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S’il y a une voleuse qui ravit la vedette à la tristement célèbre délinquante Rokiatou Diabaté dite Kia, c’est sans doute la demoiselle Djénébou N’Diaye, 24 ans, domiciliée à Missabougou, dont l’arrestation par la brigade chargée de la Protection des Mœurs et de l’Enfance, le 9 mars dernier, a provoqué un véritable mouvement tectonique au nouveau marché de Médine en Commune II du district de Bamako. Le film d’une histoire on ne peut plus rocambolesque qui mérite d’être enseignée dans les écoles de police.

C’est dans le quartier populaire de Médina-Coura que l’aventure de la voleuse s’est arrêtée. Dans la journée du 9 mars dernier, la famille Sall célébrait le mariage d’une de leurs filles. Au moment où la fête battait son plein, la demoiselle Djénébou N’Diaye atterrit sur les lieux, comme si elle avait été alertée par un crieur public. La voleuse se fait passer pour une amie de la mariée avant de se confondre au groupe de femmes massées devant la famille Sall.

En vraie professionnelle, elle s’est vite habituée à tout le monde et a réussi à forcer l’admiration de plus d’une femme. Ce jour, sans compter que les dieux du mal n’étaient pas avec elle, elle commet l’erreur de s’infiltrer dans une maison des Sall où elle s’est attaquée à des effets d’habillement dont huit boubous en Bazin qu’elle a rassemblés pour les envelopper dans une moustiquaire. C’est à ce moment précis qu’elle se fait surprendre, la main dans le sac. La voleuse ne trouve aucun moyen pour s’échapper des griffes de ses poursuivantes. Celles-ci lui retirent son butin.

Au lieu de la conduire dans un commissariat de police, elles informent Mme Diarra Saly Keita, propriétaire des habits de valeur et des bijoux d’une valeur de plus de 500.000 FCFA, volés auparavant, le 17 février dernier dans le même quartier, au cours d’un mariage. A peine a-t-elle été informée de l’arrestation de la suspecte qu’elle a aussitôt mis fin à ses activités de ménage à Boubakoura en Commune II où elle vit avec son mari, pour se précipiter dans la famille Sall à Médina-Coura. Elle reconnaît sans la moindre difficulté sa voleuse. Elle la conduit à la brigade chargée de la Protection des Mœurs et de l’Enfance pour toutes fins utiles.

La commissaire divisionnaire de police Ami Kane saisie de l’affaire, remet le sort de la suspecte entre les mains de son chef de la brigade de recherche, l’inspecteur de police Souleymane Niapougui, un policier très discret et efficace ayant fait ses armes au commissariat de police du 3è arrondissement. Sous la supervision de la divisionnaire de police Ami Kane, assistée de son adjoint, le commissaire principal de police Karamoko Diané, l’inspecteur de police Souleymane Niapougui, le requin noir de Konna dans la région de Mopti, surnommé par la presse « Jack Bauer » du fait de son efficacité en matière d’enquête policière, soumet sa « cliente » au traditionnel interrogatoire.

Djénébou N’Diaye, face au léopard noir des falaises, ne pouvait opposer la moindre résistance. Comme une sorcière en transe, elle s’est mise à déballer tous les ravages qu’elle a commis à travers le district de Bamako, notamment en Commune II. Selon elle, après son forfait, elle vend son butin au nouveau marché de Médine ou à la gare routière de Niono, près de la grande mosquée, à des prix dérisoires aux vendeuses de poisson, de pomme de terre, d’aloco ou de condiments.

Elle reconnaît avoir volé une douzaine de bijoux, des bracelets et des boucles d’oreilles en or et plusieurs effets d’habillement composés de tissus Wax et de tissus Bazin riche brodé et non cousu à Médina-Coura, à Niaréla, Bagadadji, Missira et Bozola. Elle est en mesure de reconnaître toutes ses receleuses, déclare-t-elle à l’enquêteur. La commissaire divisionnaire de police Ami Kane met aux trousses des receleuses de la voleuse une équipe dirigée par son chef de la brigade de recherche.

Seize receleuses appréhendées au marché de Médine

Djénébou N’Diaye est une voleuse très physionomiste. A peine arrivée au marché de Médine et à la gare routière de Niono, elle a montré une à une ses différentes receleuses. Seize femmes sont arrêtées et conduites à la brigade chargée de la Protection des Mœurs et de l’Enfance pour les besoins de l’enquête. Il s’agit de Fanta Kanté, Assitan Diané, Nagnouma Traoré dite Maman, Korotoumou Traoré, Aminata Sinéta, Fanta Kemesso, Djénéba Coulibaly, Salimata Coulibaly, Mariam Coulibaly, Awa Coulibaly, Fatoumata Traoré dite Mah et autres. Interrogées sur les faits qui leur sont reprochés, elles les ont niés en bloc, dans un premier temps.

Cette stratégie s’est avérée peu efficace lorsque la divisionnaire de police Ami et ses éléments ont procédé à une confrontation entre la voleuse et ses receleuses. Devant les précisions nettes de la délinquante, certaines des accusées ont finalement confessé. Une perquisition effectuée dans leur domicile ont permis à la police de découvrir plusieurs effets d’habillement que la voleuse leur avait vendus. Devant l’évidence, elles restent bouche cousue. En si peu de temps, la nouvelle a fait le tour du district de Bamako. Toute chose qui a provoqué une ruée de victimes sur le commissariat de Ami Kane.

Les victimes comme à l’appel du tabalé

Dès l’annonce de l’arrestation de la voleuse de la Commune II, les victimes, composées essentiellement de femmes, convergent à la brigade chargée de la Protection des Mœurs et de l’Enfance pour porter plainte. En plus de Mme Diarra Saly Keita qui est à l’origine de l’arrestation de la voleuse par la police, de Mme Traoré Fatoumata Keita, Maman Coulibaly, Mme Zerbo, Mme Samassékou Mariam Doumbia, Nana Touré, la liste des victimes se rallonge avec l’arrivée à la police d’autres femmes frappées par la voleuse.

Chacune d’elles reconnaît cette star du mal, dotée d’une intelligence extraordinaire et d’une expérience digne du rang des géants du banditisme. D’après toutes ces victimes, Djénébou N’Diaye s’est présentée à elles comme étant la vraie amie de la mariée. A ce titre, elle approche les marraines du mariage comme ce fut le cas de Mme Diarra Saly Keita ou la mère de la mariée. Elle se livre à de petits travaux ménagers et aide souvent ses cibles à bien ranger leurs affaires dans le sac ou dans l’armoire. Ce comportement amène la délinquante à gagner la confiance de ces dernières. La suite est connue. Elle choisit le bon moment pour frapper fort.

Mais, ce qu’elle ignore, c’est que, pendant ses coups bas, elle se fait filmer par le cameraman sans le savoir. Sur la cassette de mariage dont Mme Diarra était la marraine et sur celle réalisée au cours du mariage célébré chez les parents de Mme Traoré Fatoumata Keita à Médina-Coura, les faits et gestes de la voleuse sont visibles. Plusieurs objets ont été restitués à leurs propriétaires.

Quant à Djénéba N’Diaye qui n’avait jamais séjourné dans un bagne, elle a commencé une nouvelle vie au centre de détention pour mineurs et pour femmes de Bollé depuis le mercredi 19 mars dernier date à laquelle elle a été placée sous mandat de dépôt par le procureur de la République près le tribunal de la Commune III. Espérons qu’elle y sort assagie.

O. BOUARE

Kabako du 21 mars 2008.