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La campagne agricole 2008-2009, qui prévoit 4,95 millions de tonnes de céréales (dont 1,6 million de tonne de riz), semble bien cernée au niveau de la direction nationale de l’agriculture. Daniel Siméon Kéléma, le directeur national adjoint, promet un hivernage pluvieux et sans criquet. Entretien.

Les Echos : Quelle philosophie y a-t-il derrière la campagne agricole au Mali ?

Daniel Siméon Kéléma : Notre philosophie, c’est l’intensification des cultures, l’utilisation optimale des intrants notamment les semences, les engrais afin d’augmenter le niveau des rendements et des productions agricoles.

Nous avons aussi comme philosophie une approche filière permettant de suivre tous les acteurs impliqués dans les secteurs agricoles.

De concert avec les autres services du département de l’Agriculture comme la protection des végétaux, nous mettons en place un dispositif de veille afin de protéger les cultures des prédateurs. Avec le génie rural, nous prenons des dispositions pour l’aménagement de certaines superficies à mettre en valeur à la prochaine saison.

L’apport de la recherche agronomique est inestimable pour la prise en compte des préoccupations des producteurs. Toutes ces actions se déroulent en synergie avec les organisations paysannes pour la bonne exécution du plan de campagne.

Les Echos : Quelles sont les mesures pratiques que vous avez prises pour la réussite de la campagne agricole à venir ?


D. S. K. :
Nous impliquons tous les acteurs au niveau de la planification et de façon participative à l’élaboration du plan de campagne.

Les rôles de chacun et les objectifs recherchés sont clairement définis à l’avance à ce niveau. Nous conjuguons les efforts avec les partenaires techniques et financiers, les ONG qui évoluent sur le terrain. Ce travail collégial nous permet de réussir les résultats escomptés sur le terrain.


Les Echos : A ce jour, les zones agricoles sont-elles bien approvisionnées en intrants agricoles ?


D. S. K. :
L’approvisionnement des zones en intrants est en cours. Depuis la campagne derrière, les producteurs ont été approvisionnés en semences. Ils font la sélection massale et certains utilisent des variétés améliorées. Là aussi des dispositions sont en cours pour approvisionner les uns et les autres.

Par rapport aux engrais, les groupements paysans ont déjà lancé leurs appels d’offres surtout dans les zones rizicoles. Au niveau du département, des mesures sont en train d’être prises afin que la semence Nérica puisse être disponible auprès des producteurs dans les meilleurs délais.

Les Echos : Comment se passe votre accompagnement de « l’Initiative riz » du Premier ministre ?

D. S. K. : Nous n’accompagnons pas « l’Initiative riz » mais nous la mettons en œuvre. Nous faisons partie des acteurs clé de cette mise en œuvre et nous sommes conscients de notre rôle sur le terrain.

Dans le cadre de l’initiative, il est prévu 36 motopompes, 70 motoculteurs pour les régions de Mopti, Gao et Tombouctou. Il est aussi prévu 100 décortiqueuses et 100 batteuses à riz, 5 mini-rizeries pour la zone de l’Office du Niger et 200 motos pour les agents d’encadrements de base.

Le département vient de recruter 102 agents de base qui vont appuyer les agents sur le terrain pour la mise en œuvre de « l’Initiative riz ». Ils vont bientôt être regroupés et repartis dans les différentes zones.
L’encadrement joue le rôle d’interface entre les producteurs et les fournisseurs d’intrants.

Nous ne voyons pas seulement le côté production de 1,6 million de tonnes de riz, mais notre souci demeure l’aboutissement de ce mécanisme du point de vue commercialisation, transformation et de recouvrement de crédit et leur gestion au niveau des organisations paysannes.

La remontée de l’information est aussi une question importante pour nous dans la mesure où les décideurs doivent être informés de l’évolution du programme de l’initiative sur le terrain. Nous avons conçu des outils dans ce sens pour mener à bien le suivi et l’évaluation au niveau local, régional et national.

Les Echos : Chaque année le ministère de l’Agriculture, par ses services techniques comme le vôtre, se fixe un objectif en tonnes de céréales à atteindre. Quel est l’objectif fixé pour la campagne agricole 2008-2009 ?

D. S. K : Pour ce qui est de la production de céréales, l’objectif global est de 4,95 millions de tonnes toutes céréales confondues. Dans ce tonnage, il faut compter avec le 1,6 million de tonnes de « l’Initiative riz ».

Le maïs va porter sur 859 000 t, 183 millions de tonnes de mil, le sorgho 1 million de tonnes, le fonio, 3705 t et le blé/orge 13 000 t.

La campagne ne se limitant pas aux céréales, il y a d’autres productions comme le coton : 462 000 t, la canne à sucre 350 000 t, l’arachide 348 000 t, le tournesol 50 000 t, le niébé 165 000, la pomme de terre 104 t et autres tubercules (manioc, patate et igname) 424 000 t.

Les Echos : Vous travaillez en synergie avec des services comme la protection des végétaux, la météo, entre autres. Etes-vous sûrs d’un hivernage pluvieux et sans criquets ?


D. S. K. :
La météo nous a assuré de quantités importantes de pluie qui seront enregistrées cette année. Il y a le programme pluie provoquée que nous gérons ensemble de façon étroite. Ce qui nous permet d’intervenir rapidement et efficacement dans les zones déficitaires en pluie.

Par ailleurs, nous n’avons reçu pour le moment aucune alerte pour ce qui est des menaces de criquets ni de nos collègues de la protection des végétaux ni d’autres organismes internationaux. Sinon en 2004, depuis les mois de mars-avril, on avait déjà des indices du péril acridien.

Les Echos : « L’Initiative riz » peut-elle être une alternative au déficit alimentaire au Mali et la condition de l’amélioration des revenus des citoyens ?

D. S. K. : Bien sûr que ce serait d’un grand avantage pour les consommateurs aussi bien que les producteurs. En produisant en quantité, le consommateur sera à l’abri de la spéculation des prix. Les opérateurs économiques qui ont l’habitude d’acheter du riz à l’extérieur avec tout ce que cela comporte comme fuite de capitaux pourront l’avoir à portée de mains à moindre coût.

Si l’Etat arrive à exporter jusqu’à 100 000 tonnes de riz, ce serait un plus pour la balance commerciale du pays. L’effet conjugué de la subvention et de la productivité avec l’augmentation du niveau de rendement à l’hectare permettra de passer de 300 000 à 500 000 F CFA à l’ha. Le Mali sera à l’abri des importations.

En guise de mot de la fin, j’invite les Maliennes et les Maliens à rester unis dans la prière puisque nous avons un système de production dépendant du climat. Chacun des acteurs concernés doit mettre du sien pour que cette « Initiative riz », qui est une partie intégrante de notre plan de campagne 2008-2009, soit une réussite.


Propos recueillis par

Abdrahamane Dicko

16 Mai 2008