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Il faut dire qu’au chapitre des orchestres, Mopti a connu beaucoup de succès par le passé. Pour preuve, c’est elle qui avait remporté la première place dans cette discipline lors des trois dernières éditions. La région avait donc une réputation à défendre. Lundi soir, au stade Abdoulaye Macoro Sissoko, elle a confirmé et même agréablement surpris dans les autres disciplines où on ne l’attendait pas, à savoir le ballet à thème, la danse traditionnelle et l’ensemble instrumental.

Ici, «  Wakati wayli tèkè » (les temps ont changé) en langue nationale peulh, est le titre du premier morceau chanté. Un patchwork de sonorités. Le morceau fait intervenir les langues dogon, peulh et bozo, signe de la riche diversité ethnique et linguistique de la région. Ce morceau reste malgré tout très cohérent et harmonieux. Et les messages qu’il véhicule sont forts : appel aux générations actuelles à continuer à défendre notre indépendance, notre liberté et notre démocratie chèrement acquise.

« Dièmè Ganran » rythme la danse traditionnelle et met en exergue l’apport des forgerons à la civilisation de la région. En effet, si les nombreux aspects de culture dogon sont connus compte tenu de l’attrait que cette ethnie a exercé sur les chercheurs et touristes, l’apport des forgerons à cette culture est apparemment moins exploité. En quête d’originalité et d’inédit, mais aussi dans le but de la faire connaître, la région a adapté à la scène moderne la danse des forgerons.

Dans « Dièmè Ganran », les danseurs, danseuses et batteurs entrent sur scène, précédés d’un dignitaire traditionnel chargé de chasser tous les esprits maléfiques et neutraliser ceux qui sont venus avec de mauvaises intentions. Le dignitaire esquisse les premiers pas de danse, avant d’être imité par les autres. Cette danse est exclusivement réservée aux membres de la société des forgerons.

Le Kanaga a proposé une prestation digne de sa réputation. Comme à l’accoutumée, sa musique est un bloc où le spectateur n’a pas le temps de prêter attention à un instrument en particulier. Mais cette fois, le balafon a un peu haussé la voix. Ce qui fut tout bénéfice pour un orchestre connu aussi pour sa grande capacité à intégrer les instruments traditionnels.

Dans le premier morceau de compétition, l’orchestre traite de questions comme l’émigration clandestine. Le morceau est intitulé « Ouin vènou », émigration en Bobo. On comprend que la jeunesse, fragilisée dans sa quête d’un emploi rémunérateur, s’interroge sur son sort. Que faire dans nos pays où le chômage s’accentue de jour en jour ?

La frange la plus active de nos sociétés ne trouve d’autre réponse que de braver le désert, la mer et les polices pour rallier « l’Eldorado » européen. Les jeunes sont guidés par une seule devise dans cette aventure : « traverser ou périr ».

Puis, le Kanaga rend hommage au Hogon, le chef suprême des Dogons dans « Ogon nawaye » ou « salut au Hogon ». Son intronisation donne lieu à de grandioses cérémonies au cours desquelles, il assiste à ses propres funérailles. Ces cérémonies sont clôturées par son installation dans son temple.

Au regard de tout ce que l’on a vu, lundi soir, la région de Mopti peut être créditée d’une très bonne prestation.

Envoyé spécial

Y. DOUMBIA

Essor du 24 Décembre 2008