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Le conflit tchadien, au-delà de son caractère meurtrier sonne-t-il le glas des rébellions en Afrique ? Tout porte à le croire. Les putschistes et autres partisans de l’expression par les armes ont des jours sombres devant eux car l’élan de condamnations fermes qui s’est manifesté sonne bien le tocsin d’une prise de conscience de la nécessité de la paix et de la sécurité sur le continent.

Le Conseil de sécurité a condamné la rébellion et autorisé les États à voler au secours du régime. Sur insistance de la Russie, la déclaration n’est pas contraignante cependant. Mais cela n’ôte en rien le rejet, par la communauté internationale de l’usage des armes pour s’emparer du pouvoir. En effet, au moment où l’Union Africaine était en train de mettre en place son Comité de Paix et de Sécurité, les rebelles tchadiens se sont alors manifesté, de la plus mauvaise manière d’ailleurs, empêchant le président Deby de se rendre à cette rencontre au sommet des chefs d’Etat et de gouvernement.

C’est un énorme défi lancé à toute l’Afrique déjà meurtrie par les guerres ethniques et les multiples rébellions. Mais, pour cette fois, les leaders africains, de tous bords, ont manifesté leur ras-le-bol, disons leur envie d’en finir avec une Afrique des guerres fratricides.

Luttes intestines et rivalité externe

Suite aux Etats-Unis et à la France qui ont tôt élevé la voix pour condamner sans réserve cette rébellion, des chefs d’Etat du continent sont montés au créneau sans gants ni nuances. C’est le cas de Amadou Toumani Touré du Mali dont les propos pertinents sont à la hauteur de l’engagement du Mali à combattre pour la paix et la sécurité en Afrique. Ce qui d’ailleurs justifie amplement la confiance de ses pairs pour son élection au Conseil de paix et de Sécurité de l’Union africaine.

La poussée rebelle, partie de la frontière soudanaise avec des centaines de jeeps dotées de lance-roquettes et de fusils mitrailleurs, avant l’arrivée d’une force européenne (Eufor) visant à protéger les réfugiés du Darfour, dans l’est du Tchad. Les rebelles l’ont accusée de chercher plutôt à protéger le régime Déby ; son déploiement a été reporté.

Il faut noter que l’actuelle guerre est une nouvelle phase de luttes intestines et de rébellions armées qui se sont succédées au Tchad depuis l’assassinat en 1975 de François Tombalbaye, le seul président civil du pays, devenu indépendant en 1960.

Déby, militaire formé en France, a renversé le chef de guerre Hissène Habré en 1990. Issu de l’ethnie Zaghawa à cheval sur la frontière entre le Tchad et le Soudan, il avait formé sa rébellion au Darfour, comme le font les rebelles actuels, menés par d’ex-collaborateurs, dont ses neveux Tom et Timane Erdimi, des jumeaux, l’un ayant géré le pétrole, l’autre le coton tchadien.


2000 hommes soutenus par des hélicoptères

Les forces rebelles dans N’Djamena étaient estimées à 3000 hommes. Ils ont frappé la radiotélévision, qui n’émet plus. En plus d’édifices publics. Le Palais présidentiel était défendu par 2000 hommes soutenus par des hélicoptères.

La France a assuré l’évacuation de ses nationaux et d’autres étrangers. Les États-Unis ont évacué leur ambassade avec une mise en garde aux rebelles de ne pas y toucher : en entrant dans N’Djamena samedi dernier, les rebelles ont libéré les détenus des prisons et les commerces ont été pillés et saccagés.

Le président tchadien Idriss Déby a affirmé, hier mercredi, que son gouvernement contrôlait non seulement N’Djamena mais aussi l’ensemble du pays, s’exprimant en public pour la première fois depuis l’assaut lancé par les rebelles contre son pouvoir. Idriss Déby a reçu des journalistes au palais présidentiel. « Nous avons le contrôle total, pas seulement de la capitale N’Djamena, mais aussi de tout le pays », a affirmé le président, vêtu d’un uniforme militaire.

Il a également démenti des informations, selon lesquelles, il aurait été blessé lorsque les rebelles assiégeaient la capitale. « Regardez-moi », je vais bien, a-t-il dit, avant d’ajouter : « Il y en a (des rebelles) qui ont fui. Il y en a qui sont encore dans N’Djamena déguisés en civil, il y en a qui tentent de rejoindre la frontière (soudanaise) », a ajouté le président, s’adressant aux journalistes.

Selon l’AFP, le président tchadien a néanmoins suggéré que son gouvernement avait été affaibli. Il travaille avec moins d’un cinquième des membres de son gouvernement. Il a déclaré ne pas savoir où se trouvait le reste de l’équipe. Il y a des « traîtres« , a-t-il jugé, en ajoutant : « Quand le temps viendra, nous nous intéresserons à cette question ».

Apparemment, le problème tchadien a encore d’autres épisodes à livrer car, visiblement, on s’achemine vers des règlements de compte dans les rangs du président Déby. Espérons tout simplement que cela ne tourne à une purge sans précédent qui ne ferait qu’enfoncer le Tchad déjà au bord du gouffre.

Victoire de la France

Dans certains quartiers de N’Djamena, un peu d’animation commençait à regagner les rues mercredi, avec quelques commerces qui ouvraient. Hors du centre, les traces des combats se manifestaient par des véhicules calcinés, détruits ou renversés au milieu des rues, entourés de cadavres brûlés ou en état de décomposition avancée.
Mais, à pied ou à moto, des centaines de Tchadiens s’empressaient mercredi de franchir à nouveau dans une énorme cohue le pont N’Gueli pour regagner N’Djamena, qu’ils avaient fuie pour se réfugier à Kousseri, au Cameroun.

La France, ancienne puissance coloniale et principal soutien de Déby, a obtenu une victoire au Conseil de sécurité de l’Onu qui lui ouvre la voie à des interventions car après quelques tergiversations, Sarkozy s’est enfin décidé à soutenir le régime tchadien qui lui demande d’ailleurs de mieux s’impliquer à ses côtés dans le cadre des accords de défense qui lient les deux pays.

Mardi dernier, le président français Nicolas Sarkozy avait promis que Paris ferait « son devoir » au Tchad s’il le fallait. Ce « devoir » de la France, « ce serait de protéger, peut-être maintenant de façon plus décisive si le besoin s’en faisait sentir, le gouvernement légal« , avait précisé son ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner.


Guerre du pétrole ou rivalité France Etats Unis ?

Certains n’ont pas hésité à dénommer cette crise la guerre du pétrole. Cette guerre est aussi une nouvelle phase de la rivalité entre les États-Unis et la France en Afrique. Le pipeline Doba-Kribi, un projet de 4,5 milliards qui relie le Tchad à la côte du Cameroun sur l’Atlantique, pompe seulement les 200 000 barils par jour que produit le Tchad ; il ne sera rentable pour ses patrons états-uniens que si le pétrole du Soudan et de la Corne s’y ajoute.

Tom Erdimi a longtemps séjourné à Houston où il a noué des liens avec des pétroliers texans. Les États-Unis ont entre-temps créé l’Africom, un commandement militaire pour l’Afrique.

La France dispose de 1500 hommes au Tchad, mais elle a mis son aviation à l’abri dans les pays voisins. L’Eufor doit compter au total 4500 hommes.

Après la multiplication des marques de soutien de la France à son encontre, le président tchadien n’a pas exclu mercredi d’accorder une grâce aux six Français de L’Arche de Zoé condamnés à huit ans de prison pour « tentative d’enlèvement d’enfants » au Tchad.

« A partir du moment où la Constitution tchadienne me donne le droit d’élargir qui que ce soit, tchadien ou étranger (…), ce n’est pas impossible, si la France le demande bien sûr, que j’examine cette question« , a-t-il dit.

Amadou Bamba Niang

07 Février 2008.