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Il n’y a pas eu beaucoup d’atomes crochus entre le chef du gouvernement et ses compatriotes en France. De plus les propos tenus par le Premier ministre devant eux laissent penser que le Mali devra attendre longtemps avant de voir le bout du tunnel. Extraits.

« Un gouvernement sans les handicapés« , heureusement !

« Nous avons créé ce gouvernement de technocrates, un gouvernement qui est équidistant de tous les partis, un gouvernement impartial. Nous travaillons 17 à 20 h par jour, samedi et dimanche y compris. Mon gouvernement représente toutes les couches de la nation exceptés les handicapés ; depuis les membres de la diaspora jusqu’aux Maliens de l’intérieur, des hommes et des femmes, chrétiens et musulmans, jeunes et moins jeunes », a déclaré CMD pour définir son équipe.

Pour le PM, la formation de son gouvernement a pris en compte les contraintes liées à « la représentativité de toute la nation, la demande des Maliens qui ne voulaient plus d’un gouvernement dans lequel il y avait des politiciens, un gouvernement dans lequel ne figure une seule personne qui a été ministre pendant les vingt dernières années ». A cela CMD a ajouté l’intégrité et la capacité des personnes choisies à assumer les responsabilités.

Mais qui sont ces Maliens qui ne voulaient pas de ceux qui ont servi l’Etat malien depuis la révolution de mars 91 ?

« Les larmes de crocodile » du PM Cheick Modibo Diarra

Si l’ancienne PM Mariam Kaidama Cissé était venue rencontrer les Maliens de France avec un sourire inondant son visage du début à la fin de la cérémonie dans une petite salle de son hôtel, son successeur Cheick Modibo Diarra a été accueilli dans une ambiance électrique forte. Jeunes et moins jeunes ont violemment pris à partie le PM. Ce fut seulement lorsqu’une question fut posée sur les relations entre le président Dioncounda, le Premier ministre et les militaires que l’ambiance fut apaisée.

En effet, les larmes de Cheick Modibo ont tiédi la chaude atmosphère qui prévalait dans la salle de 150 personnes mais où plus de 200 s’étaient entassées et autant devant les portes et dans les allées de l’hôtel Pullman. Evoquant son entretien avec Dioncounda qui séjourne dans le même hôtel, le PM n’a pu contenir son émotion. « Si la vie de Dioncounda était le prix que le pays devrait pour la paix, il l’aurait sacrifiée… Si le Mali avait seulement deux hommes de la valeur et de la grandeur de cet homme, nous ne serions pas là aujourd’hui… »

Dans ce discours larmoyant, il y en a eu qui n’ont pas pu s’empêcher de faire remarquer que pourtant Dioncounda est là depuis mars 1991 et qualifier les larmes du PM de « larmes de crocodile ».

Le capitaine, les médias et moi

« Avant ma nomination, je crois que nous avions une vingtaine de personnes qui étaient arrêtées par l’armée. Le lendemain de ma nomination, j’ai donné mes premières instructions, de libérer tout le monde sans explication et cela a été fait avant midi. Et depuis ce jour à aujourd’hui, je ne dis pas que je pourrais être au courant de tout, mais tout ce dont je suis informé est en train de fonctionner normalement. Depuis ma nomination à ce jour, personne n’a interféré avec la marche du gouvernement ».

« J’ai dit au capitaine Amadou Haya Sanogo et à ses hommes de ne plus aller parler à la télé et ils ont arrêté d’aller à la télé. Le CNRDRE, nous avons créé un projet de loi qui lui donne un nouveau rôle. Un rôle consultatif au sein de l’armée et pour faire son travail de militaire. Et cette loi va être votée avant la fin de la session parlementaire ».

Le pire : les caisses sont vides

« Au sein de la communauté malienne, on est divisé. Et cette division a fait du tort à nous-mêmes et à notre pays. A chaque fois que nous voulons travailler, il y a quelqu’un qui va dire à quelqu’un d’autre que le Mali a deux gouvernements parallèles : il y a les militaires et il y a le gouvernement. Lorsque les chancelleries entendent cela, elles disent à tous nos partenaires au développement, ce n’est pas la peine d’aider le Mali pour le moment parce qu’il n’y a pas un gouvernement civil. Mais malgré tout, nous sommes en train d’avancer avec nos propres moyens ».

« Le pire que nous avons en face, dit Cheick Modibo Diarra, est que le Mali qui a un budget qui, d’habitude n’est pas suffisant pour prendre en charge ses besoins récurrents, une fois le 22 mars consommé, s’est trouvé tout seul avec toute la coopération internationale suspendue. Aucun pays ne voulait coopérer avec le Mali tant que l’ordre constitutionnel n’est pas rétabli ».

Deux avions achetés avec de l’argent pris dans les caisses de la douane

Pourquoi la junte, le CNRDRE (Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat) va prendre de l’argent à la direction nationale de la douane et pour quelle fin ? Question posée par quelqu’un dans la salle. Le Premier ministre a martelé qu’aucun militaire n’est allé chercher de l’argent à la douane. Depuis la mise en place de son gouvernement le 17 avril dernier, tout fonctionne normalement. Cependant auparavant, affirme-t-il, les militaires sont allés une seule fois chercher de l’argent à la douane pour le règlement d’une facture pour l’achat de deux avions de combat que le Mali avait commandés.

Oussouf Diagola

(correspondant Paris)

Les Echos du 19 Juin 2012