisans se regroupent au sein du Parti démocratique soudanais. Ces deux derniers partis forment l’Union soudanaise et rejoignent le RDA. Au même moment Fily Dabo Sissoko et ses amis se rassemblent au sein du Parti progressiste soudanais. Malgré une divergence de vue, la vie politique était tout de même animée et aboutit à des élections.

Le 28 septembre 1958, le Référendum est organisé par la France. Il appelait les Français de métropole et les Africains à se prononcer sur l’adoption de la Constitution de la Ve République et sur la mise en place de la Communauté appelée à remplacer l’Union française et à préparer les voies de l’indépendance. La Guinée est le seul territoire qui rejette le projet de Communauté.

Avec la promulgation de la Constitution française et la création de la Communauté en octobre 1958, les dirigeants du Sénégal et du Soudan forment le 17 janvier 1959 la Fédération du Mali, qui demeure dans la Communauté.

Le 4 avril 1959, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor est élu président de l’Assemblée fédérale et le Soudanais Modibo Kéita président du gouvernement, le Sénégalais Mamadou Dia devenant vice-président. Dans les deux pays, les scrutins organisés en mars 1959 ont dégagé une majorité très nette en faveur de ce système fédéral. Ses défenseurs, Modibo Kéita et Jean-Marie Koné, ont obtenu au Soudan 78 % des voix contre les tenants de l’indépendance soudanaise, Hammadoun Dicko et Fily Dabo Sissoko.

En août 1959, Modibo Kéita critique les essais nucléaires français réalisés au Sahara, après les propos tenus à Tunis par Mamadou Dia contre la poursuite de la guerre d’Algérie, ces critiques tendent les relations avec Paris.

Le 28 septembre 1959, Modibo Kéita et Mamadou Dia, le Soudanais et le Sénégalais, sont reçus par de Gaulle et lui annoncent que la Fédération du Mali compte accéder à l’indépendance sans quitter la Communauté, ce qu’accepte le général. Des accords relatifs aux transferts de souveraineté sont ensuite négociés jusqu’en avril 1960.


11-12 décembre 1959 :
Lors du conseil exécutif de la Communauté réuni à Saint-Louis du Sénégal, le général de Gaulle annonce l’accès à l’indépendance du Mali, par transfert des compétences communautaires, mais en concluant avec la France des accords de coopération qui seront négociés jusqu’en avril 1960.

18 janvier 1960 : Ouverture à Paris de négociations relatives à l’accession du Mali à la souveraineté internationale. Louis Jacquinot, Roger Frey et Jean Foyer négocient avec Senghor, Mamadou Dia et Modibo Kéita. Les accords sont signés le 4 avril et ratifiés les 9 et 16 juin par l’Assemblée nationale française et par le Conseil de la République.

Avril 1960 : La conférence réunissant à Dakar responsables sénégalais et soudanais révèle des divergences entre les deux pays, aggravées par les perspectives de désignation du président de la Fédération.

20 juin 1960 : Proclamation de l’indépendance du Mali où Louis Hettier de Boislambert est le premier représentant de la France.
19 août 1960, suite à la crise qui a éclaté entre Sénégalais et Soudanais et la mise à l’écart de Mamadou Dia décidé par Modibo, l’Assemblée sénégalaise décide le 20 août 1960 le retrait du Sénégal de la Fédération du Mali et proclame l’indépendance, le gouvernement de Dakar récupérant la totalité des pouvoirs et proclamant l’état d’urgence pour une durée illimitée.

Les frontières entre le Sénégal et le Soudan sont fermées. Modibo Kéita accuse les Sénégalais de sécession et reproche à la France de l’avoir encouragée. « L’échec de la Fédération est la conséquence du conflit opposant les deux puissantes personnalités de Léopold Sédar Senghor et de Modibo Kéita, de la crainte des Sénégalais de voir l’ensemble en cours de formation dominé par les Soudanais, des perspectives divergentes des uns et des autres quant au modèle de développement et au positionnement international qu’il convient d’adopter ».

Le retrait du Sénégal de la Fédération est suivi en août 1960 de l’état d’urgence complété par l’état de siège qui est proclamé au Soudan au mois de septembre,

Septembre 1960: Le Soudan, confronté à la rupture décidée par le Sénégal, prétend initialement maintenir l’illusion de la Fédération du Mali et ses dirigeants font même appel à l’ONU qui refuse d’intervenir dans cette crise.

Ce qui devait arriver arriva. Le jour est venu, l’heure a enfin sonné. Le 22 septembre 1960 le congrès de l’US-RDA proclame la République du Mali, ce qui est confirmé ensuite par le Parlement soudanais. Le gouvernement soudanais devient le premier gouvernement du Mali et conserve l’hymne et le drapeau de la défunte Fédération.

C’est à ce moment qu’une convergence de vue entre Fily Dabo et l’USRDA voit le jour. Dès lors, l’US-RDA est devenue de fait le parti unique. Quarante-huit ans après, les fils et filles du pays se souviennent.

Une synthèse d’Amadou Sidibé
(tiré dans Chronique)

19 Septembre 2008