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D’un doigt tremblant, Amadou Koïta montre le lieu de sa flagellation publique, au nom de la charia. A Toguéré-Koumbé, l’armée a désormais pris la place des jihadistes, qui encerclent toujours cette bourgade du centre du Mali. C’est dans cette localité du delta intérieur du fleuve Niger, au nord-ouest de Mopti, difficile d’accès car inondée en cette période d’hivernage, que le Premier ministre malien, Soumeylou Boubeye Maïga, arrivé en hélicoptère, a été accueilli la semaine dernière aux cris de « Mali! Mali! » par plusieurs milliers d’habitants. Face au chef du gouvernement venu briser « l’embargo de fait imposé par les jihadistes » qui se sont retirés il y a quelques semaines sous la pression de l’armée, la population a exprimé son soulagement de ne plus se sentir abandonnée par l’Etat. »J’avais été accusé d’avoir fumé une cigarette », raconte Amadou Koïta, un cultivateur de 55 ans. « Les jihadistes m’ont amené sur cette place. Ils ont pris le Coran. Après avoir récité des versets, ils ont décidé que je devais recevoir trente coups de fouet. Et devant tout le monde, j’ai reçu les coups ». A l’est de la localité, dans une bâtisse en banco sur le point de s’écrouler, deux hommes devisent. L’un explique que les jihadistes avaient hissé leur drapeau noir et « avaient juré que le drapeau malien n’allait plus jamais flotter ici ». »Les hommes étaient séparés des femmes. Les femmes étaient voilées de la tête aux pieds. Personne ne pouvait allumer une télévision. Nos jeunes ne pouvaient pas jouer au ballon.AFP