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Le départ du Premier ministre n’était plus un secret. Le bras de fer qu’il avait mené seul contre tous, a fini par avoir raison de lui. Les militaires qui l’avaient monté sur un piédestal l’ont éjecté de son fauteuil. Voici comment les choses se sont passées.

Selon l’entourage du désormais ex-Premier ministre, celui-ci était déjà au courant de son éviction depuis trois jours. C’est pourquoi il avait limité ses déplacements à des rencontres publiques craignant pour sa propre sécurité. Son absence à la cérémonie d’accueil samedi des marcheurs pour soutenir l’ONU dans la prise d’une résolution pour le déploiement des militaires au nord et à l’Espace d’interpellation démocratique (EID) de lundi est éloquente.

Selon toujours un proche de CMD, le lundi, l’ex-Premier ministre, qui ne doutait plus du coup planifié contre lui, en a vu de toutes les couleurs. Des militaires avaient décidé dans un premier temps de lui retirer son passeport pour l’empêcher de sortir du pays alors qu’il devait s’envoler dans la soirée pour la France pour des analyses médicales.

L’aéroport international de Sénou était sous surveillance avec des check-point et des détonations d’armes lourdes. Contrairement aux informations faisant état du retrait de ses bagages de l’avion, il s’est avéré qu’une de ses filles revenait des Etats-Unis le lundi soir et que ce sont les bagages de celle-ci qui ont été sortis de l’avion.

L’option visant à barrer la route de l’aéroport à CMD a été vite abandonnée au profit d’une contrainte physique exercée sur sa personne pour qu’il proclame sa démission. Des militaires sont alors partis le cueillir à son domicile à Titibougou pour le conduire à Kati, au QG de l’ex-junte où a été enregistrée la déclaration de sa démission sur les antennes de l’ORTM dans la foulée. Sa déclaration a été enregistrée à 4 h par deux dames de l’ORTM Touré et Mariam Sagara. C’est après qu’il a été déposé à son domicile.

Cheick Mohamed Abdoulaye Souad dit Modibo Diarra avait tellement compris son rôle de Premier ministre de « pleins pouvoirs« , qu’il se croyait indéboulonnable. En pleine crise avec le Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et la République (FDR), qui avait lié sa participation au gouvernement de transition nommé le 20 août 2012 à sa démission, CMD avait rétorqué qu’il ne savait pas à qui remettre sa lettre de démission. Un véritable pied de nez au président de la République Dioncounda Traoré dont il n’a jamais reconnu l’autorité pour la raison qu’il était dans les bonnes grâces des militaires parce que proposé par ces derniers, Premier ministre de l’accord-cadre.
Contraint de lire sa démission

Le temps a imposé sa loi. Celui qui ne savait à qui remettre sa démission a été contraint de lire sa propre reddition à la radio et télévision nationale sans avancer un motif. Il a juste eu la courtoisie de remercier le gouvernement qu’il a eu la responsabilité de diriger pendant ce temps avant de souhaiter bonne chance à son successeur.

Sa démission a été précipitée ces derniers jours à cause de son entêtement à organiser les concertations nationales, sans une frange importante des partis politiques et de la société civile. Le FDR avait donné le ton en mettant une fin de non-recevoir à sa participation au motif qu’il ne partageait pas les termes de référence relatifs à la dissolution de certaines institutions comme l’Assemblée nationale, la liste des participants, etc.

D’autres forces politiques réunies à l’invitation de l’Alliance des démocrates et patriotes pour la sortie de crise (ADPS) avaient décidé de boycotter les assises prévues initialement du 27 au 29 novembre 2012. Le Conseil national de la société civile leur a emboîté le pas le dimanche dernier en demandant le report sine die des concertations en mettant en avant la participation de toutes les couches sociopolitiques du pays. Sur la base des différentes menaces de boycott, les concertations ont fait l’objet d’un second report avec de nouvelles dates (11 au 13 décembre) avant d’être décalées de 24 h.

CMD a été lâché par tout le monde, y compris son premier supporter que fut Yéréwoloton. Ce regroupement hétéroclite allié de la junte, qui a marché contre sa démission réclamée par le FDR, a retourné la veste. L’ex-PM a échappé de justesse à la furie de Yéréwoloton qui a marché sur son domicile de Titibougou, il y a quelques jours.

Abdrahamane Dicko

Les Echos du 12 Décembre 2012