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Avec la nouvelle décision du gouvernement de subventionner la filière de la viande bovine, les abattoirs frigorifiques de la capitale ont d’énormes difficultés à fournir les bouchers. Conséquences : certains bouchers abattent clandestinement des animaux. Mais les prix demeurent hors de portée des citoyens. Notre enquête dans plusieurs marchés nous a permis de comprendre un peu le calvaire des consommateurs.

La mesure prise par le gouvernement de fixer le prix du kilo de viande avec os à 1200 F CFA et 1400 F CFA pour la viande sans os est en train de faire le lit des abattages clandestins dans des quartiers périphériques de la capitale. Les aires d’abattage officiellement reconnues par les autorités sont les abattoirs de Sabalibougou et l’Abattoir frigorifique du quartier Sans-fil.

Le rôle de ces abattoirs consiste à contrôler l’état sanitaire des animaux avant de procéder à leur abattage. Les bœufs atteints de maladies comme le charbon, la tuberculose, la peste bovine… sont mis de côté.

La nouvelle mesure édictée n’a pas réduit les prix. Au contraire, elle a favorisé la « clandestinité » qui, si on n’y prend garde, va porter un coup fatal à la santé publique.
« Notre marché était fourni par l’Abattoir frigorifique de Bamako pour plus de 30 bœufs par jour. Maintenant, avec la nouvelle mesure gouvernementale sur la viande bovine, on n’a droit qu’à 4 ou 6 bœufs maximum par jour. Moi personnellement, je respecte la mesure prise par l’Etat parce que je vends le kilogramme de la viande avec os à 1200 F CFA et 1400 pour la viande sans os. Je suis chef de famille et je nourris plus de dix bouches. Avec ces prix, je ne fais aucun gain et aussi je ne peux pas approvisionner tous mes clients. En plus de tout cela, Je peux faire souvent trois jours sans travailler parce que je préfère ne pas travailler que de vendre de la viande de qualité douteuse. Les bouchers qui se fichent pas mal de la santé des consommateurs s’adonnent à l’abattage clandestin et choisissent leurs prix », nous a confié M. D., boucher au marché de Diafarana au Badialan en Commune III.

Pour B. C., boucher au marché de Lafiabougou, « le gouvernement n’a rien à nous exiger. Pour avoir maintenant de la viande à l’Abattoir, il faut avoir de solides soutiens. C’est même devenu une ségrégation. L’abattoir ne fournit plus de la viande à aucun boucher de ce marché. Nous sommes obligés d’aller nous approvisionner à Kanadjiguila ou auprès de certains de nos camarades. C’est pourquoi on revend le kilo de la viande avec os à 1300 F CFA et 1600 pour la viande sans os ».

Notre enquête dans plusieurs marchés de Lafiabougou, de Diafarana et de Médine nous a également permis de savoir un peu le calvaire des consommateurs. Certains pensent que l’Etat n’a fait qu’aggraver la situation qui n’est que gérée à moitié, jugent-ils.

Sidiki Doumbia
(stagiaire)

11 juillet 2007.