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Dans son message à la nation à la veille de la célébration du 53 ème anniversaire de l’indépendance nationale, le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita, a annoncé, sur un ton ferme, la fin du laxisme qui caractérise certains services publics, la cessation de l’utilisation des biens publics tels que les véhicules administratifs à des fins privées. Il s’est fortement engagé pour une lutte sans complaisance contre la corruption et les détournements des deniers publics sous toutes leurs formes. L’école, avec le honteux achat des diplômes, la propriété foncière sont des domaines auxquels le chef de l’Etat compte donner un grand coup de balai.

Pour le nouveau président de la République, le Mali est désormais debout et en ordre de marche, par la grâce de Dieu, par la solidarité du monde, par la volonté Ce 53ème anniversaire de l’indépendance nationale, a-t-il poursuivi, doit être placé sous le signe de la méditation et de la communion. « Nous ne pouvons plus faire semblant : des soldats d’autres nationalités sont morts sur le sol malien, pour la défense de notre patrie, pour la dignité de nos femmes et pour l’épanouissement de nos enfants. De ces martyrs arrachés à notre affection et de tous les soldats héroïques qui ont gagné la guerre du Mali, nous devons nous souvenir, constamment nous souvenir ».

Et IBK de souligner que ce sacrifice ne doit et ne saurait être vain. Il commande au premier magistrat qu’il est de tirer les leçons de la douloureuse crise que le Mali vient de traverser et qui a livré le pays à la risée du monde, alors que tout le monde le prenait pour la vitrine de la démocratie et de la bonne gouvernance.

Abordant son élection à la tête du pays, le nouveau locataire du palais de Koulouba dira que c’est une mission historique qui lui est confiée. Cette mission, explique-il, consiste à hisser le Mali à hauteur de ses ambitions contrariées d’abord, et de le faire entrer ensuite dans le cercle vertueux de la prospérité et de la stabilité.

» C’est un combat difficile, qui sera de longue haleine, mais le message de notre peuple a été très clairement compris « , déclare IBK qui s’est engagé à le mener de manière méthodique, tangible, mesurable, sans concession au gaspillage de ressources et à la délinquance financière.

Fonctionnaires absentéistes

«Le service public doit être efficient. Les fonctionnaires absentéistes ou chroniquement retardataires devront impérativement modifier leur comportement. Les effectifs pléthoriques et désœuvrés en train de siroter le thé dans un bureau transformé en marché, c’est fini ! Chaque responsable, au niveau où il se trouve, sera comptable de l’efficience de ses subordonnés. Les véhicules de l’Etat servant à transporter des intrants dans des vergers personnels, terminé ! Ils ne devront plus servir que les seuls besoins de leur objet», avertit le chef de l’Etat.

« Quant à l’Ecole, elle restera à l’école. Elle ne sera plus tolérée dans la rue. Nous mettrons fin aux achats de diplômes, de même qu’au commerce des épreuves d’examen. Il sera mis un coup d’arrêt à la magouille foncière et à la spoliation des pauvres ou des vrais titulaires. Tout sera fait pour doter le pays d’un système cadastral fiable et ce, dans des délais raisonnables », a martelé IBK.

Le chef de l’Etat a également annoncé la fin des « procès monnayés dans les bureaux des juges oublieux de l’éthique. Nous stopperons le délitement de l’appareil judiciaire, seul contre-pouvoir sûr dans les démocraties représentatives « . Il n’a pas manqué d’exprimer l’importance que son gouvernement attache à la surveillance du système d’intégrité publique. « L’argent de l’Etat restera dans les caisses de l’Etat, ou sera investi à bon escient au service de l’intérêt général « , a-t-il assuré.

Réformes systémiques

Pour IBK, la guerre contre la corruption ne sera pas gagnée tout de suite. Mais s’il ne la gagne pas, le Mali aura manqué de prendre en compte une des leçons majeures des crises de régime, d’Etat et de société qu’il vient de traverser. Et le président de la République de promettre de gagner cette guerre. « Et nous la gagnerons ensemble : les agents des services publics eux-mêmes ; les organisations de vigie citoyenne, les institutions publiques dont le gouvernement et le parlement, et moi-même, en application du contrat d’honneur qui me lie au peuple malien. S’il faut sortir la main de fer du gant de velours pour le salut, le respect et l’intérêt du peuple malien, je le sortirai sans hésiter. Mais je sais que la corruption se gagne d’abord par des réformes systémiques« , a-t-il expliqué.

A en croire IBK, seule la création de richesses permet d’améliorer les conditions du service public et du citoyen en général, qui a droit à une vie décente et digne. Il s’est alors engagé à la protection des richesses existantes mais aussi à la création de richesses additionnelles à travers une politique d’investissement incitative pour les partenaires, audacieuse et volontariste pour les Maliens, en particulier les jeunes porteurs de projets et désireux de voler de leurs propres ailes.

Favoriser l’inclusion nationale

C’est, a-t-il indiqué, ce qui a motivé la création d’un ministère délégué dédié à la promotion de l’investissement dans le gouvernement du Premier ministre Oumar Tatam Ly. La planification rigoureuse et la prospective seront, rassure IBK, le salut d’un pays comme le Mali, qui a une forte croissance démographique, où la jeunesse réclame une part de plus en plus importante des richesses nationales limitées.

Selon le chef de l’Etat, le ministère en charge de la Réconciliation nationale et du Développement des Régions Nord traduit sa conviction profonde que l’entente est possible au sein de la nation malienne, « que notre capital social reste solide même si nous le sollicitons parfois trop ». Il compte alors accélérer le développement des zones défavorisées sans oublier qu’il y a d’autres localités non moins bien loties. « Nous savons surtout que pour réhabiliter l’économie du Nord, il est indispensable de recréer les continuum rompus qui faisaient de Gossi et de Douentza la même entité « , a indiqué IBK.

Pour lui, le temps impose des priorités mais aucune zone et aucun système de production ne sera oublié à terme. Car il s’agit après tout de créer de meilleures conditions pour l’intégration nationale mais aussi de favoriser l’inclusion nationale. L’une des raisons de la baraka du Mali réside, dit le chef de l’Etat, dans sa capacité à accepter l’autre sur la base de ses qualités.

Bruno D SEGBEDJI

L’Indépendant du 24 Septembre 2013