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En guise de rappel aux sourds, aveugles et muets de la nation malienne, notons qu’en 1990- 1991, le seul cri de cœur du peuple malien était : «Le changement» avec comme leitmotiv «antè korolé fè, fo koura». C’est dire que l’insouciant régime de Moussa Traoré avait poussé ce peuple laborieux jusqu’au dénuement le plus complet et le plus humiliant.

Vivre au Mali était devenu détestable du fait que de plus en plus le népotisme, le clientélisme, l’affairisme, l’achat des consciences, la gabegie, la surfacturation s’érigeaient en mode de vie aux dépens du sens élevé de la justice sociale, de l’équité, de l’honneur et de la dignité, bref aux dépens de toutes les qualités qui faisaient la grandeur de notre peule travailleur.

Ce peuple s’est dressé comme un mur de béton autour de ceux là qu’on appelait «démocrates» pour dire à Moussa Traoré trop c’est trop et que «pousse pousse s’arrête au mur», comme le dit un adage bamanan.
Selon bien de sources indépendantes, près de 200 enfants de notre peuple ont perdu la vie.

Vingt et un ans après la chute de Moussa Traoré, le constant est sans appel : les Maliens, dans leur écrasante majorité donnent aujourd’hui raison au général. Et pour cause ?

Moussa Traoré avait fait savoir au sommet de la Baule en 1990 à feu François Mitterrand, alors président de la France, que «la démocratie n’est pas une camisole de force». Cette thèse reste valable aujourd’hui et force est de le reconnaître quand bien même l’Union démocratique du peuple malien (UDPM) était un parti mort- né s’affairant autour d’un clan politique et faisait taire toutes les velléités de contestation ou même de simples oppositions. Aujourd’hui, le Mali compte plus de 100 partis politiques avec comme seule avancée indéniable : la misère et la désolation du peuple.

Aujourd’hui, la baisse de niveau de nos élèves et étudiants se passe de tout commentaire. Le règne de la démocratie pluraliste brille jusqu’ici par son incapacité à remettre l’école malienne sur les rails. Les raisons de ce chaos du système démocratique éducatif malien sont entre autres : l’entrée fracassante de la politique dans le domaine scolaire, les années toujours colmatées du fait des sorties intempestives des scolaires et de leurs enseignants.

A ce niveau, force est de constater que les revendications des enseignants sont toujours tombées dans les oreilles des sourds. Mais il ne pouvait en être autrement quand on sait que bien de responsables de l’éducation ne brillent que par leur incompétence chronique à servir la cause de l’école malienne. Aussi, faut-il ajouter à tout cela que les lycées privés qui sont crées, loin de rehausser l’image de marque de notre enseignement, tuent l’espoir quant à un changement qualitatif de notre système éducatif.

Pour en savoir plus, il suffit de jeter un regard critique sur leurs fonctionnements internes, les modes d’orientation des élèves de l’Etat (quand on sait bien de promoteurs d’écoles se taillent des châteaux en Espagne sur les subventions, quand bien même les enseignants, sans lesquels ils n’auront pas ces millions, sont vus et traités comme des mendiants, des nécessiteux).
Dans ces lycées privés en général, l’on ne rencontre aucune structure didactique faible. Pire, on recrute ça et là n’importe qui pour enseigner n’importe quoi et cela n’en déplaise aux élèves et à leurs parents.

Aussi, des notes à échanger contre le sexe, l’argent ou pour consolider des liens de patenté ne peuvent servir dignement l’avenir de nos enfants. Dans ces écoles privées, les enseignants, qui veulent bien faire, sont négativement indexés par les directions et par les élèves en mal de volonté de réussite.
Si les gens louent aujourd’hui Moussa Traoré, c’est parce qu’ils ont compris que jamais en son temps notre armée n’a été phagocytée dans sa chair et dans sa conscience par les décideurs politiques et leurs consciences d’Occident capitaliste.

En clair, ce sont les vingt (20) ans de fausse démocratie qui ont consacré la haute trahison de notre vaillante armée par nos dirigeants apatrides, en mal d’honneur et de crédibilité. Les camarades d’hier, qui nous en veulent pour notre soutien au coup d’Etat militaire, sont tout simplement des bandits, des escrocs de la politique et qui ne sont que l’ombre d’eux en leur qualité d’affairisme ne pouvant exceller que dans la pagaille. Moussa Traoré avait bien compris que le mouvement dit «démocratique» était truffé de traites de la nation et de salauds félins.

Si les citoyens maliens regrettent aujourd’hui Moussa Traoré, c’est bien parce qu’ils se sentent hautement trahis par les sangsues dirigeants de la République formant une bourgeoisie nationale haineuse, hargneuse et surtout arrogante.
Nous disons que ces Maliens (ils sont les plus nombreux) donnent aujourd’hui raison à Moussa, non pas que celui-ci était bon, mais parce que les prétendus «démocrates» ont hautement trahi et déçu le peule laborieux du Mali.
Aujourd’hui donc, le peuple a compris qui est et qui fait quoi au nom de la démocratie et de l’Etat de droit. Le seul droit à la mode au Mali de Moussa Traoré à ATT en passant par Alpha c’est bien celui qui spolie les damnés du Mali comme la bourgeoisie malienne se nourrit du sang de nos masses travailleuses.

Mais il ne pouvait en être autrement pour au moins deux raisons : d’abord, parce que les «démocrates» maliens sans réelle capacité d’inventer un Mali nouveau ont tenté de soigner la grosse plaie du Mali sur le pus, bernant ainsi nos masses laborieuses par des théories démocratistes fallacieuses qui ne peuvent être tenues que par des politiciens fallacieux, peu crédibles.
En dépit des vastes terres cultivables chez nous et malgré les discours interminables de femmes et d’hommes en direction du monde rural, notre peuple a plus faim aujourd’hui que sous Moussa Traoré.

Nous n’oublions pas nullement ici les retards chroniques constatés dans le paiement des salaires des fonctionnaires. C’est tout simplement un constat amer : le Mali est aujourd’hui malade et cela dans tous les secteurs de son existence, notamment l’armée, l’école, le social, la justice et l’économie.
Tout ce gâchis est imputable à des hommes et des femmes ayant géré ou qui continuent à gérer les affaires du Mali.

Les élections, appelées abusivement et naïvement «démocratiques», ont toujours été de la plus grosse poudre aux yeux des masses laborieuses de notre pays et pour cause :

– D’abord, les élections pluralistes au Mali n’ont jamais mobilisé les deux tiers (2/3) de nos populations. Des arguments comme la pluie, les champs, les problèmes d’information et de communication, l’analphabétisme, entre autres sont exhibés à la face du monde pour justifier le très faible taux de participation des électeurs aux différents scrutins.

Face à cette argumentation, il convient de noter qu’au Mali, les Maliens se servent des «partis politiques» pour s’assurer qui la pitance du jour, qui des T-shirt, du thé, du sucre, des pagnes et quelques rares fois des logements, en tout cas tout sauf par militantisme véritable. Le constat qui s’impose donc, c’est qu’au Mali, les «partis politiques» n’ont pas de militants mais des électeurs. Cela leur enlève à coup sûr toute qualité de partis politiques. Peut- être quelques très rares exceptions peuvent confirmer cette triste réalité de la politique chez nous.

– La fraude et la manipulation des consciences expliquent à leur tout qu’il n’y a pas d’élections démocratiques ici au Mali depuis la chute de Moussa Traoré en 1991. Les élections de 2007 sont l’expression parlante de ce désaveu de la démocratie dans notre pays quand on sait que pour commencer la proclamation des résultats des législatives, le président de la Cour constitutionnelle a dû constater que les élus de ces scrutins se sont tous installés dans la fraude et par la manipulation.

Face à ce désastre démocratique, les Maliens ne savaient plus à quelle porte il leur faut frapper pour qu’enfin ils connaissent le changement promis depuis toujours par les «démocratiques» maliens. En lieu et place de l’espoir d’un vrai changement, voilà que des individus sans foi ni loi ont réalisé des fortunes colossales par le biais des farces électorales.

– En lieu et place d’une armée crue puissante, les Maliens ont découvert que l’armée malienne n’était nullement celle que qu’on a exhibée lors des festivités du cinquantenaire de notre accession à la souveraineté. A la surprise de notre peule, voilà que le coup d’Etat a démontré que cette armée a été trahie de Alpha à ATT la laissant en lambeaux et sans équipements faibles.

Pour servir notre pays, les militaires patriotiques appuyant les hommes et les femmes acquis à la cause du changement doivent exiger l’audit de la nation. Cela apparait aujourd’hui comme un impératif catégorique parce que notre pays a trop saigné et continue à saigner par la faute de ces hommes et de ces femmes qui s’appuient sur l’extérieur pour mener en bateau notre pays parce qu’ils ont compris que les Maliens les ont compris et découverts leur constante sale besogne qui consiste à sucer le sang de ces femmes, de ces enfants et de ces hommes qui n’ont commis qu’une seule faute : celle d’être nés pauvres au Mali.

Il faut que toutes les responsabilités soient situées dans ce désastre national et que tous les déprédateurs du tissu socioéconomique, politique et culturel du Mali soient punis pour leurs forfaitures.

Pour cette mission patriotique, il faut des hommes crédibles. Nous pouvons réussir le pari du kokadjè parce que notre peuple ne mérite qu’i a subie par ses dirigeants dits «démocratiques». A cet effet, Fanon disait : «Chaque génération dans une relative opacité doit découvrir sa mission et la remplir ou la trahir». Pour réussir cette mission de changement chez nous, nous devons exiger l’audit de la nation pour savoir qui a fait quoi au nom de notre peule laborieux. Il importera dès lors pour notre peuple et les intellectuels et militaires patriotiques d’apprendre à compter sur nous et cesser de regarder vers l’extérieur.

C’est pour quoi Edem Kodjo disait : «… A force d’avoir regardé vers l’extérieur, de s’être organisé vers l’extérieur et pour l’extérieur, à force d’avoir accepté tout de l’extérieur, concepts comme produits…, l’Afrique subit plus que tout autre les effets pervers de la crise venue d’ailleurs.»
Les chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) veulent camoufler les crises profondes de leur pays pour les transporter au Mali. Cela ne pouvait se faire en violant tous les textes et de la CEDEAO et du Mali.

Pour une démocratie crédible, il faut des hommes crédibles. Pour ce choix des hommes crédibles, il faut l’audit de la nation. Cela permettra d’écarter définitivement les sangsues de notre peuple travailleur de la gestion de ses affaires.

Pour tout dire, le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE) doit savoir que celles et ceux dont les intérêts ont été démasqués, contraires à ceux de notre peuple, sont toujours à l’affût et profiteront de chaque occasion pour revenir à la charge.
Ainsi, les militaires patriotes, qui ont permis au monde entier de se rendre à l’évidence que notre démocratie était une duperie, doivent comprendre que «la force matérielle ne peut être battue que par la force matérielle».
Vivement, l’audit de la nation s’impose au Mali !

Fodé KEITA

22 Août 2012