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Il s’agit sans doute de l’événement culturel phare de ce début d’année : l’inauguration des nouveaux locaux de l’Institut des hautes études et de recherche Ahmed Baba. La réalisation est un bel exemple de la coopération que peuvent entretenir les pays du Sud et dans le cas précis, les pays africains.

La présence du président de la République, Amadou Toumani Touré, de son homologue sud-africain, Kgalema Motholante, et du prédécesseur de celui-ci, Thabo Mbeki à l’événement, a marqué un moment sublime de l’histoire du continent.


Une manifestation concrète de la renaissance africaine

Tout le pays (et singulièrement les habitants de Tombouctou) s’est mobilisé à cette occasion.

Les nouveaux locaux de l’Institut des hautes études et de recherche islamique ont coûté plus de deux milliards de Fcfa. La nouvelle bâtisse s’ouvre sur la façade sud de la place Sankoré du côté de la grande mosquée portant le même nom.

Le majestueux édifice se dresse sur le site de l’ancienne université Sankoré. Une vénérable institution qui, avec ses 25 000 étudiants dans le temps, a fait la fierté de la cité légendaire qu’est Tombouctou. Une cité qui fut un grand foyer de rayonnement culturel et intellectuel aux XVè et XVIè siècles.

Il s’agit d’une manifestation concrète de l’idée de la renaissance africaine prônée par l’ancien président sud-africain, Thabo Mbeki.

Les nouveaux locaux de l’Institut des hautes études et de recherche islamique Ahmed Baba sont bâtis sur une superficie de 4 800 m2. Le complexe culturel comprend un amphithéâtre de 500 places, une salle de conférence de 300 places, une autre salle pour des machines, une bibliothèque avec salle de lecture. Deux salles sont prévues pour les réunions.

En sous-sol, six salles sont équipées pour la conservation des manuscrits. Il y a également sept appartements de lecture pour les chercheurs et un bâtiment pour les étudiants. On y trouve également un salon, un dortoir, un logement pour le directeur de l’Institut.

L’administration dispose de deux autres bureaux. Trois salles pour la restauration, un magasin, une gallérie ouverte pour les expositions, et un laboratoire de micro-filmage et de traitement des images, complètent l’infrastructure culturelle.

L’ensemble de l’édifice est relié par des couloirs climatisés. Le tout sera alimenté par une centrale thermique ou un groupe électrogène automatique de 250 KW.

Le système de sécurité est contrôlé par des installations électroniques commandant les alarmes, la sécurité des portes, la régulation de la température et de la sécurité en cas d’incendie. Les locaux sont donc dotés de commodités permettant une exploitation rationnelle des manuscrits.

Le plan architectural renvoie à une image de vol plané d’un oiseau aux ailes tendues de part et d’autres des deux côtés. La tête allongée de cet oiseau imaginaire donne une ouverture sur la place Sankoré.

En cette belle journée historique du 24 janvier, même le temps s’est fait doux. En effet, la température exceptionnellement basse, ces jours-ci (5 degrés à Tombouctou la veille) était remontée d’un cran.

« L’or vient du Sud, l’argent du pays des Blancs et la grande sagesse humaine vient de Tombouctou », a dit le président de la République, Amadou Toumani Touré paraphrasant un adage de Tombouctou.

« Tombouctou et ses mystères ne cessent de surprendre. La grande vague de température qui s’est abattue sur la ville durant les jours précédents a ainsi laissé la place à une douce chaleur annonciatrice d’un orage de bonheur pour la réouverture d’une nouvelle page du rayonnement culturel et intellectuel de Tombouctou dans les années à venir », a noté de son côté le ministre des Enseignements Secondaire, Supérieur et de la Recherche scientifique, Amadou Touré.

La veille, les ulémas avaient justement prié dans les mosquées, lors de la Grande prière du vendredi pour l’arrêt (au moins momentané) du froid glacial et du vent de sable qui s’abattaient sur la « Cité mystérieuse » depuis une semaine.

L’histoire de la construction du nouvel Institut des hautes études et de recherche Ahmed Baba remonte à la visite de l’ancien président sud-africain, Thabo Mbeki, dans notre pays. On était en novembre 2001. Lors de l’étape de sa visite à Tombouctou, il avait visité l’Institut alors dénommé « Centre Ahmed Baba ».

Il fut très impressionné par la quantité et la qualité des manuscrits légués par les grands érudits de la ville. Thabo Mbeki fut en effet frappé par l’existence de sources écrites d’une partie de l’histoire de notre continent, alors que la communauté scientifique internationale (en particulier occidentale), ne parle que des seules sources orales pour retracer cette histoire.

Sur le champ, il décida de construire un nouveau complexe à la dimension de ce trésor historique que constituent les manuscrits de Tombouctou. Une grande partie de ces manuscrits s’est considérablement détériorée au fil du temps, certains devenant même illisibles.

La ville de Tombouctou était reconnue pour la solidité de ses institutions, ses libertés politiques, la pureté de ses mœurs, la sécurité des personnes et de leurs biens, la clémence et la compassion des nantis envers les pauvres et les étrangers, l’assistance à l’égard des étudiants et des hommes de science.

De son vivant, le savant Ahmed Baba disait avec modestie qu’il disposait de la plus petite bibliothèque de la cité avec 12 000 ouvrages, a signalé le maire de Tombouctou, Hallé Ousmane.

En visite dans la « Cité des 333 Saints », Thabo Mbeki posa les jalons du volet culturel du NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique). Progressivement, ce projet panafricain conjointement monté et suivi par les autorités des deux pays, a pris forme et s’est concrétisé.

C’est ainsi qu’en novembre 2005, l’ancien ministre de l’Éducation nationale, feu Mamadou Lamine Traoré et son collègue de la présidence sud-africaine, Essop Pahad posèrent la première pierre de l’édifice, dont la réalisation des grosses oeuvres était confiée à l’entreprise malienne Sandy construction. La supervision a été assurée par la société sud-africaine Target Project.

Comme nous l’avons écrit plus haut, le joyau a coûté 2,5 milliards Fcfa entièrement financés par la République sœur d’Afrique du Sud.

Une soirée de gala

Le projet a mobilisé la communauté scientifique, les milieux d’affaires sud-africains intéressés par la culture ainsi que d’autres partenaires dont l’Arabie Saoudite.

« L’un des grands mérites de Thabo Mbeki a été de réussir à mobiliser la communauté scientifique et le milieu des affaires en Afrique du Sud pour réaliser ce projet. Nous avons nous-mêmes été invités à une soirée de gala organisée à Johannesburg, pour collecter des fonds en faveur de la réalisation de ce projet », a rappelé Amadou Toumani Touré.

C’est vendredi que le président sud-africain, Kgalema Motlanthe et de son prédécesseur, Thabo MBeki étaient arrivés à Bamako. Les deux personnalités avaient été successivement accueillies en début de soirée à l’aéroport international de Bamako-Sénou par le chef de l’État, Amadou Toumani Touré. Le président Kgalema Motlanthe fut le premier à fouler le sol malien.

Il sera accueilli dans la ferveur, selon un scénario bien rodé : accueil au bas de la passerelle par le président Touré, exécution des hymnes des deux pays, revue des troupes, salutation du corps constitué.
Dans une brève déclaration à la presse il assurera de sa joie d’être dans notre pays et d’assister à l’inauguration des nouveaux locaux de l’Institut des hautes études et de recherche Ahmed Baba.

« C’est un grand honneur pour moi de venir au Mali et d’avoir la possibilité de me rendre à Tombouctou, qui va être pour moi une source d’inspiration. Cette ville est le fondement même de la connaissance et de la culture. Malgré que notre pays soit loin du Mali, nous avons appris beaucoup de choses sur Tombouctou », déclarera le chef de l’Etat sud-africain.

Quelques minutes plus tard, l’avion transportant son prédécesseur se posa sur le tarmac de l’aéroport de Bamako-Sénou. Thabo Mbeki fut accueilli à son tour par Amadou Toumani Touré avec tous les honneurs dus à son rang.

A. O. DIALLO

Essor du 26 Janvier 2009