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L’école malienne est en panne. C’est peu de le dire, car l’on se dirige lentement mais sûrement vers une année blanche. C’est-à-dire une autre année perdue. Avec toutes les conséquences imaginables. La faute à qui ? Difficile de ne pas incriminer tout le monde, ou presque.

En premier lieu, les parents d’élèves. Ceux-ci ont, depuis belle lurette, démissionné et semblent ne plus faire de l’école leur préoccupation majeure.

Malgré l’existence des associations de parents d’élèves puis des comités de gestion scolaire dans lesquels ils devaient être impliqués et auxquels ils auraient dû participer plus activement, les parents d’élèves se sont cantonnés dans un rôle de spectateurs passifs et désintéressés.

En second lieu, les élèves et étudiants eux-mêmes. Depuis les premiers mois de l’avènement de la démocratie, les syndicats se sont arrogés des privilèges et libertés qui s’accommodent mal d’un bon fonctionnement du système scolaire. Congés et week-ends prolongés, AG incessantes pour des motifs des plus futiles, manifestations abusives, sorties intempestives, mauvaises conduites en classe et au dehors, agressions du corps professoral, etc. sont devenus monnaies courantes.

Ensuite, les syndicats d’enseignants. Notamment la COSES (Coordination des syndicats de l’enseignement secondaire).

Ces organisations ont viré dans la surenchère et la démesure. Si personne, à commencer par les pouvoirs publics, ne conteste la légitimité des revendications de ces syndicats, beaucoup, en revanche, en sont arrivés à décrier les méthodes choisies par les enseignants pour parvenir à leurs fins.

En effet, le chantage, le refus d’évaluation, la rétention des copies ou des notes, le boycott des compositions et examens sont des méthodes quasi maffieuses qui ne sont pas de nature à favoriser l’avènement d’une école apaisée et performante.

D’ailleurs, ces enseignants, semble t-il, viennent de franchir le pas dans l’extrémisme. Certains les accusent d’avoir incité les élèves des écoles publiques à mettre dans la rue leurs camarades des établissements privés.

Ce qui est sûr, c’est qu’en l’espace d’une semaine, les élèves de l’enseignement public se sont violemment attaqués à ceux de l’enseignement privé. A l’aide de jets de pierres, de casses et saccages de biens privés et publics, de vandalisme, de destruction d’engins, ils ont persuadé leurs camarades à abandonner les classes pour les rejoindre dans la rue.

Le courroux des élèves du public provient du fait qu’étant privés d’évaluations pédagogiques depuis le début de l’année académique, leurs camarades du privé, eux, poursuivent une année normale. Ils réclament par conséquent une égalité de sort. « L’examen de Bougouni ? » (Mon fils ne passe pas, le tien non plus).

En dernier lieu, les pouvoirs politiques. En particulier les ministères en charge de l’éducation, notamment celui de l’enseignement supérieur, secondaire et de la recherche scientifique. Le Professeur Amadou Touré, après avoir longtemps tergiversé et tardé à prendre ses responsabilités, vient de s’illustrer par une décision jugée impopulaire par les syndicats d’enseignants.

Celle consistant à gérer la crise scolaire dans le public par le personnel enseignant du privé. Il est vrai que la COSES, auparavant, s’était montrée réticente à s’asseoir sur la même table de discussion que le ministre. Elle avait même récusé le ministre, avait suggéré son limogeage ou sa démission, avant de décider d’arrêter toute collaboration avec lui. Ils en ont informé le chef du gouvernement.

A l’appui de leur position, ils estiment que le ministre fuit les débats, escamote les vrais problèmes, ou s’éparpille dans le dilatoire. Toujours est-il que depuis sa nomination à la tête de ce département, rien ne va plus entre les différents acteurs de l’école, notamment entre le ministre Touré et les syndicats.

Le capital de confiance qu’avait laissé son prédécesseur, feu le professeur Mamadou Lamine Traoré, a été dilapidé. On se rappelle que le professeur Traoré, en ancien syndicaliste et homme politique avisé, était parvenu à ramener dans les enceintes scolaires l’accalmie et la confiance nécessaires à l’avènement d’une école apaisée et performante.

Franc et ouvert, au courant de toutes les pratiques qui pouvaient avoir cours à l’école, il savait instaurer un climat de confiance pour un dialogue fructueux, cerner et poser les problèmes, débattre des questions essentielles, et aboutir à des solutions satisfaisantes.


En est-il de même pour son successeur, Amadou Touré ?

Le doute est permis, et beaucoup se demandent s’il est vraiment l’homme de la situation. Le constat qui peut être fait à ce jour, c’est qu’il semble incapable de trouver des solutions à la crise scolaire. Il manque même le préalable qui est l’instauration d’un climat de confiance dans lequel pourrait s’effectuer un dialogue.

Et le ministre se trouve sans interlocuteur valable et véritablement concerné. Le palliatif, solution aujourd’hui douteuse, qui consiste à faire surveiller et corriger les compositions et examens dans l’école publique par les enseignants du privé est en train de faire long feu. Le professeur Touré doit peut-être organiser moins de déjeuners de presse, tenir moins de discours discourtois, et chercher à trouver ses vrais interlocuteurs, si extrémistes fussent-ils.

C’est avec eux qu’il faut trouver un terrain d’entente. Mamadou Lamine Traoré avait réussi son challenge, lui. Pourquoi son successeur peine t-il à en faire autant ? Le Premier ministre Modibo Sidibé ne devrait-il pas revenir sur son casting ?


Cheick Tandina

08 Mai 2008