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On ne peut s’empêcher de poser la question, au regard du calvaire vécu aujourd’hui par ces chanceux qui sont parvenus à sortir la tête hors de l’eau, à l’issue du concours de recrutement dans la Fonction Publique.

Le salaire étant fonction de la prise de service après affectation, la quasi-totalité des nouveaux fonctionnaires s’est déjà pliée à cette exigence. Comme cela semble devenir un rituel, ces jeunes fonctionnaires, une fois la prise de service effectuée, retournent auprès de leurs familles pour les derniers réglages et se préparent à rejoindre leurs lieux d’affectation, avec armes et bagages.

Pour ce dernier grand saut, l’Etat, à travers les départements respectifs, accorde des réquisitions -à savoir, des frais de transport- aux nouveaux fonctionnaires. Malheureusement pour nos élites, la grande joie manifestée à la proclamation des résultats du concours est en passe de se transformer en pleurs, tant ces jeunes fonctionnaires ne savent plus à quel saint se vouer.

En effet, après des va-et vient incessants entre le service de transit et les départements ministériels, nombres d’entre eux ont fini par épuiser le peu de ressources financières dont ils disposaient.

En fait de ressources financières, ces jeunes n’en disposaient point, ils avaient tout simplement contracté des crédits auprès de parents et tierces personnes pour aller effectuer leur prise de service. A cause donc des lenteurs constatées dans l’acquisition des réquisitions, même les plus économes d’entre eux n’ont plus de quoi joindre les deux bouts.

D’après nos informations, le blocage se situerait au niveau des Directions Administratives et Financières (DAF) des départements ministériels. En tout cas, au niveau du service de transit, on décline toute responsabilité dans cette affaire.

Aussi, de nombreux nouveaux fonctionnaires se sont vus signifier, à ce niveau, que les dossiers concernant les réquisitions ont été traités et envoyés au ministère des Finances. C’est donc aux DAF des ministères concernés de diligenter le reste, avec le ministère des Finances.

Et sauf s’il n’y pas de liquidités disponibles au niveau du Trésor public, les DAF devraient normalement être en possession des dus des nouveaux fonctionnaires. Autant dire alors que la responsabilité est partagée entre le ministère des Finances et les autres départements ministériels concernés.

Le ministre des Finances, Abou-Bakar Traoré, est donc fortement interpellé en premier lieu, car c’est sur lui que se déchargent finalement les DAF des autres ministères. En effet, au niveau des DAF des ministères, il a été expliqué à beaucoup de jeunes fonctionnaires que le blocage se situerait au niveau du ministère des Finances.

Mais ce qui offusque le plus les nouvelles recrues dans la Fonction Publique, c’est le mépris nourri à leur endroit au niveau des DAF de leurs ministères respectifs. Cette attitude négative de la bureaucratie malienne est des plus accentuée au niveau de la DAF du ministère de la Santé. Cela est dû au fait que c’est dans ce ministère qu’on enregistre le plus le déploiement d’agents à l’intérieur du pays.

Un autre fait qui rend les choses plus compliquées au niveau de ce département, c’est l’état de précarité de certaines jeunes recrues de la santé. En effet, compte tenu du manque de personnels dans certaines spécialités de la santé, les nouvelles recrues sont, pour la plupart, des jeunes en fin de cycle.

Ils n’ont pas eu le temps de finir les études, et les voilà fonctionnaires, sans aucune ressource financière propre, à l’image des étudiants. Et comme si cela ne suffisait pas, on ne cesse de leur répéter que le Directeur de la DAF de la santé est en formation, en séminaire, en colloque… Comme si son seul rôle est de vaquer de réunion en réunion, de colloques en colloque.

Le sort des jeunes fonctionnaires semble donc être le dernier souci des DAF des ministères. Aux premiers responsables des ministères concernés (Abou-Bakar Traoré en tête) de trouver donc une solution à ce problème. Il le faut, d’autant qu’il est dit que les DAF se servent des situations pareilles pour se remplir les poches.

En effet, il est connu de tous qu’à leur niveau, les Directeurs administratifs et financiers, les régisseurs et les économes de l’administration malienne ont la sale habitude d’engager des sous dans des transactions financières en vue d’en tirer des taux d’intérêt.

Sommes-nous déjà à ce stade, avec les réquisitions des nouveaux fonctionnaires? Rien n’est moins sûr. l’Etat est donc interpellé, car chaque jour qui passe sans ces fonctionnaires dans leurs lieux de service constitue une perte et une charge de trop pour les services dans lesquels ils sont appelés en renfort.

Adama S. DIALLO

07 Mai 2008