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Il existe un réseau bien huileux pour appâter les candidats à l’émigration vers la Guinée équatoriale pour y travailler. Ce réseau d’émigration clandestine est sans doute plus coûteux que la voie régulière. Mais n’étant pas sûrs de pouvoir réunir tous les documents nécessaires à l’obtention d’un visa, les candidats à l’émigration tombent le plus souvent dans un engrenage qui demande toujours à débourser sans offrir pour autant aucune garantie.

Une fois les premiers contacts noués entre les candidats et les passeurs, ceux-ci proposent d’abord de leur établir le document de voyage. Pour l’établissement du passeport, le passeur demande 70 000 FCFA. Comme il s’agit d’un document en bonne et due forme, cela donne à leur intention un semblant de légalité. Mais tout le monde sait que le passeport ne coûte pas plus de 50 000 FCFA. Le sésame en main, on passe à l’étape suivante. Le visa pour la Guinée équatoriale est délivré à Cotonou. Il faut s’y rendre, et c’est d’ailleurs un trajet en moins, en route pour la destination Malabo. C’est sûr, les passeurs ont tissé les maillages de leur réseau qui couvre Bamako, Cotonou, Douala, Kyossi (Gabon) et Bébéyine (Guinée équatoriale). A chaque étape, son paiement et les risques du trépas.

Le réseau des passeurs n’a rien laissé au hasard, le car est disponible à Bamako. Le ticket pour se rendre à Cotonou est proposé à 50 000 FCFA que le candidat paie car c’est à Cotonou qu’on peut avoir le visa. Une fois dans la capitale béninoise, les voyageurs sont accueillis à la gare routière dès que le car y débarque, par des correspondants du réseau des passeurs. Ces correspondants qui les hébergent chez eux sont également ceux qui se chargent de leur trouver un visa pour la Guinée équatoriale. Ils leur demandent 600 000 FCFA par candidat en leur promettant un visa, un billet d’avion Cotonou-Malabo ou Cotonou-Bata. Avec promesse d’être accueillis à leur arrivée à l’aéroport, par des Maliens ou des équato-guinéens qui leur assureraient un boulot en Guinée équatoriale. Mais le visa et le billet d’avion coûtent bien moins que ça.

Malabo par avion et muni d’un visa, mais…

A l’arrivée à l’aéroport, l’illusion est grande quand les expatriés qui ressentent déjà l’amer goût de l’aventure ne trouvent personne à l’accueil et qu’ils découvrent que la promesse d’emploi garanti ne reste plus qu’un mirage. Pire, puisqu’ils n’ont personne à l’arrivée pour les accueillir, ils deviennent une proie facile pour la police qui les arrête, et un client potentiel pour la prison. Pour sortir de là, il faut bien payer quelque chose. Pour ceux qui ont un parent là ou une relation leur permettant d’arranger la situation, ils sont libérés et jetés dans la nature. Une fois à Malabo, ils travaillent au noir moyennant de petites rétributions. Et peut-être jusqu’au jour où ils seront appréhendés par la police pour une reconduite aux frontières.

D’autres qui n’ont aucun parent là-bas sont reconduits à la frontière (expulsés). C’est ce qui est arrivé ce dimanche matin à l’aéroport de Sénou, où 27 Maliens sont arrivés de Guinée équatoriale via le Maroc.

Joindre Malabo par Douala et abandonnés dans une forêt

Certains candidats à l’immigration en Guinée équatoriale transitent par Douala pour atteindre les côtes de Malabo. Ils prennent le large de la mer dans des embarcations de fortune pour débarquer sur la côte de Malabo. A l’approche de la côte, ils sont débarqués dans l’eau par les passeurs, afin qu’ils rejoignent la rive à la nage pour échapper au contrôle à l’arrivée. Dans ces embarcations de Camerounais avec la complicité de Maliens, on dénombre de nombreux cas de noyade de personnes ne sachant pas nager.

Par la frontière gabonaise

D’autres choisissent de passer par Kyossi, la frontière gabonaise, se fiant aux passeurs qui leur font traverser une ville équato-guinéenne en face, traversent un marigot et les jettent dans la forêt qui les séparent de la destination. La traversée de cette forêt dense est fatale pour bon nombre de clandestins.

Par Bebeyine

Bébéyine est la ville équato-guinéenne, équivalente de Kyossi (Gabon) aux frontières Cameroun-Gabon- Guinée équatoriale. Pour échapper à tout contrôle, les candidats à l’immigration en Guinée équatoriale sont mis dans des camions de marchandises, qui utilisent des cales sous lesquels sont logés des personnes, et sur lesquelles des marchandises sont chargées et acheminées vers Bata. Il n’est pas rare de voir des clandestins y mourir par asphyxie. Selon nos sources quatre cas de perte en vie humaine ont été enregistrés. Autant dire que les passeurs les envoient à la mort.

Assez, stop à la clandestinité

Il est temps de mettre fin à ces pratiques qui expédient des Maliens à la mort. Il s’agit juste d’appliquer la loi pour contrer les passeurs qui sont de vrais appâteurs sans se soucier de la vie des candidats à l’émigration. Ce réseau de passeurs qui est connu doit être purement démantelé pour mettre fin à ces nombreuses pertes en vie humaine, et qui ne sont pas sans savoir le danger auquel ils s’exposent. Cette anecdote est révélatrice : avant d’embarquer pour un voyage incertain, des clandestins contactés par leurs autorités pour qu’ils renoncent ont tout simplement refusé en disant qu’ils n’ont pas le choix : « de toutes les façons nous ne pouvons plus retourner chez nous, car n’ayant plus rien. C’est arriver en Guinée équatoriale ou périr ». Rien ne peut donc briser la détermination des candidats à l’émigration clandestine qui ont déjà quitté chez eux, malgré le lot de mort qui l’accompagne. Les passeurs incitent et appâtent pour leurs propres gains. Selon nos sources, 300 Ouest-africains sont présentement à Kyossi et attendent d’entrer en Guinée équatoriale.

B. Daou

Le Républicain du 16 Octobre 2012